Prométhée
Nouvelle Gauche Communiste

La Lettre de Prométhée
Numéro 1, février 2006

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L’année 2006 sera une année décisive

2005 aura été marquée par de nombreuses journées de grèves et de manifestations dont plusieurs « journées nationales d’actions » dont celles du 10 mars et du 4 octobre ayant regroupés chacune 1 500 000 manifestants. 2005 aura été marquée par la nette victoire du non ouvrier et populaire à la constitution européenne de la « concurrence libre et non faussée » le 29 mai. Enfin, 2005 aura été parquée par l’explosion du désespoir de la jeunesse des banlieues ouvrières, ces zones de non droit social où se concentrent tous les effets inhumains du capitalisme sauvage.

On peut caractériser la situation politique actuelle par la contradiction suivante : un fort regain de contestation sociale et politique exprimée d’une part par la victoire lors du référendum du 29 mai et d’autre part par une succession de défaites syndicales depuis 2003 dont les plus significatives sont les lois contre les retraites et l’assurance maladie, la poursuite des privatisations à l’EDF, à la SNCM et à la RTM. Pendant ce temps là, les gouvernements Chirac-Raffarin et Chirac-Villepin poursuivent une politique de destruction délibérée des conquêtes sociales imposées à la bourgeoisie par la lutte de la classe ouvrière dans les dernières décennies. Or le pouvoir est régulièrement battu aux élections nationales depuis 2004. Le régime bonapartiste de la 5e République vient même de perdre dans un référendum-plébiscite, pourtant un des piliers de cette constitution avec l’élection au suffrage universel du monarque républicain.

Ajoutons, pour que le tableau soit complet, que la direction du PS a partagé la défaite du 29 mai avec la droite. C’est ainsi qu’après un vote de classe, un vote relevant de la lutte de classe, le triumvirat Chirav, Villepin, Sarkozy peut, malgré sa trouille d’un mouvement d’ensemble de la classe ouvrière, poursuivre sa sale besogne, en recourant aux méthodes antidémocratiques des ordonnances et du 49-3, qu’en s’appuyant sur les béquilles que sont les directions du PS et des grandes confédérations syndicales qui attendent sagement les échéances électorales de 2007.

Plus que jamais 2007 n’est pas l’objectif de la classe ouvrière. Laisser se dérouler le calendrier prévisionnel des échéances électorales ce se préparer à la classique alternance entre le libéralisme pur et le social-libéralisme dont nous subissons les effets depuis près d’un quart de siècle. Car même « réunifiée » le PS ne constitue plus, depuis le 29 mai, cette force dominatrice devant laquelle toutes les forces de gauche et d’extrême-gauche devaient s’aligner. Il est impératif de tenir compte des faits. En appelant ouvertement à voter oui à la concurrence libre et non faussée contre l’opinion d’une majorité de ses électeurs populaires, la direction du PS (et ceux qui ont réalisé la synthèse) a montré, une nouvelle fois, qu’elle n’avait pas d’autre objectif que de gérer honnêtement le capitalisme et faisant miroiter d’illusoires aménagements à la marge et tout à fait tolérables par le capital.

L’heure est à la construction d’une convergence anticapitaliste dans les luttes et dans les urnes. Face à l’offensive généralisée contre la classe ouvrière dont les plus beaux fleurons sont le CPE, le CNE ou l’apprentissage dès 14 ans, il est possible de gagner en virant le triumvirat Chirac, Villepin, Sarkozy par la grève tous ensemble et au même moment. Cette convergence peut se construire à partir de la volonté, exprimée de maintes façons en 2005, de refermer, une bonne fois pour toute, la parenthèse ouverte par l’union de la gauche en 1982, c’est-à-dire l’adaptation à marche forcée du pays aux exigences du capitalisme mondialisé, cette adaptation passant obligatoirement par l’Union européenne car la bourgeoisie française n’avait, et n’a toujours pas, les moyens de l’imposer toute seule à la classe ouvrière.

Cela implique de se prononcer clairement pour l’abrogation de toutes les mesures antisociales prises par les divers gouvernements français et par l’abrogation des traités et directives européens. C’est à cette tâche que doivent s’atteler, ici et maintenant, les militants communistes membres du PCF ou des organisations d’extrême-gauche et les militants socialistes qui refusent de renier leur bataille contre le traité constitutionnel européen. Cette convergence anticapitaliste représente la seule solution efficace et réaliste pour commencer le long et ardu travail révolutionnaire pour en finir avec le régime d’exploitation.

Si le mouvement de la classe ouvrière ne parvenait pas à bousculer le calendrier électoral prévu par la bourgeoisie, autrement dit si 2007 arrive en 2007, alors ce travail commun et ce programme commun permettraient, dans tous les cas, de secouer le carcan des schémas traditionnels, et les discutions sur la tactique à adopter dans un second tour d’élections se poseraient autrement. A l’heure où sont écrites ces lignes, rien n’est moins sûr qu’encore une fois la classe ouvrière, pour empêcher l’élection des libéraux, soit contrainte de voter pour un social-libéral. Il est tout  fait possible que, pour barrer la route à un gouvernement des travailleurs, pour les travailleurs et par les travailleurs, les sociaux-libéraux choisissent, comme pour le référendum et comme en Allemagne, l’alliance avec la droite.

Soyons à l’offensive ! La classe ouvrière n’a rien à perdre.

Pour en finir avec le CPE, le CNE, la destruction du Code du travail et de la Sécurité sociale, les privatisations : GREVE TOUS ENSEMBLE ET AU MEME MOMENT

Sécurisation du parcours professionnel : l’exemple par la « victoire » chez Nestlé

CPE, CNE, rétablissement du travail de nuit pour les jeunes de 15 ans, apprentissage dès 14 ans, tout a été dit et écrit sur la politique du gouvernement Villepin-Sarkozy visant à satisfaire toujours plus les exigences du capital, même si le MEDEF estime que ce n’est pas satisfaisant. A cette politique de flexibilité accrue, les dirigeants du PCF opposent la sécurité professionnelle, une idée reprise par les dirigeants du PS et par Chirac il y a quelques semaines.

Cette sécurisation des parcours professionnels nous est présentée comme un moyen de lutter contre le chômage et pour l’emploi stable. Dans le même temps, la direction du PCF nous présente les résultats du combat mené dans l’entreprise Nestlé de Marseille comme une « victoire » selon l’expression utilisée par L’Humanité du 7 février 2006 qui donne les informations suivantes : « Jusqu’au bout, du 5 mai 2004, date de l’annonce de fermeture du site, jusqu’à la signature de l’accord de fin de conflit, le 2 février, les représentants du personnel ont dû déjouer les manœuvres dilatoires de la direction de Nestlé-France pour obtenir qu’un avenir industriel se dessine dans cette partie de la ville. Net Cacao, qui allie les sociétés Sucden et Chenal et Associés, s’est engagée à reprendre 130 salariés sur les 427 du site, un chiffre qui pourrait monter à 300 à l’horizon 2010. Pour les autres, ce sera la préretraite à 54 ans ou le reclassement dans d’autres usines de Nestlé. »

Que le combat contre les suppressions d’emploi soit difficile, nous en sommes profondément convaincus. Mais regardons la réalité. La direction de Nestlé voulait supprimer 427 emplois et le combat a permis d’en sauver 130. C’est bien évidemment mieux que rien. Mais plus de 2 emplois sur 3 ont été supprimés. En quoi s’agit-il d’une victoire ? La question est posée, d’autant plus que Marie-George Buffet déclare que cette « lutte est une référence » (L’Humanité du 7 février 2006). Perdre 2 emplois sur 3, est-ce une « référence » pour les travailleurs qui se battent contre les licenciements ?

A l’issue de la réunion des partis de gauche, Jean-François Gau, dirigeant du PCF, déclare dans L’Humanité du 9 février : « ce qui nous tient à cœur, au PCF, c’est le fait que nous ayons décidé de poser à l’échelle du peuple une grande question pour la gauche, celle de la confrontation entre deux options : aménagement du libéralisme ou rupture. Cette question a marquée le débat du référendum et elle a des répercussions en termes de contenu, de propositions. » Est-ce rompre avec le libéralisme que de considérer la suppression de 2 emplois sur 3 comme une victoire ? Est-ce cela sécuriser les parcours professionnels ?

Les travailleurs qui ont voté non le 29 mai dernier n’ont pas voté pour ce type de « victoire ». Pour les aider à combattre les suppressions d’emplois et l’ensemble de la politique au service du MEDEF, il leur faut une autre référence : l’engagement clair et net des dirigeants des organisations ouvrières à combattre contre tous les licenciements et pour la transformation de tous les contrats précaires en CDI. Cet engagement il faudra l’imposer.

Appel pour un Courant intersyndical lutte de classe et antibureaucratique

Aux militants syndicaux, syndicats et tendances syndicales qui se prononcent : Pour la lutte de classe, contre la collaboration de classe sous toutes ses formes,  Pour la coordination des luttes, pour la grève générale, Pour vaincre le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy sans attendre 2007 et contre tout autre gouvernement au service du capital

Quel que soit le syndicat de travailleurs dans lequel nous militons et quels que soient par ailleurs nos engagements ou sensibilités politiques, nous avons en commun de nous reconnaître dans les trois points énoncés ci-dessus.
Nous constatons que les luttes des travailleurs vont de défaite en défaite, sans pouvoir empêcher la destruction des acquis sociaux, les privatisations, les plans de licenciements, les rafles de « sans-papiers », la répression des syndicalistes, des lycéens et des jeunes, etc
Ces défaites, qui conduisent au découragement, ne sont pas dues au manque de volonté des travailleurs et des opprimés, ni à la seule force d’un gouvernement minoritaire et désavoué, mais avant tout aux trahisons et à la collaboration de classe des principales directions du mouvement ouvrier :
-          Les travailleurs ont participé massivement aux journées de grève et de manifestations des 20 janvier, 5 février, 10 mars et 4 octobre, pourtant sans revendications réelles, sans perspective et sans lendemain ; la grande majorité de la population les a soutenus ; mais les dirigeants du mouvement ouvrier ont à chaque fois refusé de combattre pour la grève générale, préférant aller « négocier » avec le gouvernement !
-          Les lycéens se sont mobilisés en masse au printemps contre la loi Fillon ; mais les directions des principaux syndicats lycéens et enseignants ont voulu « négocier » avec Fillon sous prétexte de « diagnostics partagés », et ils ont, dès lors, refusé d’appeler à la grève générale de l’Éducation !
-          Avant, pendant et après la grève du 4 octobre, les travailleurs de la SNCM ont mené une grève puissante et déterminée pendant 26 jours, avec le soutien des travailleurs portuaires de Marseille et de Corse et la sympathie d’une grande partie de la population ; mais les directions ont refusé d’en faire le point de départ d’une grève générale, elles ont accepté la privatisation de la compagnie nationale en prétendant qu’il n’y avait pas d’autre solution, et Thibault est même allé « négocier » personnellement avec Villepin alors que celui-ci venait d’envoyer l’armée et la police contre les grévistes !
-          Les traminots de Nancy ont fait grève pendant 17 jours, ceux de Marseille pendant 40 jours, les travailleurs de la raffinerie Total de Gonfreville-l’Orcher pendant un mois, etc.,… mais tous sont restés isolés et ont finalement perdu sur l’essentiel, car les directions ont là encore refusé d’appeler à la généralisation de la lutte…

Contre cette collaboration de classe des principales directions du mouvement ouvrier, nous disons :
-          Assez de prétendues « négociations » avec ce gouvernement !
-          Assez de « consultations » préparatoires aux contre-réformes, assez de « diagnostics partagés », assez du prétendu « dialogue social » ! Non à la cogestion !
-          Assez de « journées d’action » sans lendemain et sans perspective !
-          L’objectif de faire reculer le patronat et de vaincre le gouvernement passe par la grève générale interprofessionnelle : il faut la préparer !

Nous constatons qu’il n’y a, à ce jour, aucune coordination et même aucune discussion entre les militants syndicaux lutte de classe et que cela limite considérablement l’efficacité de nos efforts respectifs pour combattre le patronat, le gouvernement et la collaboration de classe. Il ne s’agit pas de nier nos divergences, mais nous sommes convaincus que, dans l’intérêt supérieur des travailleurs, ces différences ne sauraient justifier plus longtemps que l’on s’abstienne d’agir ensemble dans ce sens. C’est pourquoi nous considérons qu’il est de notre devoir de nous réunir immédiatement, sans autres préalables que les trois points énoncés ci-dessus, dans le but d’agir ensemble à l’intérieur de nos syndicats et organes unitaires de lutte à tous les niveaux, ainsi que dans nos lieux de travail.

Pour notre part, nous proposons la constitution d’un courant intersyndical et interprofessionnel lutte de classe et antibureaucratique, qui ne soit en aucun cas l’émanation d’une organisation syndicale ou politique particulière, mais qui fonctionne comme un cadre commun de débat et de combat, comme un instrument de coordination et d’action capable de rassembler tous les militants et responsables syndicaux décidés à contribuer à la lutte de classe la plus résolue.

Le programme de ce courant intersyndical doit être de combattre le patronat et tous les gouvernements au service du capital, en aidant à l’unification des luttes, avec comme principales orientations :
-          Non aux privatisations ! Renationalisation sans indemnités ni rachat des entreprises privatisées sous le contrôle des travailleurs et des usagers !
-          Défense des acquis sociaux, des services publics, de la Sécurité sociale, de l’école publique, des diplômes nationaux !
-          Faire échec aux plans de licenciements par les méthodes de la lutte de classe : grèves, manifestations, solidarité matérielle avec les grévistes, occupation des entreprises, contrôle des comptes de l’entreprise par les salariés !
-          Augmentation de tous les bas et moyens salaires : 300 euros pour tous ! Le SMIC à 1500 euros nets ! Indexation des salaires sur le coût de la vie ! Contre l’annualisation, retour au décompte hebdomadaire des heures de travail ! Augmentation des minima sociaux !
-          Diminution générale du temps de travail sans baisse des salaires et sans flexibilité, pour permettre l’embauche des chômeurs, la disparition de la précarité et du temps partiel imposé !
-          Soutien et participation aux luttes des précaires, des non titulaires, des chômeurs, avec l’objectif d’unifier toute la classe ouvrière par la lutte de classe ! 
-          Défense des libertés démocratiques ! Halte à la répression des immigrés, des jeunes et des syndicalistes ! Halte au développement de l’arsenal sécuritaire et policier !
-          Des papiers pour tous les travailleurs immigrés et leurs familles ! Liberté de circulation et d’établissement pour tous les travailleurs ! Mêmes droits pour tous les travailleurs salariés !
-          Solidarité avec les travailleurs et les organisations ouvrières des pays exploités et opprimés par l’impérialisme et le colonialisme sous toutes ses formes, tout particulièrement par l’impérialisme et le colonialisme français !
-          Rupture avec l’Union européenne capitaliste et l’OTAN impérialiste !
-          Pour l’abolition du capitalisme par la collectivisation démocratique des moyens de production !

Ce courant intersyndical fait le choix des méthodes efficaces de la démocratie ouvrière :

-          Pour l’auto-organisation des travailleurs en lutte, syndiqués et non syndiqués : souveraineté des Assemblées générales, coordination locale, régionale et nationale des A.G. par l’élection de délégués élus, mandatés et révocables ;
-          Pour la réappropriation des syndicats par les travailleurs : campagnes de syndicalisation massive, réunion régulière des adhérents, élection des responsables syndicaux à tous les niveaux, rotation des mandats autant que possible, révocation des responsables qui trahissent les mandats, contrôle des comptes des syndicats et des décharges horaires par les syndiqués ;
-          Pour la rupture avec la « Confédération européenne des syndicats » (C.E.S.) 
-          Pour l’indépendance organisationnelle des syndicats et des partis politiques ;
-          Pour l’unification des syndicats de travailleurs en une confédération unique et démocratique.

Signez cet Appel en retournant vos coordonnées à l’adresse du journal , faites-le circuler, rejoignez le Comité pour un courant intersyndical lutte de classe antibureaucratique !

Tempêtes en Amérique du Sud

L'arrivée à la tête du Venezuela du Président Hugo Chavez, élu avec plus de 60% des voix, en 1998, a marqué le début d'un processus d'affrontements politiques et sociaux de grande ampleur dans ce pays, les questions internes au Venezuela s'ajoutant à d'importantes interactions avec d'autres pays du sous-continent sud américain. Huit ans plus tard,  l'élection d'Evo Morales à la présidence de la Bolivie le 18 décembre 2005, avec plus de 60% des voix,  n'est pas une simple péripétie électorale. Sans se faire pour autant la moindre illusion sur les objectifs de Morales et de son parti, le MAS, il est clair que la tempête continue de se déchaîner en Amérique du Sud.

Les situation du Venezuela comme celle de la Bolivie soulèvent d'importantes questions de portée nationale, continentale et même mondiale sur lesquelles il nous faudra revenir dans les prochains mois, à la lumière des événements.  Les deux articles qui suivent amorcent une réflexion à laquelle nos lecteurs et sympathisants sont invités à participer. Nous accueillerions également très volontiers des points de vue contradictoires, en particulier dans les pages de notre revue trimestrielle.

Le Venezuela entre réforme et révolution

Qu’en est-il de la révolution bolivarienne ?

Pour mémoire : un coup d'Etat (2002), une « grève » de deux mois (2002-2003) co-animée par le patronat et la Confédération des Travailleurs Vénézuéliens (CTV), un référendum pour la révocation de Chavez perdu par l'opposition (2004)... Les masses ouvrières et populaires sont intervenues par centaines de milliers dans ce pays, en se mobilisant pour la « révolution bolivarienne » dans des dizaines de milliers de Cercles Bolivariens, structures éphémères aujourd'hui tombées dans une certaine désuétude, mais dont l'action a permis de vaincre en quelques jours le coup d'Etat de 2002.

Sur la scène internationale, Chavez est devenu ces dernières années l'un des hérauts de l'anti-impérialisme en s'affirmant contre l'équipe Bush, en dénonçant la guerre d'Irak, en établissant des liens avec l'Iran et la Chine, en s'opposant à la zone de libre échange en Amérique voulue par l'impérialisme nord américain, en affichant son alliance avec Fidel Castro et son soutien à Evo Morales.

Pour autant, la révolution bolivarienne est loin d'être aussi radicale que ses admirateurs d'extrême-gauche, au premier rang desquels le courant représenté en France par le groupe La Riposte,  voudraient le croire. Sur le plan politique, le régime bolivarien reste un régime bourgeois populiste d'orientation réformiste ; sa constitution est certainement l'une des plus progressistes qui soient parmi les Etats capitalistes, mais elle s'inscrit strictement dans le cadre du régime de la propriété privée et repose sur un système présidentialiste à outrance, avec des mots d'ordre tels que « le pouvoir populaire est entre les mains d'un grand leader! ». Le parti politique de Chavez, Mouvement pour la Cinquième République (MVR), regroupe des courants de droite et de gauche, la force des armes restant à la police et à l'armée bourgeoise, laquelle n'a même pas été épurée de ses éléments putschistes après 2002. Pour ce qu'il en est de l'armement du peuple et la formation de milices ouvrières, ces mesures vitales pour l'avenir du Venezuela ne sont même pas à l'ordre du jour ; quant à la notion de socialisme, elle vient tout juste de faire son apparition purement rhétorique dans le discours de Chavez qui évoque désormais l'idée d'un « socialisme du vingt et unième siècle » dont le contenu réel reste à préciser...

Sur le plan économique, la révolution bolivarienne est loin d'avoir tranché en faveur de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre. C'est le régime social-démocrate bourgeois de Pérez qui, à la fin des années 70 et sans heurt majeur avec la bourgeoisie nationale et l'impérialisme, avait nationalisé l'industrie pétrolière. Pas une seule nationalisation aux cours des six premières années du régime bolivarien! Et en 2005, seules quelques entreprises en faillite ont été reprises en autogestion par leur personnel (plus de 200 entreprises, à titre de comparaison, sont dans cette situation en Argentine, pourtant bon élève du FMI, s'il en est) ou sont passées dans le secteur public.

Sur le plan social, la pauvreté demeure massive au Venezuela, la bourgeoisie nationale et les investisseurs étrangers, accueillis à bras ouverts, continuent d'exploiter un prolétariat sous-payé, et le gouvernement Chavez reste confiné dans le rôle traditionnel du gouvernement bourgeois, soit-disant « arbitre au dessus des classes ».  Par contre, ne mettant pas fin à la misère des masses mais apportant une importante compensation à celle-ci, la « révolution bolvarienne », grâce en particulier à l'aide cubaine (en échange de pétrole), a mis en place une politique d'éducation (éradication de l'analphabétisme) et de santé nettement favorable aux opprimés et aux exploités.

La question clé : l’intervention des masses

Chavez est-il un « Libérateur » de bonne foi, dans la lignée de Bolivar? Un réformateur favorable à la classe ouvrière, dont l'action conduit tout droit à la révolution socialiste comme le voudraient ses zélateurs, dont plusieurs courants se réclamant du trotskisme ? Etrange socialiste qui veille scrupuleusement à ne pas trop bousculer les intérêts économiques de la bourgeoisie... Est-il, au contraire, un Bonaparte, comme l'affirment d'autres courants de l'extrême-gauche y compris trotskisante ? Drôle de Bonaparte, qui refuse de sortir de la légalité institutionnelle, respecte  la liberté de la presse et les droits de l'opposition, quand on sait qu'au Venezuela les seuls assassinats politiques sont l’œuvre de cette dernière et qu'il n'y a pas actuellement dans ce pays de prisonniers politiques...

Le problème est certainement qu'avant de diviser entre eux les idéologues pro-révolutionnaires, le cas Chavez a divisé les forces de la bourgeoisie vénézuélienne et internationale. Pour accéder au pouvoir et s'y maintenir Chavez a donc été contraint d'en appeler aux masses, de rechercher activement  le soutien de la classe ouvrière, du lumpenprolétariat, de la paysannerie pauvre et de la petite-bourgeoisie. L'appel aux masses a sauvé la « révolution bolivarienne » et l'intervention des masses reste une nécessité constante pour un régime que la bourgeoisie remplacerait volontiers par un représentant moins remuant et plus docile si elle le pouvait. Mais le peut-elle actuellement, autrement dit  n'est-il pas trop tard ou trop tôt? S'en prendre à Chavez au Venezuela (ou à Morales en Bolivie) ce serait aujourd'hui déclencher une guerre civile à l'issue incertaine, ce serait défier les masses fortes et mobilisables...

Ni Libérateur ni Bonaparte, Chavez peut évoluer aussi bien dans un sens que dans l'autre au cours des prochaines années ; l'histoire n'est pas écrite d'avance et le rôle que peut y jouer un individu, fût-il un leader charismatique de premier plan, n'est pas en fin de compte l'élément le plus déterminant. Les masses vénézuéliennes ignorent peut-être qu'avec ou sans Chavez, elles peuvent tout. Ce dernier par contre n'ignore pas que sans les masses, leur activité, leur intervention, leur soutien, il ne peut rien. 

A chaque affrontement important depuis huit ans, le régime a dû en appeler aux masses et leur faire des concessions. De nombreuses organisations de masse se sont ainsi créées dans le domaine de la santé, de l'éducation et de l'emploi, dans lesquels des droits importants ont été concédés aux travailleurs, dans le cadre en particulier des Missions sociales qui distribuent au niveau local les lignes de crédit provenant de la richesse pétrolière. A partir de 2003 s'est constituée une nouvelle centrale ouvrière située nettement à gauche, l'Union Nationale des Travailleurs (UNT) qui supplante aujourd'hui la vieille confédération corrompue, la CTV. La bataille du référendum de 2004 a produit de nouveaux regroupements politiques de base, les Unités de Bataille Electorales, dont beaucoup ont persisté au delà du référendum sous le nom d'Unités de Bataille Endogène. Les masses s'organisent, discutent, s'arrachent tracts et journaux politiques.

Dans ce contexte l'idée d'une organisation politique indépendante de la classe ouvrière fait lentement son chemin. La création d'un nouveau parti, le Parti de la Révolution et du Socialisme (PRS) regroupant des courants d'extrême-gauche et des syndicalistes de l'UNT devrait contribuer à avancer dans cette direction, sous condition que celui-ci ne se laisse entraîner ni dans le suivisme à l'égard de Chavez, ni dans la rupture avec la révolution bolivarienne. Que la classe ouvrière prenne le contrôle de la révolution bolivarienne telle est l'orientation qui fait son chemin dans le processus de création du PRS, la déclaration initiale de celui-ci s'engageant à : « défendre, au côté du peuple bolivarien, le gouvernement du Président Chavez contre la conspiration putschiste de la droite oligarchique et l'impérialisme US, de même que toutes les conquêtes démocratiques gagnées à travers tout le processus de la révolution bolivarienne ». De même le PRS se prononce pour « accompagner les travailleurs et le peuple dans l'expérience avec le gouvernement tout en avançant la perspective du développement d'un pouvoir des ouvriers et des paysans -populaire, participatif et actif- jusqu'à l'exercice direct et démocratique du gouvernement par les travailleurs ». Défendre inconditionnellement la révolution bolivarienne face à ses ennemis réactionnaires, sans rien concéder de l'indépendance politique du prolétariat face à la bourgeoisie nationale « progressiste », tel est le défi posé aux courants révolutionnaires et au PRS. Aux révolutionnaires de tous les pays de les aider dans cette voie.

Bolivie 2006 = Cuba 1959 ?

Quelles répercussions aura dans le reste de l'Amérique Latine l'élection d'Evo Morales en Bolivie ? Dèjà Chavez s'était attiré une haine tenace de la part de l'impérialisme dominant et de ses alliés en Amérique du Sud  en grande partie à cause du danger de contagion du mouvement de masse dans cette région du monde. La Bolivie plus que tout autre pays, mais aussi les régimes de centre-gauche argentin, uruguayen et même, dans une certaine mesure, le gouvernement brésilien de Lula subissent l'effet d'exemplarité de la révolution bolivarienne, dont le prestige est attractif pour les masses exploitées et opprimées.

C'est dans ce contexte international (combiné avec la question révolutionnaire posée depuis 2003 dans le cadre national de la Bolivie en tant que telle) qu'il faut donc évaluer l'arrivée au pouvoir d'Evo Morales avec un soutien populaire massif qui a fait des élections du 18 décembre un véritable séisme politique. Pour les bureaucrates de la COB et les « gauchistes » boliviens, qui avaient prôné l'abstention et ont été dans les faits massivement désavoués par leur propre base ouvrière et paysanne, le processus électoral était avant tout l'enterrement institutionnel de la révolution de 2003 et de sa continuité de l'été 2005.

Il est vrai et indiscutable que le programme du MAS malgré sa dénomination de « mouvement vers le socialisme » ne se prononce pour rien de plus qu'un « capitalisme andin », c'est à dire un compromis entre la bourgeoisie nationale et les secteurs précapitalistes, et entre cet ensemble et les intérêts impérialistes. Il est également vrai qu'au delà de sa rhétorique révolutionnaire qui enflamme les foules, l'ex leader syndical paysan Morales s'illustre surtout comme un conciliateur et négociateur hors pair.

Au plus fort des mouvements révolutionnaires de 2003, Evo Morales a su convaincre l'armée de ne pas sortir des casernes pour tirer sur la foule et prendre pour la cent-quatre-vingt-onzième fois le pouvoir. Mais il n'a pu réaliser cet exploit « diplomatique » que grâce à sa capacité de convaincre la masse de ne pas tenter de s'emparer du pouvoir et de rentrer sagement dans l'ornière électorale. 

Sur la question vitale entre toutes, sur le plan économique, du gaz et du pétrole, Morales a trouvé le compromis provisoirement acceptable pour les forces de classe opposées en présence : entre le pillage éhonté des ressources du pays par les pieuvres pétrolières multinationales et la nationalisation des dites ressources, Morales a soutenu la mise en place par le Président intérimaire bolivien  d'une solution se voulant intermédiaire, à savoir l'étatisation du sol des champs pétrolifères et gaziers mais la concession de leur exploitation aux compagnies impérialistes, moyennant une redevance raisonnable.

Le président vénézuélien Chavez a fortement encouragé Morales dans ce rôle modérateur, favorisant le retour du mouvement quasi insurrectionnel des masses boliviennes dans les rails de la légalité institutionnelle. Tout cela n'empêche pas que le triomphe électoral du dirigeant du MAS Evo Morales suscite aujourd'hui d'énormes espoirs en Bolivie et au-delà. Va-t-on vers une radicalisation de la révolution ou vers sa trahison et son écrasement? Rien n'est joué! La revendication de 2003 d'un pouvoir populaire expropriant l'impérialisme s'est d'abord diluée dans le processus électoral. Or les classes populaires, freinées dans leur élan mais toujours invaincues, extirpent aujourd'hui du processus électoral ces deux objectifs qui refont surface avec plus de force : la nationalisation des ressources nationales et une nouvelle Constitution qui leur soit favorable. 

La lutte pour une nouvelle constitution en Bolivie est-elle comme l'affirment les courants les plus gauchistes un simple gadget ressortant du « crétinisme parlementaire » quand on sait que ce pays est depuis deux siècles le champion toutes catégories des Coups d'Etat, quand on constate que les 60% d'indiens n'ont été jusqu'ici représentés au Congrès que par à peine le tiers des députés. Comment nier que le déficit démocratique est un problème central dans la société bolivienne ?

De même la question de la nationalisation de l'industrie du gaz naturel est un  problème central qui touche directement la question du pouvoir de classe. En Bolivie et ailleurs en Amérique latine les questions institutionnelles et les questions économiques sont posées. La solution de telles questions ne se trouvera pas dans le seul cadre national bolivien, pas plus que le Venezuela ne s'engagera réellement  dans la voie du socialisme à l'intérieur de ses seules frontières. Ni davantage l'Argentine, le Brésil ou l'Uruguay. Les échanges économiques bilatéraux et multilatéraux entre ces pays dominés  et avec Cuba, sont une clé pour l'avenir à la condition suffisante mais nécessaire qu'ils se réalisent dans le cadre du contrôle et de la gestion ouvrière. Ces projets économiques évolueront donc un sens très différents selon que la classe ouvrière de plusieurs de ces pays parviendra ou non à prendre la direction du mouvement et à constituer son parti communiste à l'échelle internationale avec la perspective de l'Unité Socialiste de l'Amérique Latine.

A l'opposé de cette solution, l'unité continentale de bourgeoisies nationales plus ou moins progressistes peut déboucher de façon éphémère sur une alliance « anti-impérialiste » contre l'impérialisme dominant des USA. Mais les ennemis de nos ennemis n'ont jamais été durablement nos amis. Que ces bourgeoisies nationales s'unissent entre elles, s'engagent dans un axe anti-US en recherchant le soutien des Chirac et des Poutine, en coalition instable et provisoire, qui avec l'Iran, qui avec les nationalistes bourgeois du moyen et de l'extrème orient... Tous ces jeux géopolitiques  ne peuvent conduire qu'au bout de  l'impasse, à l'éviction des masses populaires dans chaque pays concerné, jusqu'au moment où toutes ces bourgeoisies nationales feront voler leur alliance en éclat en se sautant réciproquement à la gorge.

En attendant l'impérialisme dominant s'inquiète à juste titre des événements de Bolivie. Comme l'a écrit en novembre dernier Rogelio Pardo-Maurer, sous-secrétaire d'Etat US à la défense, l'adjoint de Rumsfled chargé de l'hémisphère occidental : « Vous avez une révolution en marche en Bolivie, une révolution qui, potentiellement, pourrait avoir des conséquences aussi vastes que la révolution cubaine de 1959 ».

Activité de la Nouvelle Gauche Communiste

Nous reproduisons ci-dessous le tract de nos camarades de la Drome appelant, avec le Collectif du 29 mai, la FSU, la CGT EDF, la CGT Education, la CGT Cheminots, le MODEF, le PCF et la LCR, à une manifestation le 14 février à Romans.

Bolkestein est toujours là. Chirac et les leaders français et européens du Oui sont à l’origine de cette directive. Durant la campagne référendaire ils avaient promis de l’enterrer, ils ont menti : Elle revient devant le Parlement européen le 14 février.

Bolkestein c’est la délocalisation sur place. Jusqu’à présent un salarié étranger qui travaillait en France, même pour une entreprise étrangère, bénéficiait du droit social français. Avec le principe du pays d’origine, une entreprise dont le siège social est situé dans un autre Etat européen pourra envoyer des salariés en France et leur appliquer la législation de leur pays d’origine. On assiste déjà à de premiers dérapages avant même que la directive soit adoptée. On connaît les ravages des délocalisations, mais si on délocalise le textile on ne peut pas encore délocaliser un chantier de travaux publics. Avec Bolkestein ce sera tout comme : produire en France avec les salaires et les conditions de travail des pays les plus défavorisés.

Tous les services publics, y compris le secteur de la santé, sont dans le collimateur de cette directive. Le missile Bolkestein est une incitation légale à délocaliser. En effet il suffira à une entreprise française de déplacer son siège social dans un autre pays européen pour que ses salariés dépendent des sociales de ce pays.

Bolkestein c’est le dumping social. Pour conserver leurs marchés face à cette concurrence qui écrasera les prix, les patrons français vont écraser les salaires, mettre en cause les droits sociaux. Quant aux artisans, il leur faudra s’aligner ou disparaître.

Comparaison n’est pas raison (quoique !). La motion de synthèse du congrès du PS affirme : « Face à la mondialisation libérale, nous voulons promouvoir un nouvel âge du socialisme : la mondialisation solidaire. ». Le document d’orientation préparatoire au 48e congrès indique que la CGT agit « avec la volonté de peser plus fort dans le sens d’une réorientation de la mondialisation. »

Les militants et les militantes communistes qui éditent ce journal contribuent à :

Démontrer que le capitalisme n'est pas la fin de l'histoire.
Reforger une conscience politique du prolétariat sévèrement mise à mal par l'expérience des Etats dits "socialistes" et par la triste bilan des gouvernements de "gauche".
Affirmer et défendre, en toutes circonstances, l'indépendance politique du prolétariat vis-à-vis de la bourgeoisie.
Promouvoir la nécessaire libération du capitalisme en réaffirmant que "l'émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes".
Faire émerger l'indispensable unité internationale du prolétariat pour en finir avec la mondialisation et ses guerres impérialistes.