Prométhée
Nouvelle Gauche Communiste

La Lettre de Prométhée
Numéro 7, 17 mai 2007

 

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Construisons : un mouvement d'ensemble, une force politique

Du point de vue de l'arithmétique électorale pure, avec 53% des exprimés et 42,7% des inscrits, Sarkozy vient d'être élu président de la République. Politiquement, il s'agit d'une victoire de la bourgeoisie qui donne à cette dernière les possibilités de parachever les agressions anti-ouvrières. Possibilités qui peuvent encore être confortées si le nouveau président obtient une majorité aux législatives du mois prochain.
Sarkozy le bonapartiste…
Les raisons de ce succès sont multiples. Tout d'abord, le candidat de l'UMP a délibérément vampirisé une grande partie du programme du FN, ce qui lui a permis de capter une écrasante majorité des électeurs de ce parti et ce dès le premier tour. Pour cela, il a cultivé le chauvinisme français avec son projet de ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Ensuite, il a osé l'unification idéologique des droites françaises. Pour cela, il s'est fait le chantre du libéralisme économique le plus débridé : baisse des impôts, bouclier fiscal pour les plus riches, flexisécurité pour les travailleurs (mot barbare qui se traduit par la fin du CDI et la liberté de licenciement), etc. En cela il fut le candidat du MEDEF et la bourgeoisie a voté comme un seul homme pour celui auquel le milliardaire Bolloré vient d'offrir deux jours de croisière royale en guise de remerciements.
Mais le vote de la bourgeoisie est largement insuffisant pour être élu, c'est pourquoi Sarkozy s'est évertué à tromper les catégories sociales les plus en difficultés. En citant Jaurès et Blum, il a fait croire qu'il serait le protecteur du faible et de l'orphelin. Et tant pis s'il y avait une contradiction insoluble entre ces deux attitudes. Les analyses du vote indiquent que l'illusion a marché : 61% des 60-70 ans, 68% des plus de 70 ans, 82% des commerçants, 67% des paysans et la moitié des salariés des toutes petites entreprises ont mordu à l'hameçon.
Sans retenue aucune, Sarkozy a remis à l'honneur le bonapartisme en se présentant comme " le bienfaiteur patriarcal de toutes les classes de la société " [1]. C'est ainsi que la bourgeoisie a vu en lui un homme providentiel et que les couches sociales les plus fragilisées par la mondialisation se sont jetées dans les bras d'un protecteur.
Enfin, Sarkozy a brandi une redoutable idéologie : l'éradication de Mai 68, c'est-à-dire le puissant mouvement émancipateur de la classe ouvrière et de la jeunesse qui, il y a 40 ans, a ébranlé le socle historique de la société d'exploitation et d'oppression. Ce phénomène toucha d'autres États capitalistes comme la RFA, le Japon, le Mexique ; sans oublier la vague de remise en cause de la chape de plomb bureaucratique comme en Tchécoslovaquie. Nul révisionnisme n'est en mesure d'effacer l'histoire.
Voilà le triste personnage qui espère siéger au moins cinq ans à l'Élysée.
… qui n'a pas gagné par ses propres moyens
Mais le candidat de l'UMP a également été aidé dans sa conquête de la magistrature suprême par la campagne de la candidate du PS. A proprement parler il n'a pas eu d'adversaire à sa taille. C'était un peu comme au football quand une équipe professionnelle rencontre une équipe amateur, il y a rarement de miracle.
Le fil conducteur du pacte présidentiel a jeté le trouble dans les consciences populaires. La candidate de l'ordre juste s'est mise en concurrence sur les terrains de prédilection de la droite dure, endiguer l'insécurité par l'encadrement militaire des jeunes délinquants, culte du drapeau tricolore et de la Marseillaise. Elle s'est volontairement inclinée devant les canons du libéralisme : réconciliation des travailleurs et des entreprises, soumission à la dette, nécessité de " sortir des archaïsmes sociaux " [2]. Pire, elle fut la première à défendre " la liberté [pour les travailleurs] de travailler plus. " [3] Allez donc combattre, dans ces conditions, la foutaise démagogique sarkozienne du " Travailler plus pour gagner plus " ? Surtout quand l'on connaît l'effet sur les salaires, surtout les plus petits, des lois Aubry dites des " 35 heures " ou plus précisément des 1 600 heures annuelles, de la flexibilité et de la modération salariale, ce dernier phénomène ayant été aggravé par le passage à l'euro.
Enfin sur le plan gouvernemental, depuis sa désignation et durant toute sa campagne, Royal ne s'est jamais prononcée sur la nature de son gouvernement, et au lendemain du premier tour elle a bousculé son électorat en émettant l'hypothèse d'une ouverture en direction de l'UDF et en n'écartant pas la possibilité de désigner Bayrou comme premier ministre.
Voilà comment un Sarkozy est parvenu à apparaître comme l'homme de la situation, l'homme du changement. Ce qui est tout de même un comble alors qu'il était le sortant, donc comptable de la politique de régression sociale battue par deux foix : dans les urnes le 29 mai 2005 et dans la rue en 2006. Objectivement la droite devait être battue, finalement la victoire de Sarkozy fut conclue le jour de la désignation de Royal.
Sur le plan de la stratégie politique, la direction du PS ne fut guère plus brillante. Après son écrasante victoire aux élections de 2004, elle se refusa à engager la bataille pour virer un pouvoir devenu illégitime. Illégitimité confirmée lors du référendum de 2005, il est vrai que dans ce cas la direction du PS partageait la défaite avec Chirac, Raffarin et… Sarkozy. En 2004, il fallait attendre 2007. Nous sommes en 2007, et il faudrait accepter le verdict des urnes et se préparer à… 2012 comme le suggère Royal ou tout au plus à tenter de rééquilibrer les pouvoirs en élisant le plus possible de députés PS sans autre contenu politique qu'être l'opposition à l'empereur.
Les travailleurs sont fondés de se demander finalement à quoi peut bien leur servir un tel parti.
Ce n'est encore qu'une victoire électorale
Rien n'est encore perdu ! L'arithmétique électorale est une chose, la lutte des classes en est une autre, même si le combat électoral est partie prenante de celle-ci.
Le 6 mai n'a pas été la baguette magique susceptible de faire disparaître la crise politique, la crise de régime. Alors que Sarkozy, bien calé sur son trône présidentiel, pourrait constituer un gouvernement UMP pur et dur pour appliquer au pas de charge son programme, tout son programme, le voilà qui cherche à s'entourer d'un gouvernement pluraliste aux accents d'union nationale en tentant de débaucher des personnalités estampillées à gauche sur l'échiquier politique. Au demeurant, cette entreprise n'est une surprise que pour ceux qui n'ont pas entendu le candidat dire qu'il y aurait un pôle de gauche dans sa future majorité présidentielle.
Même si cette opération demeure pour l'instant symbolique, même si les pressentis sont des marginaux opportunistes comme l'ex-stalinien Kouchner, cela indique une certaine faiblesse et surtout dans l'immédiat un besoin de continuer à embrouiller une partie de l'électorat populaire pour gagner les futures législatives.
En effet, le nouveau président est conscient que c'est plus facile de faire une campagne démagogique tambour battant que de conduire les affaires du pays. Il sait que les difficultés l'attendent.
Son allégeance à la politique de George W. Bush, les exigences de ce dernier vis-à-vis de ses vassaux dans ses expéditions militaires (Irak, Afghanistan, etc.) et dans sa course aux armements (installations militaires en République tchèque et en Pologne) vont le contraindre à faire des choix donc à se dévoiler. Le président Sarkozy s'identifiera-t-il à ce candidat cireur de pompes de Bush ou à cet autre candidat qui, la main sur le cœur, affirmait que les troupes françaises n'avaient pas vocation à rester en Afghanistan ? Quel que soit le choix, ce dernier peut provoquer des remous politiques.
Après avoir exprimé son " soulagement " [4] le baron Seillière, président de Businnesseurope (regroupement de 39 organisations patronales européennes), rappelle à l'ordre : " la politique menée par le nouveau président sera conditionnée par la question européenne. " Que vont devenir les envolées lyriques sur l'euro fort, le pouvoir exorbitant de la Banque centrale, etc ? Car, l'ancien patron du MEDEF est particulièrement clair : " la priorité, c'est l'agenda de Lisbonne. " Cet agenda date de 2000, Chirac et Jospin ont conjointement participé à son élaboration. Il fixe comme principaux objectifs : l'adaptation du marché du travail, la flexisécurité, la réforme des retraites et celle de l'école. Sur la question de l'école, malgré le mouvement de grève des enseignants de 2003, la mutation est déjà bien engagée . Il en est de même sur les retraites. Mais dans les deux cas l'opération n'est pas terminée. Il y a fort à parier que Sarkozy décevra les électeurs qu'il a trompés.
A cela il convient d'ajouter ce que les experts appellent la maîtrise des dépenses de santé dont la Commission des comptes de la Sécurité sociale [5] se prépare à annoncer un nouveau dérapage. Le nouveau président a promis d'instaurer une franchise sur les soins qui pourrait s'élever à 100 euros par an et par personne et une TVA sociale ; tout en poursuivant de dérembourser les médicaments et de limiter le remboursement des soins pour les plus malades. En sachant que le slogan " travailler plus pour gagner plus " ne sera pas une hausse de salaire direct mais une nouvelle augmentation des exonérations de la part dite patronale des cotisations sociales, d'une part cela comblera le patronat dans sa course à la diminution des prétendus " coûts salariaux " et d'autre part accentuera le déficit de la Sécurité sociale. Le vol sur les salaires se perpétuera et le processus de liquidation et de privatisation de la Sécurité sociale entrera dans une phase déterminante. Pour superviser le tout, Sarkozy va instaurer un ministère des comptes qui encadrera les budgets de l'État central, des collectivités territoriales et de la Sécurité sociale. Il s'agit du ministère du pacte de stabilité issu du traité de Maastricht, le gendarme des déficits publics et de la dette.
La recherche de la coopération des directions syndicales
De toute évidence la tâche ne sera pas facile pour le nouveau président, car l'esprit de contestation du 29 mai 2005 et de la victoire de la jeunesse sur le CPE n'a pas été gommé par le 6 mai. Preuve en est la volonté de Sarkozy d'obtenir l'onction des dirigeants confédéraux avant d'appliquer son train de mesures clairement annoncé durant la campagne électorale. C'est ainsi qu'il vient de rencontrer ces derniers avant même d'être intronisé, ce qui constitue une première dans l'histoire de la 5e République.
Le principal chantier du nouveau président vise les travailleurs et leur capacité à s'organiser donc à se défendre. L'un des principaux objectifs est la destruction du code du travail avec un contrat de travail unique basé sur le CNE-CPE et la liquidation de l'assurance chômage au moyen du piège consensuel de la " sécurité sociale professionnelle ".
Mais il y a pire avec le service minimum en cas de grève dans les transports. En effet, quand l'on sait que pour 3 heures de travail le matin et le soir il faut au moins 80% de cheminots au travail : il s'agit ni plus ni moins que d'une remise en cause du droit de grève. Si ce point est acquis, alors se sera le tour de l'ensemble des salariés. Dans Le Monde du 9 décembre 2006 Sarkozy se prononçait pour qu'au bout de " 8 jours de conflit dans une administration, une entreprise ou une université, [soit instaurée] l'obligation d'organiser un vote à bulletin secret pour que la dictature des minorités violentes ne puisse plus imposer sa loi. " Si le verrou du service minimum saute, alors la porte s'ouvre sur la remise en cause des régimes spéciaux de retraites et les conditions pour achever notre système de retraites en 2008 deviennent plus favorables pour le tandem gouvernement-patronat. Il est donc impératif de mettre en échec cette théorie des dominos en restant intransigeant sur la question du service minimum.
Pour l'instant, Sarkozy cherche à enrôler les directions syndicales dans une série de conférences tripartites avec le MEDEF d'ici la fin de l'année. Prendrait-il la mesure de l'ampleur de la tâche, lui qui affirmait, dans Le Monde du 26 avril 2007, que cela se ferait - " avec ou sans l'accord des syndicats " - d'ici l'été 2007 et non 2008 ?
De toute façon aucune naïveté n'est permise, car elle ne peut être que démobilisatrice. Le candidat a annoncé la couleur, il n'y a rien à attendre du président, il n'y a aucune raison de se concerter avec lui. Pas question de jouer un remake de 2003, des conférences conduisant à des diagnostics partagés, puis des entraves mises à la vague de contestation pour qu'elle ne se transforme pas en grève générale. Nous ne savons prévoir ni l'avenir ni le contenu des luttes futures, tout ce que nous savons c'est la nécessité de construire, dès aujourd'hui, ces luttes en conscience et dans l'unité la plus large.
Force est de constater que ce n'est pas le chemin que prennent les directions syndicales. Dès le lendemain du premier tour Chérèque (CFDT) déclarait que " contester dans la rue le résultat des urnes, c'est une démarche antidémocratique. " Au soir du second tour, son compère Mailly (FO) affichait son hostilité à toute idée de 3e tour social, même s'il est vrai que la grève ne se décrète pas, de là à dire que l'on va rester l'arme au pied il y a une différence de taille. Dans Le Monde du 11 mai 2007, Thibault (CGT) se montrait sous son profil de leader syndical raisonnable : " Nous ne sommes ni une force d'opposition a priori, ni une force d'accompagnement a priori. " Sur le service minimum il expliquait que " ce n'est pas au niveau interprofessionnel qu'il faut traiter ces questions. " Faut-il en déduire que c'est possible au niveau de l'entreprise, comme à la RATP et à la SNCF où la CGT a signé des accords dits de prévention des conflits ? Quant au malheureux Aschiéri (FSU), il en pleurait presque de ne pas avoir été invité au bal.
Pour contrecarrer ces positions défaitistes, il faut faire monter de toutes parts dans nos syndicats une exigence forte : refus de toute coopération aux projets destructeurs du nouveau pouvoir.
La résistance est nécessaire et possible
Malgré le contenu du pacte présidentiel de la candidate de l'ordre juste, et l'on pourrait même ajouter contre, les exploités et les opprimés ont utilisé le vote " Royal " pour dire qu'il en ont plus qu'assez de subir les politiques d'ajustements structurels du capitalisme, qui voulaient pour cela barrer la route du pouvoir à la droite dure. C'est sans aucune illusion sur les capacités du PS, en alliance ou non avec le centre, à simplement humaniser les rapports de production capitaliste que très majoritairement les jeunes, les banlieues populaires et les salariés disposant encore d'un statut se sont exprimés pour que ça change.
Au premier tour, 3,3 millions d'électeurs et d'électrices se sont reportés sur les candidats à la gauche du PS pour exprimer une volonté de changement plus radical. Prés de la moitié d'entre eux ont choisi le candidat de la LCR, ce qui confère aujourd'hui à cette organisation des responsabilités particulières.
Durant la campagne électorale, les grèves contre les licenciements ou pour des augmentations de salaire se sont multipliées, en particulier à Airbus où le syndicat majoritaire (FO) n'a pas hésité à jouer le rôle de briseur de grève. Actuellement la jeunesse exprime ses inquiétudes et manifeste sa volonté d'en découdre avec le pouvoir.
Ces faits sont incontestables et incontournables dans la situation présente. Ils impliquent de travailler à la construction d'un mouvement d'ensemble, d'un mouvement cohérent, d'un mouvement politique.
Cette tâche est d'autant plus nécessaire que la crise est inévitable au PS. Si les membres de la direction qui avait appelé à voter oui en 2005 sont tous d'accord pour mettre en adéquation du discours traditionnel de gauche avec les actes gouvernementaux de droite - c'est-à-dire la mise aux archives du premier - ils divergent sur la façon de faire et les objectifs à atteindre. Strauss-Kahn souhaite maintenir un PS, certes recentré et ouvertement social-démocrate, toujours capable de capter les voix populaires afin de gérer dans la sérénité les affaires de la bourgeoisie. Hollande sent qu'il faut aller plus loin, qu'il faut poursuivre l'œuvre de liquidation commencée avec la désignation de Royal, qu'il faut parvenir à l'exemple italien (fusion des démocrates de gauche avec la gauche de la démocratie chrétienne). Invité sur France 3 le 13 mai 2007, il a été très clair : il faut accaparer " tout l'espace qui va de la gauche, sans aller jusqu'à l'extrême-gauche, jusqu'au centre-gauche ou au centre. "
La classe ouvrière et la jeunesse voulaient battre Sarkozy, elles cherchent toujours à en finir avec ce pouvoir à la solde des patrons voyous et des actionnaires. Elles n'ont rien à faire dans cette galère.
Les militants lutte de classe, révolutionnaires, communistes sont dans l'obligation de répondre à cette recherche exprimée même de façon déformée les 22 avril et 6 mai 2007. Ils doivent se mettre au travail pour ouvrir une perspective mobilisatrice fondée sur un projet émancipateur. La question est plus que jamais posée de la construction d'un parti pour le socialisme. C'est la condition nécessaire et suffisante pour combattre - dans un premier temps - l'offensive sarkozienne.
Prométhée
Le 17 mai 2007

1.- C'est ainsi que Marx qualifiait le futur Napoléon III dans Le 18 Brumaire de Louis-Bonaparte.
2.- Le Monde du 28 août 2006.
3.- Chalenges du 14 septembre 2006.
4.- Le Monde du 15 mai 2007.
5.- Le Monde du 16 mai 2007.