Nouvelle Gauche Communiste
courant communiste révolutionnaire (issu du PCF)

Algérie :
Un pays
dans la
tourmente

Numéro 23
3e trimestre 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La barbarie des massacres, qui ont causé en Algérie depuis une décennie, plusieurs dizaines de milliers de victimes, a eu pour effet de masquer les origines et les causes premières de la tragédie algérienne. La violence, qu'elle soit le fait des islamistes ou des militaires, est le résultat d'une crise profonde de l'État algérien et de la société algérienne.

Cette crise revêt plusieurs dimensions : démocratique, culturelle, économique et sociale. Elle ne date pas d'aujourd'hui. Ainsi, les événements et la répression de ces derniers mois nous en rappellent d'autres : 1980 (printemps berbère), 1986 (révoltes des lycéens), 1988 (émeutes d'octobre durement réprimées).

En cette année 2001, l'Algérie se caractérise par un système politique non démocratique, un multipartisme fictif, un pouvoir et une économie confisqués par l'armée. Un parti politique algérien résume la situation algérienne comme suit: " de plus près de quarante ans, un pouvoir militaro-policier a privé les Algériens de leur citoyenneté en bafouant les droits de l'Homme et en confisquant leur liberté d'expression, d'organisation et de participation au développement de leur pays. La privatisation de l'État a ouvert la voie à l'accaparement des richesses de l'Algérie par un cartel d'officiers supérieurs et leurs réseaux. Un pouvoir absolu s'exerce dans l'ombre, sans aucun contrôle ni garde fou, assuré de l'impunité. Soucieux uniquement d'assurer la pérennité du système, il anticipe pour étouffer dans l’œuf toute expression autonome de la société et toute opposition démocratique. Cette volonté de se maintenir à tout prix l'amène à recourir au coup de force chaque fois que les conditions d'une alternance politique se font jour. Le bilan de cette gestion est catastrophique : faillite de l'agriculture, éducation sinistrée, économie délabrée, justice aux ordres, corruption généralisée... Les conséquences de l'exclusion sociale, de l'arbitraire et d'une hogra sans limite, ainsi que le vide politique ont créé les conditions d'une guerre contre les civils qui dure depuis dix ans et dont on ne voit toujours pas la fin". Cette vision fort juste émane malheureusement du Front des forces socialistes d'Ait Ahmed, membre de l'Internationale socialiste.

La crise sociale majeure qui frappe l'Algérie conduit la jeunesse (qui constitue la majorité de la population algérienne) dans une impasse, voire au bord du précipice, et ne lui laisse comme perspective unique que l'émigration, pour fuir les pénuries en tout genre, le chômage massif, l'arbitraire et la misère. C’est cette question sociale qui est à l'origine de l'effervescence actuelle. Cette crise sociale trouve sa raison principale dans les politiques menées par les gouvernements successifs depuis 1986.

Les privatisations, une des sources de la crise sociale

Cette date cruciale correspond à la baisse des recettes tirées de la vente d'hydrocarbures. À partir de 1986, une politique  dictée directement ou indirectement par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, va être mise en œuvre en Algérie, avec pour principales cibles le secteur public, l'emploi public, les acquis des salariés et en dernier ressort les conquêtes obtenues par la guerre de libération nationale contre le colonialisme français.

L'actuel gouvernement poursuit sur cette lancée. D'ailleurs le Président de la république, Abdelaziz Bouteflika, n'a pas hésité à déclarer publiquement: " la privatisation est créatrice de richesses". Ces mots-là ne sont pas creux. Il suffit pour s'en convaincre d'examiner le bilan gouvernemental en matière de projet de privatisations. Nombreux sont les secteurs concernés:

Les transports : la Compagnie maritime nationale CNAN, la construction de l'aérogare et du métro d'Alger, Air Algérie (qui a perdu son monopole sur le transport aérien depuis 1998), l'autoroute Alger- Blida, les infrastructures aéroportuaires d'Alger (à la banque sterling Merchant Finance Ltd basée à Washington), la société nationale des transports ferroviaires (dont les effectifs sont passés de 22.000 en 1995 à 12.900 en 1999)

L’agriculture : l'entreprise publique des matériels agricoles (PMAT)
Les banques et assurances : crédit populaire d’Algérie (CPA), Compagnie nationale d'assurance et de réassurances (CAAR)
Les postes et télécommunications : démantèlement de secteur
La santé : Le Quotidien d'Oran du 26 février 2001 annonçait que  le projet d'autonomie des hôpitaux conduirait à leur privatisation.

L’électricité et gaz de ville : création de la commission de régulation de l'électricité et du gaz dont l'objectif est de mettre en oeuvre une démonopolisation de l'électricité et du gaz, en transformant la société publique nationale Sonelgaz (équivalent à d'EDF) en une société par actions. Au sujet de cette opération l'économiste Abdherahmane Mebtoul (qui se prétend expert international) souligne que cette restructuration permettra l'adaptation au mouvement irréversible de la mondialisation.

Mais de tous les secteurs c'est celui des hydrocarbures entiers le plus significatif. Bernard Ravenel, notait ainsi dans la revue Vivant Univers de novembre décembre 1998, que la "Sonatrach (NDR l'entreprise nationale publique algérienne en charge des hydrocarbures) entre dans le système mondialisé et il y a une pression énorme des États-Unis pour la désétatiser. De plus, Washington soutient les compagnies américaines qui tentent d'imposer leurs conditions politiques et économiques à l'État algérien affaibli, financièrement et politiquement". La création de deux agences par le ministère de l'énergie répond à ces pressions. La première sera une autorité de régulation qui veillera au respect de la réglementation technique, des règles d'hygiène, de sécurité industrielle et du libre accès aux infrastructures de transport par canalisation et de stockage. La seconde sera chargée de la revalorisation des ressources en hydrocarbures. Elle remplira, entre autres missions, la promotion des investissements, la délivrance des autorisations de prospection l'attribution des périmètres de recherche et d'exploitation la signature des contrats, la gestion des redevances et leur versement au trésor public. Dans ce contexte, la Sonatrach sera un opérateur parmi tant d'autres, notamment les grandes compagnies américaines. Celles-ci pourront  se partager un territoire riche en hydrocarbures et presque inexploré. En effet, l'Algérie ne compte que huit puits pour 10 000 m² alors que la moyenne mondiale des pays producteurs d'hydrocarbures est de 100 puits pour 10 000 km². Mohamed Lakhdar Badredine, Secrétaire national de l'Union Générale des Travailleurs Algériens, chargé des questions économiques considère que ce projet est « une injonction des institutions financières internationales dans le cadre de la mondialisation. Il n'y a pas que les hydrocarbures qui sont concernés, c'est toute l'économie nationale". Dans ce sens, l'exemple des hydrocarbures nous montre le sort réservé à l'Algérie. La Sonatrach est aujourd'hui en voie de démantèlement en près de dix-sept filiales dont une majorité, douze au moins, ont ouvert leur capital au privé. Parallèlement à la disparition du monopole de la Sonatrach sur la production d'hydrocarbures, la concurrence va être également organisée dans le domaine de la distribution des carburants. Le prix de l'essence augmentera donc pour les Algériens. On touche là l'une des multiples conséquences de cette politique antisociale.

Chômage et misère de masse : 420 000 emplois publics détruits en 2 ans

La première conséquence, c'est le chômage de masse qui touche 30 % de la population selon le très officiel office national des statistiques (ONS équivalent à de l'INSEE). Rien d'étonnant à cela ! De 1994 à 1998, 350 000 emplois publics ont été détruits. Récemment, le conseil national économique social estimait que sur la très courte période 1999-2000, près de 420 000 emplois publics avaient été supprimés. Mais de cela le Président de la République n'en a cure. Le 26 avril 2001, devant la conférence des cadres, il leur avait expliqué qu'il " y a actuellement cinquante-cinq entreprises publiques dont le poids économique et social est considérable et qui, sans traitement, sont vouées à la liquidation (...) l'État s'efforcera de les aider, mais il n'est aucunement dans ses possibilités financières de venir en aide à l'ensemble des entreprises publiques défaillantes", ajoutant que le secteur public coûte cher au budget de l'État.

La seconde conséquence découle de la première, le chômage de masse produisant de la misère de masse. Le revenu algérien par habitant a chuté de 2800 dollars à 1600 dollars en quinze ans (1986-2001). Aussi, le Conseil national économique et social peut bien estimer que 40,2 % de la population, soit 12 millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté, et que 2 millions de personnes souffrent de pauvreté extrême. Une famille sur cinq seraient sous-alimentée, c'est-à-dire disposerait d'une ration calorique journalière inférieure à ses besoins et plus d'un million d'enfants souffriraient de malnutrition, dont 100 000 sous une forme grave. Ce constat d'une extrême gravité se trouve confirmé par le rapport mondial 2001 sur le développement humain, publié par le programme des nations unies pour le développement (PNUD), qui place l'Algérie à la 100e place de son classement selon l'indice de développement humain, constitué des indices d'espérance de vie à la naissance, d'alphabétisation des adultes, de scolarisation et du PIB. L'Algérie se retrouve au même niveau que le Vietnam, sorti de quarante ans de guerre et ne disposant pas de ressources naturelles de type hydrocarbure. L'Algérie est même devancée par de petits pays pauvres et sans ressources naturelles stratégiques, comme le Pérou, le Sri-Lanka, le Cap vert ou le Salvador. Mais, il est vrai que l'espérance de vie à la naissance est de 69 années en Algérie; que 22,6 % de la population se situent en dessous du seuil de pauvreté absolue; qu’un tiers des adultes sont analphabètes; que les dépenses publiques en faveur de l'éducation ont chuté de moitié en pourcentage du PIB, entre 1986 et 2001.

Bouteflika clame que la privatisation est source de richesse. Depuis 1986 l'Algérie connaît un vaste processus de privatisation. Mais à travers la présentation de la situation sociale en Algérie on s'aperçoit que la richesse créé par les privatisations n'a aucunement profité au peuple algérien. Où donc est passé l'argent qui revient au peuple algérien ?

Les richesses algériennes nourrissent les multinationales américaines

Le même Bouteflika nous donne la réponse. Lors de sa visite aux États-Unis, en juillet 2001, le Président algérien devant le Corporate Concil Africa avait expliqué ceci : " dans le secteur des hydrocarbures, ce sont en premier lieu les entreprises américaines qui ont accompagné la Sonatrach dans ses activités de la décennie écoulée (... ) toutes ces sociétés ont eu le mérite d'avoir vu juste et loin en ne doutant pas de l'avenir de l'Algérie. Il n'est dès lors que justice qu'elle récolte, aujourd'hui, les fruits de leurs engagements". En cette année 2001, il apparaît clairement que pour se maintenir, le pouvoir algérien, à travers ses différents détenteurs, s'est rangé derrière la puissance hégémonique du moment (les États-Unis) réduisant à néant la guerre d'indépendance. Les événements de ces derniers temps n'ont qu'un seul objectif: détourner le peuple algérien et la communauté internationale de cet abus de biens nationaux, en divisant les Algériens, en mettant sous coupe réglée la société algérienne en muselant les forces qui s'y opposent ( syndicats, avocats, journaux, etc.).

Les syndicats sont en première ligne notamment dans le secteur des hydrocarbures. Par exemple la Fédération nationale des travailleurs du pétrole, du gaz et de la chimie considère que la politique du gouvernement " fragilise dangereusement le secteur des hydrocarbures, unique pourvoyeur de devises du pays (...) menace la stabilité du tissu social; entraîne la perte du contrôle et de la souveraineté du pays sur sa production et ses ressources; entraîne un retour à la situation d'avant 1971 le pays était rémunéré par des royalties". La fédération UGTA des transports estime pour sa part que le gouvernement brade l'économie nationale, entend détruire massivement le secteur public et démembrer les entreprises publiques. De manière plus globale, l'UGTA considère que le gouvernement s'est donné la mission de "procéder à la liquidation du secteur public".

Museler la société et ceux qui résistent

Un autre secteur de résistance est constitué par les avocats. Comme le soulignait le 27 juillet 2000, le Président du Syndicat national des avocats algériens, " après les journalistes, le pouvoir s'occupe maintenant des avocats", ajoutant que le nouveau texte de loi élaboré par le ministère algérien de la justice vise " à mettre l'avocat sous la tutelle explicite du parquet". Son confrère, maître Borghol Khaled indiquait pour sa part, qu'il s'agit là d'une stratégie dont l'objectif est de " faire taire la voie de la défense".

Pendant ce temps les affaires continuent. Les États-Unis et leurs bras armés que sont les institutions financières internationales, les multinationales et l'OTAN, prennent peu à peu le contrôle de l'Algérie. Mais pourquoi donc s'intéresser à un pays où la population s’entre-tue depuis dix ans, et où les conditions de sécurité ne règnent pas ?

En mai 1996, Richard Jackson directeur des affaires égyptiennes et nord-africaines au département d'État américain soulignait " en 1994, l'Algérie est le pays qui a eu les plus importantes découvertes de pétrole dont le monde. Pour la fin de ce siècle, Sonatrach aura un budget d'environ dix-huit milliards de dollars. Nous en voulons une part". Il est difficile d'être plus explicite. Mais ce n'est pas tout. Bernard Ravenel note que la stratégie des États-Unis depuis la guerre du golfe est de " garder le leadership sur l'approvisionnement en hydrocarbures dont ils dépendent à 50 %. Au niveau européen, les États-Unis veulent aussi s'assurer du contrôle des hydrocarbures par le biais de l'Algérie tant au point de vue de la distribution que de l'approvisionnement. L'Algérie, pays majeur en bordure Méditerranée, est donc devenue un élément clef des États-Unis pour le contrôle de la Méditerranée qui est elle-même un lieu de transit du pétrole destiné à ce pays. Un des acteurs qui aide au contrôle du marché gazier est la Compagnie BP ( British-Petroleum) qui à une stratégie anglo-saxonne et qui contrôle en partie le gaz en Mer du Nord. Récemment, BP a établi des contacts pour contrôler le gaz algérien qui serait vendu à l'Europe. Par ricochet les Américains contrôleront donc aussi les approvisionnements en Europe, sans oublier toute la stratégie mise en place en Mer Caspienne". Les vues de Ravenel exposée en 1998 ont été directement confirmées lors de la visite de Bouteflika aux Etats-Unis. A l'occasion du dîner organisé par la Corporate Concil on Africa, David Nagel, Président de BP Algérie a expliqué au Président algérien que " peu de gens à l'extérieur de l'Algérie comprennent l'importance de ce pays sur le marché mondial de l'énergie. En matière de production de pétrole, l'Algérie est l'un des quinze principaux producteurs mondiaux et un influent membre de l'OPEP. Et si le gaz est l'énergie du futur, alors les statistiques algériennes sont encore plus impressionnantes. Combien de personnes savent-elles, par exemple, que l’Algérie est le second plus important fournisseur de gaz à l'Union européenne après la Russie et qu'elle est le 5e producteur mondial ? Mes propos visent donc à marquer l'importance de l’Algérie pour le marché mondial de l'énergie et l'économie du libre échange".

Toujours lors de ce dîner, Maurice Tempelsman, Président de la Corporate Concil on Africa, expliquera devant le Président algérien et un parterre d'hommes politiques et de décideurs économiques américains que l'Algérie " est le premier importateur africain de produits agricoles américains".

Étant donné l'intérêt des États-Unis pour l'Algérie et la remise à ces derniers des clefs ouvrant les portes du pays par les détenteurs du pouvoir, il est donc logique de voir le complexe industriel et politique américain soutenir Bouteflika. Lors de sa visite aux États-Unis les soutiens ont afflué de toutes parts.

En premier lieu, le département d'État a estimé que les Américains " ne ressentent pas pour l'instant, la nécessité d'une enquête internationale" au sujet du respect des droits de l'Homme en Algérie. Robert Pelletreau, ancien ambassadeur américain et actuel Président du groupe de travail Maghreb de la Corporate Concil on Africa a indiqué que  la venue de Bouteflika apparaît " comme un soutien de la part du gouvernement américain".

En second lieu, les milieux économiques américains n'ont pas tari d'éloges pour le Président algérien. Le fameux dîner évoqué à plusieurs reprises plus haut, fut l'occasion d'une expression intense de l'utilité de Bouteflika pour les Etats-Unis. Le premier à ouvrir le bal fut Robert J Allisson, junior, PDG d'Anadarko Petroleum Corporation, multinationale dont 18 % des réserves en hydrocarbures se trouvent en Algérie. Allison déclara ce qui suit: " en tant qu'investisseur étranger majeur en Algérie, je peux vous dire que le Président Bouteflika a transformé de manière importante les conditions de réalisation d'affaires en Algérie. Ces efforts pour privatiser les Compagnies étatiques (...) ont renforcé l'environnement des affaires dans lesquelles Anadarko et bien d'autres Compagnies présentes ce soir interviennent". A sa suite, Robert Lindsay, vice-Président des relations publiques de Coca-Cola Afrique, intervint: " L’admiration que je porte au Président Bouteflika est extrêmement large en raison (...) des efforts qu'il a engagé pour stimuler la croissance économique, le développement et le commerce (...) la Compagnie  Coca-Cola reconnaît et applaudit ses efforts pour promouvoir des réformes économiques et sa détermination à adapter l'économie algérienne aux défis d'aujourd'hui".

Un pays mis en vente au plus offrant

Pour obtenir ces multiples satisfecits, Bouteflika n'a pas ménagé sa peine ou plus exactement celle des Algériens. En fait, ces remerciements vont à un homme qui, reniant celui qu'il fut il y a 30 ans, n'est ni plus ni moins prêt à vendre son pays au plus offrant. Son entretien avec la revue américaine Middle East Insight de novembre 1999 en témoigne. Cette longue citation est lourde de signification et de conséquences " mon pays a d'énormes potentialités dans tous les domaines :

- un territoire immense et géographiquement bien situé,
- plus de 40 millions d'hectares de terres à vocation agricole,
- des surfaces immenses de sols qui sont éligibles au boisement et au reboisement et donc susceptibles de générer des effets positifs sur l'emploi et l'économie,
- un potentiel halieutique important grâce à 1200 km de littoral et un plateau continental dont la surface est de l'ordre de 1 400 000 ha,
- d'importantes ressources minières avec, notamment, le fer, les phosphates, le zinc, le cuivre, le plomb, le kaolin, des traces d'or et d'uranium,
- le pétrole et le gaz qui constituent la principale source d'énergie à bon marché,
- un réseau d'électrification qui couvre tout le territoire,
- une base économique non négligeable constituée par un potentiel industriel et un potentiel de main-d’œuvre relativement qualifiée,
- une infrastructure portuaire et aéroportuaire dense,
- une base scientifique et technique constituée par des universités, des instituts, des centres de recherche,
- un réseau bancaire réparti sur l'ensemble du territoire,
- un potentiel d'encadrement assez important réparti à travers le pays et à l'étranger,
- une main-d’œuvre abondante, bon marché jeune et disponible: la population active dépassera les 8,5 millions de personnes en l'an 2000,
- un marché solvable de 38 millions de consommateurs en 2010, et de plus de 41 millions en 2020".

Le pays est donc à vendre, d'où l'attention des États-Unis qui mobilisent leurs organismes et leur personnel pour piller l'Algérie: Plan Eisentat, Corporate Concil on Africa, Maghreb Working Group, etc.

Sans oublier, que l'action de ces entités ne fait que compléter le travail du FMI et de la Banque Mondiale (dont le ministre algérien de l'énergie est un ancien consultant) et de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) que l'Algérie souhaite rejoindre. Le 6 juin 2001, Monsieur Del Castillo, au nom de cette organisation internationale, s'est félicité à l'occasion d'une rencontre avec le ministre algérien des PME-PMI, des progrès réalisés par l'Algérie en matière d'ouverture de son économie et de sa volonté de s'insérer dans le commerce mondial dans le cadre des règles de l'OMC. De son côté, le ministre algérien a exposé les grands axes de la politique économique initiée par le gouvernement.

Quatre jours plus tard, le gouvernement algérien faisait allégeance à une notre organisation dominée par les États-Unis : l'OTAN. En effet, le 10 juin 2001, une délégation de l'OTAN entamait une visite de trois jours à Alger. Depuis 1998, une coopération existe entre l'Algérie et l'OTAN conduisant à des exercices communs, notamment avec la 6e flotte américaine basée en Méditerranée. Bernard Ravenel considère que dans le cadre de ce " rapprochement entre l'Algérie et l'OTAN, sous l'égide des Américains, Alger se voit donc prise en étau par les Américains au point de vue politique, économique, stratégique, militaire et technique".

OTAN, OMC, Union européenne encerclent l’Algérie de toutes parts

Mais Alger n'est pas qu'une proie dans les filets des États-Unis. L’Union européenne souhaite également exercer son droit de préemption sur une zone qu'elle considère comme sienne car située sur sa frontière sud, proche géographiquement et culturellement. En ce mois de septembre 2001, l'Union européenne et le gouvernement algérien peaufinent un accord d'association qui devra déboucher sur la baisse des tarifs douaniers algériens et la constitution d'une zone de libre-échange. Parallèlement, l'Algérie devra appliquer, certes de manière allégée, certaines des règles contenues dans Maastricht. Mario Draghi, directeur du trésor italien et maître d’œuvre de nombreuses privatisations, soulignait ainsi lors d'une visite à Alger, l'importance pour les Algériens d'une maîtrise des équilibres macros économiques, du taux d'inflation et, surtout, la libéralisation de l'économie en même temps que la privatisation.

États-Unis, OMC, Banque Mondiale, FMI, OTAN, Union européenne organisent la reconquête de l'Algérie. Pour se maintenir au pouvoir et préserver leurs privilèges, ceux qui contrôlent le pays sont prêts à le vendre, et avec lui la population, considérée et réduite à un simple cheptel humain exploitable.

Pour conclure, nous citerons Ghazi Hidouci (Libre Algérie, n°56, 23 octobre -5 novembre 2000) : " le pays ne peut prétendre qu'à vivre chichement comme un comptoir colonial sur le produit d'un don du sous-sol pour engraisser voleurs intérieurs et usuriers extérieurs. Aujourd'hui que l'hystérie verbale s'est avéré contre-productif, le régime apparaît dans sa réalité comme une véritable entreprise de reconstruction du système colonial consciemment assumée dans toutes ses dimensions : culturelle , économique et institutionnelle".

A B