Nouvelle Gauche Communiste
courant communiste révolutionnaire (issu du PCF)

Après le
séisme du
21 avril 2002

Numéro 26
2e trimestre 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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MAINTENANT QUE LES PROJECTEURS médiatiques se sont éteints, que la pseudo confrontation droite-gauche reprend tous ses droits, on peut le plus tranquillement du monde esquisser une analyse des résultats du premier tour de l'élection présidentielle. Ce 21 avril fût effectivement un séisme politique. Pas celui dont tous les commentateurs nous ont rebattu les oreilles sur la présence d'un candidat fasciste au second tour ; car il n'aura manqué, en fin de compte, que 200 000 voix à Jospin pour se qualifier. Et dans ce cas tout le monde aurait trouvé le résultat… normal. Loin de nous l’idée absurde et dangereuse de minimiser le fait que Le Pen est, sur le poteau, prit la place de Jospin, nous y reviendrons au cours de cet article.

Le véritable séisme provoqué par le 21 avril c’est d'une part la cinglante sanction des partis politiques de droite et de gauche qui gèrent le pays, à défaut de le gouverner, depuis 21 ans (1), et d'autre part la totale déroute du candidat de la direction du PCF qui perd 1 670  000 voix sur 1995 soit une régression d'environ 64 %. Ce qui n'empêche nullement Marie Georges Buffet d'affirmer, devant le Conseil national du 23 avril, « l'essentiel de notre démarche était juste » et « les choix que nous avons fait à Martigues, ou lors de notre 31ème congrès, me paraissent constituer un socle d'avancées essentielles. » La direction du Parti aura finalement réussi le tour de force de concrétiser au-delà de ses espérances les vœux les plus chers de François Mitterrand : rendre l'existence du PCF inutile au cœur des exploités et des opprimés.

Cette Bérézina historique et politique s’accompagne de l’affirmation d'un pôle anticapitaliste recueillant pratiquement 3 millions de voix avec une progression de 84 % sur 1995.

Rejet des partis de la mondialisation...

Que se dégage-t-il d'autre de ce 21 avril ? Raisonnons quelques instants sans le prisme habituel des médias. Premièrement, comparons les résultats sur les inscrits et non sur les exprimés afin de ne pas d’ignorer la bagatelle du tiers du corps électoral. Deuxièmement regroupons les organisations politiques en fonction de leur politique effective et non pas par rapport au traditionnel clivage droite-gauche dont la pertinence tend à s’émousser sérieusement depuis 1983. On peut considérer que l'arc politique se subdivise en trois blocs : celui qui met en oeuvre la politique de la mondialisation capitaliste et de l'Europe de Maastricht avec ses deux variantes, l’une libérale (que nous continuerons d'appeler droite pour. faciliter la compréhension de l'analyse) et l’autre social-libérale (que nous continuerons d'appeler gauche pour la même raison) ; le bloc fasciste (également dénommé extrême-droite) et le bloc anticapitaliste (plus connu sous le nom d’extrême-gauche).

Au sens strict, les partis qui se sont partagés alternativement ou simultanément le pouvoir depuis 1981 perdent 5,4 millions d'électeurs (3 millions pour la gauche, 2, 4 millions pour la droite) et chutent de 56,9 % des inscrits en 1995 à… 42,7 %. Ce phénomène est partiellement atténué si l'on prend en compte les candidats en dissidence (l'ex-RPR Jean Saint-Josse et l’ex-PS Jean-Pierre Chevènement en 2002, l’ex-UDF Philippe de Villiers en 1995), alors cet ensemble politique au service de la mondialisation ne perd plus que 4,22 millions d'électeurs et passe de 60,7 % des inscrits à 49,4 %. C’est-à-dire qu'il n'a plus derrière lui la majorité du corps électoral.

Que deviennent ces voix perdues par les candidats de ces partis ? 2,54 millions ne se sont pas exprimés soit en s'abstenant soit en votant nul, 1,36 million ont voté pour les candidats anticapitalistes et 900 000 ont choisi les candidats fascistes. Si l'on tient compte des 580 000 nouveaux inscrits, alors le compte est bon.

… la mutation achève le PCF

Cette analyse serait incomplète sans la remarque suivante. Nous avons le droit de considérer que les 960 000 électeurs qui ont utilisé le bulletin de vote « Robert Hue » n'ont pas voté pour la disparition de l'identité communiste et la collaboration de classe. Alors un constat s'impose, ce n’est plus 3 mais pratiquement 4 millions d'électeurs qui ont exprimés, à un titre ou à un autre, un vote anticapitaliste. Cet ensemble est relativement stable par rapport à 1995 avec une perte d’un peu plus de 300 000 voix, passant de 10,6 % des inscrits à 9,7 %. En 1995, le candidat du PCF représentait 62 % de cet ensemble, en 2002 il n'en fait plus que 24 %. Un autre constat s'impose : il existe objectivement un potentiel anticapitaliste dans ce pays. Certes cette force est encore politiquement inexistante. La constituer tel est le défi que les militants communistes et révolutionnaires doivent impérativement, et si possible dans les meilleurs délais, relever. Les élections législatives de juin prochain aurait pu être l'occasion d'affirmer une convergence anticapitaliste. Mais nous sommes contraints de constater qu'il n'en sera pas ainsi. Une occasion perdue, une de plus. La Gauche communiste (voir déclarations pages 10 et 11) non seulement se prononce pour une telle convergence mais prendra des initiatives politiques allant dans ce sens ou répondra à toutes initiatives similaires.

Voilà le véritable paysage politique sortit des urnes lors du premier tour de l'élection présidentielle. Un rejet de toutes les formations politiques qui ont servi avec le zèle que l'on sait la mondialisation capitaliste et son versant européen, le traité de Maastricht, dont tout un chacun peut aujourd'hui mesurer à son détriment les effets dramatiques. Effets dramatiques que l'on peut caractériser d'insécurité sociale globalisée. C'est le terrible constat que fait Éric Maurin, chercheur à l’INSEE , quand il écrit : « un sentiment d'isolement et d’injustice imprègne désormais le rapport de la société à l'économie et au monde du travail. » (2)

Quand la situation sociale s’invite à la réception électorale

Les chiffres de cette insécurité sociale ne sont que trop parlants : 2 232 100 chômeurs officiels en mars 2002 soit une progression de… 7 % en un an (notons que les chiffres officiels édulcorent sensiblement la réalité, selon l'ancien calcul le nombre de chômeurs serait de 2 635 600) ; et ce malgré les innombrables efforts de la gauche plurielle en direction du patronat : création des emplois-jeunes, loi Aubry sur la réduction du temps de travail, substantiels cadeaux financiers aux entreprises. Ajoutons que 1 028 000 personnes sont au RMI ; qu'à quelques variations près la part des bas salaires (entre 4 500 et 6 000 francs par mois) représente 6, 4 % de l'ensemble sur la période allant de 1983 à 2000 (3), sur cette même période la part des très bas salaires (inférieurs à 4 500 francs par mois) est passée de 5 % à 7,9% et que l'usage du temps partiel a pratiquement doublé en passant de 7,7 % à 14,7 %. Arrêtons-là cette succession de chiffres qui donne la nausée.

De 1983 à 2000, les électeurs ont tout testé : la gauche, la droite, la cohabitation dans les deux sens et le sort du monde du travail n'a fait qu'empirer. Complétons le tableau avec les privatisations commencées par le tandem Mitterrand-Balladur, poursuivies par Chirac-Juppé et considérablement accentuées par Chirac-Jospin. Ces privatisations se sont accompagnées d’un processus de désertification des quartiers et des villages du point de vue de la présence des services publics. Achevons le tableau avec trois guerres impérialistes, chaque fois avec l'engagement de l'armée française, dans les dix dernières années (Irak, Serbie, Afghanistan) et nous voyons mieux ce que signifie l'insécurité sociale globalisée.

Et pendant ce temps-là, les entreprises devaient disposer, selon la théorie officielle, du droit de licencier sans contrainte afin de pouvoir créer des emplois. La droite évoquait la main invisible du marché et la gauche, par la voix de Jospin, avouait son impuissance ou plus exactement qu'à la barre du bateau « capitalisme » elle ne pouvait pas s'occuper des galériens encore moins de ceux qui ne pouvaient même plus ramer. Malheureux Jospin contraint de prendre sa retraite politique au moment même où l'organe officieux de la City de Londres, le Financial Times, lui tresse une couronne de lauriers : « il y a quelque chose de tragique dans le destin de cet homme politique qui a gouverné son pays avec intégrité et compétence » car ajoute ce journal « la performance économique de la France fût meilleure que celle de tout autre pays européen, grâce à un bon équilibre entre la progression de la consommation intérieure et une hausse modeste des dépenses publiques. » (4)

C'est dans cette compétence politique et cette performance économique qu'il faut aller chercher le résultat sorti des urnes le 21 avril. En septembre 1997, la Gauche communiste posait ainsi l'impossible problématique du gouvernement de la gauche plurielle : « Comment tout à la fois satisfaire Maastricht sans désespérer le peuple ? Cette voie n'est pas étroite, c'est un véritable cul de sac. » Dès juillet 1997, Jospin tentait de justifier sa politique avec cet argument sublime : la voie est étroite. En réalité, déjà à l'époque, tout observateur sérieux savait que transformer la société française selon les exigences de la mondialisation capitaliste et de l'Europe de Maastricht allait, tôt ou tard, désespérer le peuple. En 2002, les plus désespérés ont utilisé des bulletins de vote des candidats fascistes ; il est plus facile d'exprimer son désespoir en s'en prenant à son voisin de palier surtout « s'il n'est pas comme nous ». Les plus conscients, eux, ont utilisé un des trois bulletins de vote des candidats d'extrême gauche.

Attention : Le FN peut devenir l’Opposition

Pays bas, France, Danemark, Italie, Autriche, dans l'Union européenne le 21 avril est loin d’être une exception française ; il tend même à être la norme. Quoi de plus normal qu'à l'intérieur de l'Europe de Maastricht les mêmes causes produisent les mêmes effets. Face à des gouvernements nationaux se déclarant impuissants et obligés de transposer les directives européennes, même si, soit dit en passant, les grandes orientations sont prises par le Conseil européen qui réunit les chefs d'États et de gouvernements comme à Barcelone où d'une seule voix Chirac et Jospin ont décidé d'achever les privatisations (EDF, GDF, la Poste, etc.), d'équilibrer le budget dès 2004 (ce qui signifie encore moins de services publics, de santé, d'éducation) et de reculer de cinq ans l'âge de départ à la retraite ; face aux conséquences inhumaines de ces choix presque tous les gouvernements de gauche et de centre-gauche subissent des revers électoraux et surtout l'extrême droite raciste, xénophobe, régionaliste, fasciste prospère sur le fumier social et parfois accède au gouvernement.

Voilà la réalité politique sans fard de l'Union européenne. Il ne faut pas s'en étonner, encore moins jouer les vierges de la République, à force de désespérer le peuple une partie de ce dernier ne voit son salut que du côté des partis de type fasciste. Certes, la campagne sur la sécurité dans les quartiers populaires écrasés par la misère et le chômage à jouer en faveur de Le Pen, mais comment explique-t-on ses percées dans le Nord, le Pas-de-Calais et dans les régions où des entreprises comme Lu, Danone, Moulinex et d'autres ont jeté à la rue des milliers d'ouvriers pendant que le gouvernement de la gauche plurielle déclarait ne pas pouvoir intervenir contre le droit à la propriété privée des moyens de production et espérait, secrètement, que les sept sages bourgeois du Conseil constitutionnel biffent d’un trait de plume, au nom de ce droit non inscrits dans Constitution, les rares et bénignes mesures de la loi dite de modernisation sociale. Nous nous trouvons ici en présence d'une des principales conditions pour la montée en puissance des fascistes : l’insécurité sociale générée par la crise de la société au moment même où les riches actionnaires s'enrichissent impunément.

Une autre des principales conditions d'une éventuelle arrivée au pouvoir des fascistes c’est lorsque la grande bourgeoisie se sent incapable de maîtriser le prolétariat avec sa propre légalité. Constatons le fait que les partis de gouvernement ne sont pas majoritaires dans le pays, que Chirac ait obtenu 82% des exprimés au second tour ne change rien à l’affaire, discrédite totalement la Ve République. Les communistes se doivent de poser la question d’une nouvelle République réellement démocratique, réellement sociale ; une république qui soit un réel point d’appui pour que les travailleurs organisent leur résistance au capitalisme mondialisé.

La forte concentration économique et financière de l'économie exige une forte centralisation du pouvoir politique afin que la bourgeoisie prenne sa revanche sur le mouvement ouvrier en détruisant les conquêtes sociales et démocratiques. La fonction historique du fascisme consiste à modifier par la violence extrême les conditions de la reproduction du capital. Sans vouloir se rassurer gratuitement nous n'en sommes pas encore là ; d'ailleurs le MEDEF, qui, avec Chirac et Jospin, disposait de deux candidats, est sorti de sa traditionnelle réserve en appelant à voter pour Chirac au second tour.

Les bourgeoisies européennes, et la française n’échappe pas à la règle, misent encore sur le consensus. Le sale boulot exécutait depuis 1997 par la gauche plurielle l’atteste. La recherche d’un consensus social n’exclut nullement le recours à la violence : vague de licenciements, répression des manifestations, plan Vigipirate, etc.

La question est posée, désormais clairement, en sachant que la droite et la gauche gouvernementales, de toute façon, continueront de mettre en oeuvre leur programme commun dont les grandes lignes ont été réaffirmées au sommet européen de Barcelone quelques jours à peine avant le premier tour de l'élection présidentielle : la menace fantôme du 5 mai peut évoluer, plus ou moins rapidement, vers un réel danger. Le FN peut devenir le seul opposant populaire crédible aux partis de la mondialisation capitaliste. Que personne ne nous objecte que le FN fulmine chaque jour contre cette mondialisation et Maastricht ; Hitler après avoir conquis les travailleurs dans la pire des misères, ne fût-il pas  l'homme des plus grands trusts allemands dont certains ont toujours pignon sur rue.

Combattre le fascisme en luttant pour le socialisme

La présence de Le Pen au second tour de l'élection présidentielle est donc à prendre au sérieux. Une position comme celle de Lutte ouvrière, qui sépare arbitrairement la lutte sociale et la lutte démocratique, constitue une impasse politique au moment où les travailleurs et les jeunes manifestent par millions. Tout comme est inacceptable le chantage au danger fasciste imminent de la direction du PCF qui appelle le PS à l'aide comme à Aubervilliers-La Courneuve contre notre camarade Jean-Jacques Karman, alors que dans cette circonscription le FN recule sur 1995. Bon prince, le PS accepte de sauver son vieux compagnon au nom des services rendus par ce dernier. Rappelons, pour mémoire, qu’aux cantonales de l’an passé, Jean-Jacques Karman, après avoir obtenu 31% (des exprimés) au premier tour, affrontait seul le FN. Personne, aucune organisation politique de quelque nature que ce soit, n’a appelé à utiliser le bulletin « Karman » pour faire barrage au FN. Il y a tout juste un an, il ne devait pas y avoir de danger fasciste.

Le rôle des communistes est d’agir au cœur du mouvement de masse et d’y défendre des positions permettant à ce mouvement de converger, d’être en capacité de renverser le système d’exploitation, système qui est tout à la fois économique, social et … politique. On ne passe pas de la lutte revendicative contre les effets du capitalisme à la lutte d’ensemble contre les causes, c’est-à-dire le capitalisme lui-même, sans programme politique. Qui dit programme politique, dit attitude politique.

Si le monde communiste militant dans sa diversité politique et organisationnelle est convaincu que la mondialisation est bien le stade suprême de l’impérialisme, celui issu de la chute du mur de Berlin et de la destruction de l’URSS, que cette mondialisation signifie broyer le mouvement ouvrier, alors l'enracinement d'un électorat de 5 à 6 millions en faveur du FN ne doit rien au hasard. En 1990, nous écrivions dans Prométhée : « restructurer le monde sous la férule de l'impérialisme implique pour ce dernier de briser la classe ouvrière, de la briser politiquement, socialement, organisationnellement. Et ce non seulement en URSS et en Europe de l'Est mais aussi en Europe de l'Ouest. Tel est le sens que donnent les bourgeois à la chute du mur de Berlin. » et nous ajoutions « la restructuration capitaliste ne peut signifier que le talon de fer des bourgeois s’abattant sur tous les travailleurs de la planète. C'est dans ce contexte qu'il faut replacer la montée du fascisme dans un pays comme la France. Ne pas le voir où se voiler la face est une politique criminelle. Le fascisme n'est pas seulement une organisation de bandes armées. Il n'est pas une constante pour la bourgeoisie, mais un moyen quand l'instabilité chronique de son système social et politique s'avère incapable de museler la classe ouvrière. » (5)

Certes nous n'en sommes pas encore là et l'espoir se trouve politiquement du côté du prolétariat.

Le réformisme est mort...

D'une façon ou d'une autre 3 à 4 millions d'électeurs ont exprimé un choix anticapitaliste. Ce vote entre en résonance avec la réalité politique : le réformisme à l'intérieur du système d'exploitation et totalement impossible à l'heure de la mondialisation. C'est ce qu’explique Fausto Bertinotti le secrétaire général du Parti de la refondation communiste: « la défaite des socialistes français et de leur gouvernement révèle surtout l'échec de la politique réformiste face à la mondialisation » et Bertinotti en conclut qu’un « compromis entre les exigences d'un marché mondialisé et les nécessités du réformisme et du compromis que les social-démocraties ont tenté d’affirmer dans leur dernière période, celle où a prévalu la ‘’troisième voie’’ est impossible. » (6)

Certes le PS n’a pas épuisé toute sa capacité de nuisance. Combien de travailleurs et de jeunes qui sont descendus par millions dans les rues le 1er mai mordront à l’hameçon tendu par Martine Aubry qui affirme sans rire que le PS est favorable à « un renforcement de la protection des salariés contre les licenciements abusifs ou injustifiés. » (7) en n'oubliant leur vote du 21 avril ? Nous le serons le 9 juin au soir.

Du côté de la direction du PCF, son score du 21 avril constitue une seconde chute du mur de Berlin. C'est l'échec de sa constante politique d'union de la gauche depuis des décénies, quelques en soient les variantes. Cette politique a prospérée à l'ombre protectrice du parapluie soviétique. Aujourd’hui, elle s’achève dans la débandade politique, militante et électorale. Rien ne peut sauver cette politique ni une révolution de palais à l'intérieur de la direction du Parti comme l’espère le courant Braouzec-Zarka ni la constitution d'une informe fédération de la gauche démocratique et socialiste abritant sous la férule du PS ce qui reste de l'appareil du PCF, des Verts et quelques autres.

De leur côté les organisations d'extrême-gauche, qui ont trop longtemps observé le prolétariat et les militants communistes au travers le prisme déformant du stalinisme, s'avèrent en panne de perspective politique.

Le PT se lance dans une campagne dite de « reconquête de la démocratie » sans lien direct avec la montée en puissance des revendications sociales antimondialisation. Il est vrai que ce parti préfère l’Organisation internationale du travail aux manifestants de Seattle à Gênes.

Lutte ouvrière, fidèle à sa tradition, cultive plus que jamais son isolationnisme stérile. Cette organisation va jusqu’à prendre la responsabilité de réduire à néant le potentiel anticapitaliste contenu dans le résultat du 21 avril.

La LCR a visiblement compris que les voix, dont celles de nombreux électeurs communistes, qui se sont portées sur Olivier Besancenot représentent un capital certain. Elle vient de lancer un appel pour une gauche radicale et anticapitaliste (8). La Gauche communiste répond favorablement à cet appel car il correspond grosso modo à notre proposition en faveur d’un forum des forces progressistes et anticapitalistes. Mais nous ne pouvons que nous interroger sur les différences de pratiques de la LCR sur le terrain : pour les législatives elle soutient notre camarade Charles Hoareau à Marseille et présente un candidat en Seine-Saint-Denis dans la circonscription où se présente notre camarade Jean-Jacques Karman.

En ce qui concerne les divers courants politiques qui se sont constitués en opposition à la direction du PCF la tendance est à l'indécision. Malgré l'affirmation de la nécessaire rupture politique avec le groupe Hue-Buffet, dans les faits cette rupture rencontre un mal de chien à se concrétiser. Les hésitations des uns, les réticences de la Coordination des militants communistes, si elles s'expliquaient hier, risquent à court terme de conduire à l'impuissance le courant communiste issu du PCF.

… vive la refondation communiste

Pour dépasser cette situation, pour en sortir par le haut, parce que l'existence et l'action d'une force communiste est indispensable au prolétariat dans sa lutte contre le capitalisme, la Gauche communiste propose à tous les communistes d’ouvrir, sans plus tarder, le chantier de la refondation communiste.

Environ 4 millions d’électeurs anticapitalistes, puissantes manifestations du 1er Mai, nombreuses luttes de résistance aux plans de licenciements. L'heure n'est pas à la demi-mesure. L’heure est à l’offensive politique.

Quelques pistes pour cette refondation : remettre totalement en cause une politique et qui a lamentablement échouée ; abandonner toute forme de sectarisme, ce qui ne signifie nullement renoncer à ses conceptions et à en débattre au grand jour avec toutes les tendances communistes ; construire, au cœur de la lutte de classe, un projet politique résolument moderne, c’est-à-dire un projet résolument hostile au capitalisme moderne ; opérer l'examen critique de notre histoire afin de permettre au communisme de retrouver le statut que le stalinisme lui a fait perdre : un spectre qui hante les nuits et les jours de la bourgeoisie.

Oui, l’heure est à la refondation communiste, que s'y engagent, sans arrière-pensée, tous ceux et toutes celles qui le veulent.

Le 25 mai 2002

Emile Fabrol

1.- De 1981 à 2002, la gauche aura siégé 14 ans à l'Élysée et la droite 7. La gauche aura détenu le gouvernement durant 15 ans : 1981-1986, 1988-1993 et de 1997 à 2002 en cohabitation. La droite aura détenu le gouvernement durant six ans : 1986-1988 et 1993-1995 en cohabitation, toute seule de 1995 à 1997.
2.- le Monde de l'économie, 14 mai 2002.
3.- 1983, c’est la date du début de la rigueur de « gauche » impulsée par Jacques Delors (la direction du PCF possède, alors, quatre députés). 2000, c’est la date des dernières statistiques.
4.- le Monde du 7 mai 2002.
5.- Prométhée, 3ème trimestre 1990, « Révolution prolétarienne ou contre-révolution bourgeoise »
6.- le Monde du 11 mai 2002
7.- le Monde de l'économie, 14 mai 2002
8.- Rouge du 23 mai 2002.