Nouvelle Gauche Communiste
courant communiste révolutionnaire (issu du PCF)

Changer
de cap

Numéro 27
3e trimestre 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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« LE SYSTEME QUE VOUS mettez à l’œuvre, produit de la mondialisation capitaliste et financière et de l’Europe de Maastricht, est incapable de répondre aux aspirations de nos concitoyens. (…) Dans ce système, avec les mesures que vous vous proposez de prendre, monsieur le premier ministre, la charrette des licenciements continuera de faire la bonne santé de l’actionnariat. » ainsi répliquait, à juste titre, Bocquet, au nom des députés du PCF, au discours d’investiture de Raffarin (1). A priori il n’y à rien à redire à cette verte critique du nouveau premier ministre. Mais en y regardant d’un peu plus près la décence politique nous oblige à caractériser cette réflexion comme la problématique de la mémoire courte.

Pourquoi une entrée en matière aussi brutale se demanderont certains lecteurs ? Pourquoi, comme c’est la tradition dans les rangs anticapitalistes chaque fois que la droite revient aux affaires, ne pas présenter le gouvernement Raffarin comme le gouvernement le plus réactionnaire depuis des lustres  ? Pour exonérer tous les partis de l’ex-gauche plurielle de leurs responsabilités durant ces cinq dernières années et depuis les années Mitterrand, non merci. Pour oublier le combat politique que nous avons mener contre le gouvernement Jospin, non merci. Pour laisser croire qu’il pourrait y avoir une issue favorable aux travailleurs avec une union de la gauche réaménagée, non merci.

Pas question d’oublier aussi vite le résultat sorti des urnes le 21 avril. L’heure n’est pas à favoriser la renaissance du poison réformiste qui vient, une fois de plus de démontrer qu’il ne servait que la bourgeoisie. L’heure est à la réflexion et à l’action pour détacher le monde du travail de ce poison, cela passe par ouvrir une perspective de transformation révolutionnaire du monde. Cette tâche incontournable exige de tous les communistes, quelque soit leur lieu actuel d’organisation, de savoir faire les efforts nécessaires pour construire un parti communiste, démocratique et révolutionnaire.

Un gouvernement du MEDEF, de la mondialisation et de la guerre impérialistes

Effectivement, les premières mesures annoncées ou prises par Raffarin et son équipe ont de quoi inquiéter les exploités et les opprimés. Elles impliquent, sans retard ni hésitation, une riposte globale de la part de toute la classe sociale victime du capital.

Examinons certaines de ces mesures pour aider à la constitution et à l’expression de cette riposte.

SMIC.
D’entrée de jeu Raffarin a annoncé la couleur : il n’y aura pas de « coup de pouce » aux divers SMIC ; au même moment les indemnités des ministres augmentaient de 70%. Si ça ce n’est pas la marque de la droite et du MEDEF réunis qu’est-ce que c’est ? Certes, l’argument est valable à condition d’oublier volontairement que l’an passé c’est le gouvernement Jospin qui n’a pas donné de « coup de pouce » aux SMIC, et que ce sont les lois Aubry qui ont créé les divers SMIC et encouragé le patronat à geler les salaires.

EMPOIS-JEUNES.
Montrant son mépris pour les jeunes qui peinent à trouver du travail, Raffarin décide de mettre fin au dispositif des emplois-jeunes mis en place par son prédécesseur. Il le remplace par les contrats jeunes dans le secteur privé. Le coût, à la charge du travailleur contribuable, sera grosso modo le même. Et certains esprits chagrins, mais vraiment chagrins, se rendront compte que le dispositif de « gauche » était un CDD de cinq fois un an sans aucune garantie au bout, et que celui de « droite » est un CDI avec exonération de cotisations sociales pendant deux ans. Ce qui n’empêchera pas le patronat de licencier à la fin de l’exonération.

IMPOTS.
Afin d’espérer obtenir des Français une lune de miel, Raffarin décide, dans une cacophonie incroyable pour un gouvernement nouvellement nommé, de réduire l’impôt sur le revenu de 5% en 2002 (pour les années suivantes qui vivra verra). Nous avons à faire sans contestation possible à une mesure libérale pur sucre qui favorise de manière indécente les plus riches. Ainsi, seulement 1% des contribuables empochera 30% du montant total de la réduction. Sans parler des effets négatifs sur la politique de la santé, de l’éducation, etc. compte tenu d’une part de l’augmentation du budget de guerre de classes (armées, police, etc.) et d’autre part des exigences posées par le traité de Maastricht et le pacte dit de stabilité qui prévoit de parvenir à l’équilibre budgétaire en 2004.

Mais qui a oublié la réduction d’impôt sur le revenu à la sauce Fabius qui se serait traduit, sur trois ans par 1 000 F de réduction pour un salarié gagnant 8 500 F par mois et une de 295 000 F pour une personne ayant des revenus comparables à ceux de l’ex-PDG de Vivendi. Faut-il, également, rappeler la trouvaille de l’ex-gauche plurielle intitulée « prime pour l’emploi » et qui fait payer par le salarié contribuable les augmentations de salaires des travailleurs pauvres que refuse d’accorder le patronat.

Le tableau ne serait pas complet si l’on omettait de mentionner la continuité dans les cadeaux fiscaux au grand patronat dans la logique stricte des directives européennes, comme le rappelle les conclusions du sommet de Barcelone, ratifiées par Chirac et Jospin ensemble les 15 et 16 mars 2002, soit quelques semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle, : « que les États membres qui s’efforcent de baisser les impôts s’attachent en priorité à alléger la pression fiscale sur les bas salaires. » (2) Tout le monde l’aura compris il ne s’agit pas de baisser les charges fiscales qui accablent les travailleurs, il s’agit de faire baisser les « charges » sociales des entreprises.

RETRAITES.
Les intentions gouvernementales sont claires : il s’agit d’une remise en cause de la retraite à 60 ans, des 37 ans et demi dans la fonction publique (le privé étant depuis Balladur aux 40 ans) et surtout de la retraite par répartition. Pour cela Raffarin invoque successivement « une plus grande équité », « la liberté de choix [pour] ceux qui souhaitent prolonger leur activité » et « la possibilité de compléter sa pension, grâce à une incitation fiscale, par un revenu d’épargne » (3) autrement dit par des fonds de pensions , ce qui n’est guère encourageant après le scandale Eron où les salariés ont perdu, en une seule fois, leur emploi et leur retraite. Voilà une proposition qui va dans le sens du MEDEF. Il se prépare une véritable agression contre le monde du travail dans son ensemble qui appelle, dès aujourd’hui, une mobilisation de masse des intéressés. La destruction de la retraite par répartition c’est l’achèvement de la destruction de toute la sécurité sociale commencée par le plan Juppé, ce que confirme les propos de Raffarin sur une « nouvelle gouvernance » et une régionalisation de la Sécurité sociale.

C’est pourquoi les déclarations de Thibaut, en tant que secrétaire général de la CGT, ne donnent pas l’image d’une confédération syndicale prête à prendre ses responsabilités dans les combats de classes qui s’annoncent. En effet que penser de ce passage : « Nous ne sommes pas pour la sauvegarde de l’acquis comme s’il n’y avait pas de problème. Nous ne nions pas la réalité du problème des retraites » Il en va de même avec l’idée de « commencer à cumuler des droits à la retraite dès l’âge de 18 ans. » (4) Faisons un petit calcul 60 moins 18 cela donne 42 ans de cotisations ; il faut faire attention à ce que les idées émises ne se retournent pas contre les travailleurs.

Sur les retraites, il est vrai que le gouvernement de l’ex-gauche plurielle fut plutôt hésitant. Mais qui peut oublier qu’il a continué tout simplement à appliquer le  plan Juppé grâce à la courageuse abstention de la quasi totalité des députés du PCF. Qui peut, aussi, oublier que la déclaration commune du 7 novembre 2000 signée par tous les partis composants le gouvernement Jospin est entièrement muette sur ce sujet capital (5). Quand on sait comment la gauche plurielle a traité ses engagements on peut aisément imaginer ce qu’elle aurait fait en étant libre de tout engagement. D’autant plus que son chef de file, Jospin, en compagnie de Chirac, avait ratifié les conclusions du sommet européen de Barcelone quelques semaines avant le 21 avril : « Il convient de réduire les incitations individuelles à la retraite anticipée et la mise en place par les entreprises de systèmes de préretraite, et d’intensifier les efforts destinés à offrir aux travailleurs âgés davantage de possibilité de rester sur le marché du travail (…) Il faudrait chercher d’ici 2010 à augmenter progressivement d’environ cinq ans l’âge moyen effectif auquel cesse, dans l’Union européenne, l’activité professionnelle. »

PRIVATISATIONS.
Sur ce sujet aucune surprise, le nouveau gouvernement va poursuivre l’œuvre déjà gigantesque de l’ancien. Sont désormais dans collimateur : Air-France (déjà en partie privatisée par Gayssot), EDF, GDF, la Poste. Et ne voit-on pas les chefs de file des partis de l’ex-gauche plurielle proclamer leur attachement indéfectible au service public et déclarer à qui veut l’entendre qu’ils n’hésiteront pas à se mettre en travers du chemin de la droite. Tout un chacun est libre de les croire, de toute façon c’est au pied du mur de l’action que nous les verrons. Les mêmes n’avaient-ils pas déjà jurer : « Nous affirmons notre détermination à défendre en les rénovant et en les démocratisant les services publics, la fonction et les politiques publiques. La droite les brade. Elle privatise et déréglemente. Nous nous engageons à faire prévaloir une autre orientation. Ainsi,  par exemple, pour France-Telecom, Thomson, Air-France, nous proposons l’arrêt des processus de privatisations. » (6) C’était au temps de la campagne pour les élections législatives de 1997. Dans leur déclaration commune du 7 novembre 2000, tous les partis de l’ex-gauche plurielle restent bien vagues sur cette question capitale pour résister au capitalisme mondialisé et à son entreprise de déréglementation généralisée ; ils proposaient qu’un bilan soit effectué avant la transposition (obligatoire) des directives européennes. Et, encore une fois à Barcelone, Jospin et Chirac engageaient: « le Conseil et le Parlement [européens] à adopter, dès que possible en 2002, les propositions en instance concernant la phase finale de l’ouverture des marchés de l’électricité et du gaz. »

REGIONALISATION.
Le nouveau gouvernement annonce une nouvelle ère de la décentralisation ou plus exactement la mise en conformité des collectivités territoriales avec les exigences synthétisées par les traités de l’Union européenne. Dans sa réponse au discours d’investiture de Raffarin, Hollande, au nom des députés du PS, répond en substance : nous sommes d’accord avec vous. Il est vrai que l’ex-gauche plurielle a voté les lois Chevènement et Voynet sur l’intercommunalité destructrice de la seule structure de proximité possible qu’est la commune et mis en chantier le rapport Mauroy (7).

SANS PAPIERS.
Refus persistant de régulariser les sans papiers dans la plus pure continuité des lois Pasqua, mais aussi, ne l’oublions pas, de la loi Chevènement qui n’a pas réglée cette question humanitaire malgré les promesses électorales d’avant… 1997.

REPRESSION.
Sarkozy et Perben viennent de faire voter à la hussarde deux lois sur la sécurité et la justice totalement imprégnée d’un esprit purement sécuritaire et répressif. La logique qui anime ces éminents ministres est celle de la guerre de classes.  A l’extérieur des territoires des grandes puissances c’est  la guerre impérialiste mondialisée : guerre contre la Serbie et l’Afghanistan; protectorat sur la Bosnie, le Kosovo et l’Afghanistan; guerre imminente contre l’Irak; menaces directes contre la Corée du Nord, la Libye, la Colombie, le Venezuela, Cuba et d’autres. A l’intérieur de ces territoires des mesures commes celles de Sarkozy et Perben s’apparentent aux techniques de guerre de « basse intensité » pour reprendre le jargon militaire impérialiste et dont la répression des manifestations de Gênes en juillet 2001 a constitué un terrible exemple.

Là, diront nos contradicteurs de l’ex-gauche plurielle, vous voyez bien qu’il y a une profonde différence. Pas si sûr, car les propos de l’ancien ministre de l’intérieur, Vaillant, et ceux de l’ex-révolutionnaire, Dray, montrent que la direction du PS s’inscrit totalement dans la guerre impérialiste mondialisée.

Détacher politiquement le monde du travail de la social-démocratie

Sans vouloir remonter à l’union sacrée durant la guerre de 14-18, sans vouloir remonter à l’assassinat de Rosa Luxemburg, de Karl Liebknecht et de la révolution allemande ayant porté un coup mortel à la révolution soviétique en Europe et favorisé ainsi la constitution du stalinisme, sans remonter au vote des pleins pouvoirs à Pétain par la majorité des députés élus en juin 1936, sans remonter aux guerres coloniales françaises durant la 4e République : la période 1997-2002 aura confirmé pour certains et montré pour les autres la véritable nature politique de la social-démocratie moderne.

Sonnées par la défaite du 21 avril, les diverses tendances de la direction du PS se lancent dans la reconquête de l’électorat populaire perdu à cause de leur politique social-lbérale.

Tout  groupe de militants qui ne mettrait pas à profit la leçon de choses vécue et sanctionnée par les travailleurs pour enfin détacher politiquement le monde du travail de la social-démocratie commettrait une erreur lourde de conséquences pour l’avenir. Les cinq ans de gouvernement de la gauche plurielle, tous partis confondus, doivent être utilisés pour parvenir à rompre l’influence néfaste et destructrice de la social-démocratie sur les exploités et les opprimés. Et ce d’autant plus, qu’une fois écarté le discours aux accents d’opposition parlementaire, un constat s’impose la majorité du PS  affiche sa ferme volonté de maintenir le cap global du gouvernement Jospin.

Durant l’été, Le Monde s’est transformé en bulletin intérieur du PS. Les divers intervenants, à quelques rares exceptions, défendent l’économie de marché (c’est-à-dire le capitalisme), le bilan du gouvernement Jospin et la construction de l’Europe capitaliste.

ECONOMIE DE MARCHE.
Avec sa franchise habituelle, Fabius annonce que « nous ne proposons pas un socialisme de la ligne Maginot. » (8) Avec ou sans cette fameuse ligne, l’action du gouvernement Jospin et son programme pour la présidentielle étaient bel et bien non socialistes aux dires du candidat lui-même. Ce qui permet un retour fracassant de Rocard qui explique la visée du PS : « La croissance économique dont le rythme et la nature ont rendu évident que l’État n’est pas fait pour produire et que l’économie administrée ne fonctionne pas. L’économie peut se laisser orienter, infléchir, pas commander. Lionel Jospin, un jour de lucidité, l’a reconnu. Mais le volontarisme irréaliste qui est dans les habitudes de beaucoup d’entre nous l’a fait taire. » (9) Et c’est ainsi qui Jospin perdit parce qu’il fut encore trop « socialiste ». La refondation du PS commence sous les meilleurs auspices.

Un collectif de dirigeants et d’anciens ministres enfoncent le clou social-libéral : « Lutter contre la précarité qui touche des millions de salariés ne demande pas de renforcer encore davantage les règlements encadrant les recrutements et les licenciements qui ont atteint un équilibre au-delà duquel l’incitation à créer des emplois serait limitée. » (10) On dirait presque du Seillière ! Et pendant ce temps-là Fabius s’exerce à une dialectique de bazar en établissant une savante distinction entre les services publics marchands et non marchands laissant clairement entendre que les seconds doivent être rendus au privé.

Dans ce con-cert un peu prosaïque Weber tient le rôle du théoricien. Ami lecteur lit attentivement cette citation, puis amuse toi à la comparer avec les arguments de la fraction de droite du capitalisme mondialisé et note les différences et les convergences : « L’économie de marché est une forme d’organisation de l’économie fondée sur la liberté de produire et d’échanger des biens et des services qui, comme toute liberté, se régule et s’organise. (…) Dressant les leçons de la faillite de la planification communiste, les sociaux-démocrates ont inventé un type particulier d’économie de marché, l’économie sociale de marché, combinant le dynamisme du marché et l’action correctrice et anticipatrice de la puissance publique, et celle régulatrice des partenaires sociaux. » (11) Et dire que ce monsieur a été élevé dans l’analyse marxiste de l’économie. On est stupéfait devant un tel aplomb quand on pense à tous ces électeurs ingrats qui n’ont pas compris les bienfaits de la politique du PS et qui, visiblement, ne sont pas prêts de les comprendre demain. D’autant  plus que le même Weber conclut sa prose en se situant ouvertement « dans le cadre du capitalisme mondialisé. »

BILAN DU GOUVERNEMENT JOSPIN
Le collectif déjà cité affirme que « le bilan des années Jospin est plus qu’honorable. » Cela dépend de quel côté on se place ; pour la bourgeoisie ces auteurs ont sûrement raison mais pour le prolétariat c’est une autre paire de manche. Ce qui les conduit à corriger leur tir ainsi « Il faut du temps pour réduire les discriminations. » A la lumière de l’œuvre du gouvernement de la gauche plurielle, ce temps risque de flirter avec l’éternité, et une grande partie de l’électorat de gauche a manifesté le 21 avril une véritable impatience gauchiste qui constitue un socle solide sur lequel les communistes peuvent et doivent s’appuyer pour construire une alternative révolutionnaire à la société d’exploitation fusse-t-elle régulée à la mode social-démocrate.

Quant à Weber, sa défense de l’honorable bilan gouvernemental sombre dans la dénonciation des travailleurs et de leurs syndicats qui auraient ruinés « nos réformes sociales excellentes dans leurs principes mais ambivalentes dans leur mise en œuvre » par une application « mal négociée. » Ce monsieur ne manque pas de culot tant il est vrai qu’une loi comme la loi Aubry, généralisant la flexibilité et l’annualisation, peut être modifiée par Fillon (successeur d’Aubry au ministère de l’exploitation) sans en trahir l’esprit.

EUROPE CAPITALISTE
Partisan depuis le traité de Rome en 1957 de l’édification d’une Europe capitaliste, le troisième pilier fondateur de la politique social-libérale du PS est sans conteste l’Union européenne. Weber y voit ni plus ni moins que le « levier d’une autre mondialisation ». Même son de cloche chez Rocard qui face au « vrai danger, la menace dont aujourd’hui tout le monde a peur, c’est la mondialisation » affirme que « l’institution européenne est, à l’évidence, le principal outil dans cette bataille. » Soit une contre-vérité vérifiable chaque jour. Petite remarque au passage, avec les chefs du PS leur propre vision des choses est toujours  « évidente ». Comment contester, un seul instant, une évidence à moins d’être un tantinet malade mental. Le summum est atteint par Fabius  qui appelle à la rescousse l’internationalisme de « Jaurès, Blum, Briand, Marx bien sûr » pour justifier la construction antisociale et antidémocratique de l’Union européenne.

Après avoir plus ou moins clairement exprimé leur peur de toute forme de contestation du capitalisme mondialisé , les dirigeants du PS proposent à leurs partenaires de l’ex-gauche plurielle soit d’adhérer directement au PS comme le fait Rocard soit, plus habillement comme le fait Bergounioux, de fonder une « confédération qui unirait les diverses composantes de la gauche. » (12)

Cet appel à l’union sous hégémonie du PS s’accompagne d’une mise en garde à peine voilée contre le mouvement social, le collectif déjà cité est d’une franchise brutale : « la critique de la mondialisation reprend trop souvent les arguments contre l’économie de marché que nous avons entendus pendant des décennies. » Après avoir réussi, comme le voulait Mitterrand avec le  programme commun, à réduire à néant l’influence du PCF le PS redoute que les masses victimes du capitalisme, débridé à la Raffarin ou régulé à la Jospin, investissent dans le communisme pour en finir avec cette société d’exploitation. Ce même collectif ne recule devant aucune outrance en maniant l’amalgame honteux, pour lui « Une part du vote populaire s’ouvre désormais à des formes de populisme à l’extrême droite mais aussi à l’extrême gauche. »

Quant à l’ancien trotskyste Weber, il n’hésite pas à recourir aux formes les plus grossières de la calomnie stalinienne en assénant : « Ceux qui qualifie de ‘’social-libérale’’ la politique pratiquée pendant cinq ans par le gouvernement de Lionel Jospin, confondent, sciemment ou non, libéralisme économique et économie de marché. »

En finir une fois pour toute avec l’illusion réformiste

Dans ce concert pour que tout change afin que rien ne change, le duo Emmanuelli-Mélenchon fait entendre un autre son de cloche en tentant de ressusciter un « réformisme radical » (13). Pour cela nos deux compères partent en guerre contre les « mensonges quotidiens » pour reprendre leur expression avec des accents qui peuvent atteindre le cœur des travailleurs.

Avec une réelle pertinence, Emmanuelli et Mélenchon taillent en brèche l’argument selon lequel le pays n’a plus les moyens du progrès social : « C’est un mensonge disent-ils de faire croire que des acquis sociaux aussi élémentaires que le droit  à la retraite par répartition, les services publics, la santé et l’éducation pour tous mis en place à la Libération, quand le pays était détruit, sont devenus des luxes infinançables quand le pays est plus riche qu’il ne l’a jamais été. » Intégrant à leur façon l’existence des classes sociales, ils défendent l’impossibilité de « changer la vie du plus grand nombre sans changer la répartition de la valeur ajoutée. » Enfin, ils dénoncent comme une « lâcheté de faire mine de croire que l’ordre économique actuel du monde est séparable politiquement, diplomatiquement et militairement de l’hyperpuissance américaine. »

Finalement ils en déduisent que « Le temps est passé des illusions toujours déçues d’un accompagnement social des pseudo-évidences libérales. »

Ce discours, encore plus radical et concret que la phraséologie déprimante et incompréhensible des diverses tendances de la direction du PCF, ne manque pas de séduction. Si on était méchant , on pourrait souffler au duo Emmanuelli-Mélenchon que ce discours aurait eu plus de poids quand le gouvernement Jospin privatisait ou quand il faisait la guerre impérialiste en Serbie et en Afghanistan. Mais, à Prométhée, nous ne sommes pas méchants.

Par contre, nous n’avons nullement l’intention de participer, fusse de très loin, à une entreprise qui aboutirait à ressusciter le réformisme, radical ou non. Durant des décennies, ce réformisme fut défendu par les directions successives du PCF depuis les années trente, ce réformisme a péri lamentablement en URSS et il vient de s’échouer encore plus lamentablement au soir du 21 avril en France. Il est hors de question d’être des nostalgiques de telle ou telle période où la peur de l’existence de l’URSS et du mouvement ouvrier permettait d’arracher des conquêtes sociales à la bourgeoisie. Ce temps est, qu’on le veuille ou non, révolu ; l’heure est à la riposte révolutionnaire globale.

Les pistes pour une telle riposte demeurent, dans les conditions actuelles, l’indépendance politique du prolétariat, la désacralisation du pouvoir politique engendré par la propriété privée des moyens de production, la satisfaction des besoins de l’humanité exploitée et opprimée, la conquête du pouvoir politique par cette dernière pour s’atteler à la transformation progressive du monde. Autrement dit jeter les fondations du chantier de la révolution.

Ni le second tour de l’élection présidentielle ni les élections législatives qui ont suivies ne peuvent effacer les presque 10% de voix obtenus par les candidats d’extrême gauche, les millions de prolétaires qui se sont réfugiés dans l’abstention ou le vote nul et surtout les cinq millions d’entre eux qui ont cru trouver une solide opposition au système en votant pour les candidats fascistes. Comme l’histoire l’atteste dans de très nombreux pays, les mêmes causes produisent grosso modo toujours les mêmes effets. Ressusciter le réformisme c’est tourner le dos à nos responsabilités et pire c’est abandonner les prolétaires au fascisme qui serait alors en situation de se présenter comme la seule opposition.

Il ne faut pas laisser passer l’occasion, il faut changer de cap.

La guerre impérialiste mondialisée, les crises financières qui broient des pays comme l’Argentine, les scandales financiers comme ceux qui ont englouti Eron ou qui secoue Worldcom et Vivendi, le chômage, la misère, les épidémies, la destruction de l’environnement, etc… cette réalité incontournable appelle non pas la réanimation du réformisme mais une perspective révolutionnaire pour transformer ce monde en perdition pour en faire un monde de progrès, de paix et libérer l’humanité car comme l’écrivait Trotsky « Si le capitalisme est incapable de satisfaire les revendications qui surgissent infailliblement des maux qu’il a lui-même engendrés, qu’il périsse ! La possibilité ou l’impossibilité de réaliser les revendications est, dans le cas présent, une question de rapport de forces, qui ne peut être résolue que par la lutte. Sur la base de cette lutte, quels que soient les succès pratiques immédiats, les ouvriers comprendront mieux que tout la nécessité de liquider l’esclavage capitaliste. » (14)

Même le théoricien anticommuniste Fukuyama exprime son angoisse sur l’avenir du capitalisme. Après avoir nié que l’islamisme soit le réel danger qui menace l’Occident et avoir pointé les contradictions qui se font jour entre les USA et l’Union européenne, il lance ce cri significatif : « La fin de l’histoire était censée marquer la victoire des valeurs et des institutions occidentales, et pas seulement américaines, en faisant de la démocratie libérale et de l’économie de marché les seules options viables. » (15) La seule réponse viable à cette angoisse existentielle du capitalisme est de la conforter en militant pour donner vie au spectre qui, malgré les aléas historiques, a toujours hanté la bourgeoisie : le communisme.

Emile Fabrol

1.- Le Monde du 5 juillet 2002.
2.- http://europa.eu.int.
3.- Le Monde du 5 juillet 2002.
4.- Le Figaro du 1er juillet 2002. Cette idée est reprise par Maryse Dumas, toujours au nom de la CGT, dans Le Monde du 27 août 2002.
5.- L’Humanité du 8 novembre 2000.
6.- Déclaration commune du PCF et du PS du 29 avril 1997 (L’Humanité du 30 avril 1997).
7.- Sur ce sujet lire les analyses dans les numéros du 4e trimestre 2000 et du 1er trimestre 2001 de Prométhée (envoi contre 5 €).
8.- Le Monde du 29 août 2002.
9.- Le Monde du 9 juillet 2002.
10.- Le Monde du 21 juin 2002. Les signataires sont Bergounioux, Evin, Richard, Sapin et Soulage.
11.- Le Monde du 20 août 2002.
12.- Le Monde des 25 et 26 août 2002.
13.- Le Monde du 13 août 2002.
14.- Le Programme de transition.
15.- Le Monde du 16 août 2002.