Nouvelle Gauche Communiste
courant communiste révolutionnaire (issu du PCF)

Washington
nouvelle
Rome

Numéro 27
3e trimestre 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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« Les membres des forces spéciales … n’ont pas besoin d’ordre pour savoir à qui et sur quels sujets ils doivent parler ou pas ». Voilà qui est clair ! C’est ce qu’a déclaré David Lapnan  . Il a fait ces déclarations alors qu’il était interrogé par le journal Le Monde au sujet des soldats afghans prisonniers morts dans des conditions de transports inhumains vers la prison de Shebergan dans le nord de l’Afghanistan. Rappelons que ce monsieur, lieutenant colonel de son état, était chargé des opérations militaires en Afghanistan.

Pourtant des témoins sont là pour le dire, rescapés de ce voyage de la mort, camionneurs qui convoyaient les conteneurs dans lesquels ces hommes sont morts soit étouffés dans des conditions atroces soit victimes des balles qui étaient sensées faire entrer un peu d’air dans les citernes : des soldats états-uniens étaient là, certains ont accompagné le convoi, mais personne n’a rien vu ni bien sûr rien fait !

Malheureusement les exactions ne s’arrêtent pas là ! Certains témoins parlent de tortures, d’exécutions sommaires. Des dizaines de milliers de civils ont déjà été victimes de cette sale guerre. L’exemple le plus médiatique fut le bombardement par l’armée des États-Unis d’une noce à Kalrakai , par erreur (selon le rapport d’enquête états-unien !).

La liste est longue et la description de tous ces massacres en rappelle d’autres de sinistres mémoires.

Sans oublier la «nouvelle chasse aux sorcières » qu’est en train de mettre en place l’administration Bush junior sur le territoire même des États-Unis, Où n’importe qui peut être arrêté sous prétexte de menace terroriste sans avoir l’assistance d’un avocat et maintenu sans jugement dans l’isolement carcéral le plus complet pour une durée indéterminée.

Le nationalisme des États-Unis est si outrancier et dominateur que ces derniers se moquent totalement du droit international.

La théorie de l’ « axe du mal » développée par Bush junior autorise les pires exactions et violations des droits des personnes et des peuples. Le prétexte de l’attentat du 11 septembre 2001 également. Non content d’avoir mis à genoux l’Afghanistan, Bush junior est en train de préparer la « guerre préventive » contre tous les pays qui composent ce prétendu « axe » et à brève échéance contre l’Irak afin d’achever l’œuvre « civilisatrice » de Bush senior.

Colin Powel l’explique sans état d’âme : « Pour être pleinement adaptée à son objet l’action préventive doit être décisive ».

Quant au secrétaire à la défense  Donald Rumsfeld , il a expliqué le 11 janvier 2002 : « Dans certains cas la seule défense est une bonne offensive » .

Mais cela va beaucoup plus loin, le rêve états-unien c’est de tenir la place de « gendarme du monde ».  Ainsi pour de nombreux stratèges états-uniens, aux dires de Brzezinski, l’artisan du soutien impérialiste aux contre-révolutionnaires islamistes afghans quand ils affrontaient l’URSS (aujourd’hui devenus des terroristes), l’objectif essentiel « doit être de maintenir nos vassaux dans un état de dépendance, d’assurer la docilité et la protection de nos tributaires et de prévenir l’unifications des barbares ». Attention, n’importe quel peuple peut du jour au lendemain devenir un « barbare » y compris ceux d’Europe.

La soi-disant hégémonie bienveillance qu’exerce les États-Unis  ne consiste pas à investir pour reconstruire des États en faillite ou pour des actions humanitaires mais plutôt à envoyer des forces armées aux quatre coins du monde pour « écraser les ennemis de la civilisation » et les « forces du mal » . Ce prétendu  pays démocratique ne peut supporter qu’on lui résiste.

Le mépris des autres va encore plus loin, Charles Krauthammer l’exprime clairement lorsqu’il dit : « l’Amérique a gagné la guerre froide, mis la Pologne et la Tchéquie dans sa poche, puis pulvérisé la Serbie et l’Af-ghanistan. En passant elle a démontré
l’inexistence de l’Europe 
» (*)

Aucun doute n’est permis, l’administration Bush est en train de mettre au point un nouveau corps de doctrine diplomatique et militaire fondée sur le concept d’intervention préventive. Elle affirme, sans que cela visiblement choque, sa volonté de faire des États-Unis la Rome du XXIème siècle.

Yannick Villars

(*) Cité par Philip S. Golub dans Le Monde diplomatique de septembre 2002.