Nouvelle Gauche Communiste
courant communiste révolutionnaire (issu du PCF)

Pour une
politique
globale de
libération

Numéro 28
4e trimestre 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Après la chute du Mur de Berlin et la destruction de l’URSS les serviteurs inconditionnels de l’impérialisme vantaient, à en devenir aphones, la fin de l’histoire et l’avènement du nouvel ordre mondial. Qu’importe si ce nouvel ordre était baptisé en semant la terreur et la mort au cours de la guerre contre l’Irak ! La main invisible du marché allait assurer la prospérité et la paix. En guise de prospérité et de paix cette première décennie du nouvel ordre mondial, désormais appelé « mondialisation » ou « globalisation », s’avère n’être qu’un désordre de misère, de famine, de chômage, de maladies comme le SIDA qui décime des millions d’êtres humains, de destructions volontaires de l’environnement et cerise sur le gâteau, s’il est permis de s’exprimer ainsi, de guerres.

Nous sommes effectivement entrés dans l’ère de la guerre impérialiste mondialisée (1). Cette réalité impose à toute organisation, petite ou grande, se réclamant du communisme un effort d’analyse concrète d’une situation globale afin d’être, le plus tôt sera le mieux, en mesure d’ouvrir des perspectives globales de lutte révolutionnaire pour en finir avec ce système exploiteur, aliénant, oppresseur et destructeur qu’est le capitalisme.

Pour commencer, une chose est désormais incontestable ; Lénine avait raison de fustiger le réformiste Kautsky qui, en 1915 alors que son parti se vautrait dans la collaboration en  pleine boucherie impérialiste, se demandait si « La politique impérialiste actuelle ne peut-elle pas être supplantée par une politique nouvelle, ultra-impérialiste, qui substituerait à la lutte des capitaux financiers nationaux entre eux l’exploitation de l’univers en commun par le capital financier à l’échelle internationale » (2). Comme le groupe dirigeant du PCF, es partisans actuels de telles thèses  bornent leur réflexion théorique à vouloir aménager ou à « réorienter » les institutions politiques, économiques et militaires du capitalisme désormais mondialisé, Ils commettent la même tragique erreur accompagnée des mêmes tragiques conséquences pour le prolétariat.

Le point de départ de l’indispensable analyse de la situation présente ne peut être que la rupture politique franche avec les Kautsky modernes.

Le complexe militaro-industriel pivot de la mondialisation

Né durant la seconde guerre mondiale, le complexe militaro-industriel a prospéré durant la période dite de « guerre froide ». Les commandes garanties par l’État procurent à ce secteur de l’économie des marges confortables, le profit est assuré ; ce qui n’est pas le cas dans les autres branches économiques. Mieux, en cas de risque de faillite, l’État, même le moins théoriquement interventionniste comme celui des États-Unis , intervenait comme en 1971 pour sauver un des plus beaux fleurons du complexe : l’entreprise Lockheed. Cette même entreprise fut aidée par l’État pour absorber Martin Marietta et… licencier 17 000 salariés. C’est aussi ça le libéralisme. C’est aussi des cartels financiers transversaux comme General electric l’un des principaux fournisseurs de l’armée étatsunienne et également propriétaire de trois chaînes de télévisions (NBC, CBS et ABC). Il est donc naturel que les reporters vantent objectivement les mérites des valeureux Gis qui « libèrent » le Koweït ou l’Afghanistan.

Il y a dix ans, avec la disparition de l’empire du mal de l’époque, l’URSS, pendant une certaine période le moral du complexe militaro-industriel fut au plus bas. Qui, dans ce milieu sérieux, pouvait croire que la grotesque fable de la menace de l’Irak, de Libye, du Soudan, de la Corée du Nord ou de Cuba, même réunis dans une alliance militaire, pourrait procurer des profits équivalents à la guerre contre l’URSS ? Ainsi se forgea peu à peu une nouvelle stratégie : la domination mondiale. La globalisation avait besoin d’un bras armé, et comme les fonds de pensions commençaient à investir dans le complexe. Le moral est revenu au beau fixe. Restait à trouver un nouvel empire du mal et un choc psychologique majeur, ce furent les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone.

Cette tendance lourde du capitalisme mondialisé n’est pas pour autant une nouveauté. Dans son essai L’Accumulation du capital, Rosa Luxemburg démontre que « le militarisme est une arme dans la concurrence des pays capitalistes en lutte pour le partage des territoires de civilisations non-capitalistes. » Elle ajoute que « d’un point de vue purement économique, il est pour le capital un moyen privilégié de réaliser la plus-value, en d’autres termes, il est pour lui un champ d’accumulation. »  (3) Le militarisme, le complexe militaro-industriel, les guerres impérialistes sont plus que jamais le fondement du capitalisme quelque soit la propagande employée par les puissances impérialistes pour se justifier et obtenir l’adhésion des masses populaires à leurs expéditions guerrières.

Dans un passage d’une brûlante actualité, Rosa Luxemburg écrit : « Plus s’accroît la violence avec laquelle à l’intérieur et à l’extérieur le capital anéantit les couches non-capitalistes et avilit les conditions d’existence de toutes les classes laborieuses, plus l’histoire quotidienne de l’accumulation dans le monde se transforme en une série de catastrophes et de convulsions qui , se joignant aux crises économiques périodiques finiront par rendre impossible la continuation de l’accumulation et par dresser la classe ouvrière internationale contre la domination du capital avant même que celui-ci ait atteint économiquement les dernières limites objectives de son développement. » (4)

Une des fonctions essentielles du Parti des communistes est de balayer la propagande impérialiste pour aller aux fonds des choses et mettre en pleine lumière les intentions réelles des États impérialistes. Qui peut croire que ce système est vraiment préoccupé par la liberté et le bonheur des peuples qu’il exploite ? Personne, à condition qu’il existe une force politique agissante, une force communiste qui ne dénature pas le communisme en s’installant dans les institutions bourgeoises.

Quand Brzezinski annonçait le présent

En effet, c’est en 1997, que cet ancien conseiller de Carter publiait un livre intitulé Le Grand échiquier, dans lequel on trouve les grandes lignes de la politique suivie par les États-Unis. Brzezinski, c’est celui-là même qui se vantait, vingt ans après, d’avoir convaincu Carter, en 1979, avant l’intervention soviétique en Afghanistan, d’aider secrètement les intégristes islamistes afghans, assassins de femmes ayant jeté le voile et d’instituteurs, afin d’attirer l’URSS dans ce pays provoquant ainsi une accélération qualitative de la politique agressive contre l’URSS.

Pour Brzezinski le centre de la question de la domination du monde c’est l’Eurasie ; c’est-à-dire ce vaste continent qui regroupe l’Europe, la Russie et l’Asie. Cette région représente 75% de la population mondiale, 65% du produit mondial brut et 75% des ressources énergétiques et des matières premières de la planète. Pas besoin d’un grand développement pour comprendre que l’Eurasie ne laisse pas indifférent Washington. La seule différence entre les propos de Brzezinski et les discours de la Maison blanche, c’est que le premier est d’un cynisme glacial qui ne s’embarrasse de la propagande pour « convaincre » les peuples que le droit est du côté du nationalisme étasunien. Brzezinski affirme que « l’échiquier sur lequel se déroule le combat pour la suprématie mondiale » c’est l’Eurasie ; et cette suprématie échoit naturellement aux États-Unis, première puissance globale de l’histoire selon le con-seiller. Alors ces derniers ne doivent pas hésiter pour accomplir leur mission à avoir recours à la guerre et au protectorat sur les pays ayant une importance géostratégique.

Dans cette logique la stratégie à mettre en œuvre est simple : « Dans la terminologie abrupte des empires du passé, écrit Brzezinski  les trois grands impératifs géostratégiques se résumeraient ainsi : éviter les collusions entre vassaux et les maintenir dans l’état de dépendance que justifie leur sécurité ; cultiver la docilité des sujets protégés ; empêcher les barbares de former des alliances offensives. » Dans la catégorie des barbares vous rangez la Russie, l’Iran, la Chine, dans celle des sujets protégés vous y mettez l’Arabie saoudite, le Pakistan et enfin dans le rayon des produits de luxe, les vassaux, vous y trouverez l’Union européenne.

Et après ça ne cherchez pas à comprendre pourquoi les artisans les plus entreprenants de l’Union européenne sont tous « pro-américains ». Surtout lorsqu’on sait en quelle estime Brzezinski porte cette dernière ; écoutons-le : « Le problème central pour l’Amérique est de bâtir une Europe, fondée sur les relations franco-allemandes, viable, liée aux États-Unis et qui élargisse le système international de coopération démocratique dont dépend l’exercice de l’hégémonie globale de l’Amérique. » Le moins que l’on puisse dire c’est que du traité de Rome en 1957 au récent traité de Nice, en passant par celui de Maastricht, les États-Unis ne peuvent être que satisfaits de l’Union européenne. Voilà un ensemble de vassaux associés qui, pour le moment, ne donne pas l’impression de vouloir se collusioner contre l’Empire.

Guerre sociale, guerre de classe

La guerre que les principaux États impérialistes portent à l’extérieur de leurs frontières nationales (1991 en Irak, 1999 en Serbie, 2001 en Afghanistan, prochainement une nouvelle fois en Irak) ils la pratiquent à l’intérieur de leurs frontières contre leur  propre population.

Comme le souligne Claude Serfati la mondialisation s’accompagne d’une « dynamique régressive du capitalisme. » (5) Il s’agit en réalité d’une contre-révolution réactionnaire dont le point de départ coïncide avec le processus de restauration capitaliste en URSS et dans les États « socialistes » de l’Est européen et se poursuit à grande échelle depuis à l’intérieur même des États impérialistes.

Ce sont les portes grandes ouvertes sur  la libre concurrence qui favorise la constitution d’un très petit nombre de gigantesques sociétés transnationales pour la plus part à capitaux étasuniens. Ce processus se nourrit, également, de la privatisation des entreprises publiques de télécommunications, d’électricité, du gaz, des transports aériens et ferroviaires, etc. La religion du libre échange n’empêche nullement Washington de pratiquer un pur protectionnisme pour défendre ses intérêts nationaux. Le libre échange c’est une obligation pour les adversaires et les concurrents, c’est ce qu’à très bien assimilé la Commission européenne.

La guerre sociale se manifeste ouvertement dans la destruction des conquêtes sociales qui, rappelons-le, ne doivent rien au prétendu « État providence » mais sont le résultats des luttes sociales révolutionnaires du mouvement ouvrier. Tout est dans la ligne de mire : droit à la santé, à la retraite, salaire minimum garanti, conventions collectives et statuts, indemnisation du chômage, égalité d’accès aux télécommunications, à l’eau, à l’électricité, au gaz, à l’éducation.

Désormais, cette destruction s’accompagne d’une remise en cause des libertés démocratiques. Aux États-Unis on crée un super ministère dit de la sécurité ; en France le plan Vigiprate, instauré par la gauche lors de la première guerre contre l’Irak, devient une réalité quotidienne. L’arsenal répressif se muscle considérablement avec les lois Sarkozy qui pérennisent et amplifient la loi Vaillant votée par la gauche plurielle, PCF compris, après le 11 septembre 2001. Il s’agit d’une guerre ouverte contre les pauvres qui effraient le bourgeois.

Voilà dressé à grands traits la tendance lourde de la politique des principaux États impérialistes, cette tendance ne peut être brisée que par l’action collective et déterminée des exploités et des opprimés

La politique impérialiste, c’est la guerre

La préoccupation essentielle des États-Unis, dans la théorie et dans la pratique, c’est de maintenir et d’accentuer leur hégémonie sur le monde.

Avant toute chose, il fallait achever la guerre contre l’URSS. Il n’aura échapper à personne que le cœur de l’Eurasie c’est l’ancienne URSS. La première cible fut la Yougoslavie, cet ancien État non capitaliste bien décrépi qui refusait de suivre gentiment l’exemple des autres États de l’Est qui passaient à l’Ouest. Aujourd’hui la Yougoslavie n’existe plus, le Kosovo et la Bosnie, pièces maîtresses sur la route qui va de la Mer noire à l’Adriatique, sont devenus des protectorats et l’Union européenne cherche à instaurer des couloirs économiques entre l’Adriatique et l’Autriche-Hongrie en passant par la Croatie et la Bosnie.

Avec la guerre pour installer un autre protectorat en Afghanistan, zone indispensable pour acheminer le pétrole de l’Asie centrale, les États-Unis ont installé des bases militaires dans trois ex-républiques soviétiques : l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizstan. Ces bases s’ajoutent à celles existantes et aux facilités dont disposent déjà les USA en Turquie, à Chypre, en Arabie saoudite, en Égypte, en Jordanie et en Israël, ils sont en train de maîtriser la région qui s’étend de l’Est de l’Union européenne à l’Ouest de la Chine et se situant au Sud de la Russie. Ce dispositif, parfois appelé « nouvelle route de la soie », sera presque complet avec la mise sous tutelle de l’Irak et de l’Iran et l’écrasement du peuple palestinien.

Qui dit contrôle du monde, dit contrôle du pétrole, du gaz naturel et d’autres matières premières indispensables à la bonne marche de la récolte de plus-value. Les États-Unis redoutent de manquer de pétrole dans les années à venir et donc d’être tributaires des importations ; notons au passage que cela ne les conduit pas pour autant à ratifier la protocole de Kyoto sur la réduction de l’effet de serre. Mais ils savent, également, que l’un des facteurs clés de leur hégémonie c’est de devenir les distributeurs exclusifs de l’or noir. Ainsi leurs vassaux seraient plus fermement maintenus en état de dépendance. Là encore, il faut briser l’Irak, avant d’en faire autant pour l’Iran et l’Arabie saoudite et étendre leur « colonisation » en Asie centrale. Une fois cette phase achevée, les États-Unis pourront se consacrer au sort des acteurs majeurs de l’Eurasie : la Russie, la Chine et… l’Union européenne. Ce qui a priori ne devrait pas être aussi facile que de vaincre la Serbie, l’Afghanistan et l’Irak ; car comme disait Corneille « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »

Pour le  moment la Russie n’est pas en situation de faire de l’ombre aux desseins de l’oncle Sam. Ce dernier compte bien exploiter cette faiblesse pour contenir la Russie. Il n’est pas à exclure que dans les plans qui se concoctent en secret dans les officines outre-atlantique ne germe pas tôt ou tard un plan de dépeçage de l’ex empire russe. Du côté de la Chine, pour l’instant les impérialistes sont tranquilles. Grâce aux staliniens chinois le processus de restauration capitaliste se poursuit dans de bien meilleures conditions qu’en URSS puisque le parti chinois vient d’accueillir en son sein, et à sa direction, les entrepreneurs d’avant-garde. Mais, il reste un os, personne ne peut dire ce qui se passera lorsque le prolétariat chinois se réveillera.

Du côté de l’Union européenne, a priori, tout va très bien. Mais pour les États-Unis il ne peut exister d’Europe en dehors de leur hégémonie. La constitution d’un super État impérialiste en Europe n’est pas et ne peut pas être un bouclier de protection contre les appétits de Washington. Mais, cet état de paix apparent est trompeur. Les contradictions inter-impérialistes ne peuvent s’éteindre d’elles-mêmes ; elles sont inhérentes au processus de production et de partage de la plus-value. Les thèses de Lénine demeurent d’actualité : « ces alliances, qu’il s’agisse d’une coalition impérialiste dressée contre une autre, ou d’une union embrassant toutes les puissances impérialistes ne sont inévitablement que des trêves entre les guerres. Les alliances pacifiques préparent les guerres, et, à leur tour, surgissent de la guerre ; elles se conditionnent l’une l’autre, engendrent les alternatives de lutte pacifique et non pacifique, sur une seule et même base, celle des liens et des rapports impérialistes entre l’économie et la politique mondiale. » (6)

Le prolétariat européen, non seulement, subit actuellement l’agression permanente de l’Union européenne et de ses États ; mais il vit sous la menace, à plus ou moins long terme, d’un conflit inter-impérialiste car les États-Unis ne tolèreront aucune remise en cause, si minime soit-elle, de leur hégémonie. Quoiqu’il arrive l’alternative est la même : se soumettre et être socialement broyé ou résister et se battre sur des positions de classe. Dans cette lutte émergera, qu’on le veuille ou non, la  perspective d’une union des républiques socialistes d’Europe.

En attendant, l’analyse concrète de la situation globale et de ses développements envisageables débouche sur la nécessité de dégager les grandes lignes de la politique révolutionnaire de lutte contre la guerre et pour le socialisme. Pour cela il est urgent d’en finir avec les vieux démons des organisations politiques ouvrières qui s’obstinent à vouloir découper la lutte de classe en rondelles de saucisson. L’impérialisme met en œuvre une stratégie globale, sa guerre est politique avant tout. Elle ne sera mise en échec que par une politique globale de libération.

Emile Fabrol

1.– Prométhée. 1er trimestre 2002. Envoi contre 5 €.
2.– Cité par Lénine dans L’Impérialisme stade suprême du capitalisme. Le Temps des cerises, page 204.
3.– Rosa Luxemburg. L’Accumulation du capital. Éditions Maspéro, tome 2 page 123.
4.– Rosa Luxemburg. L’Accumulation du capital. Éditions Maspéro, tome 2, page 124.
5.– Les Temps modernes, janvier-février 2000.
6.– Lénine. L’Impérialisme… Le Temps des cerises, page 207