Nouvelle Gauche Communiste
courant communiste révolutionnaire (issu du PCF)

Faire face
à la guerre
impérialiste
globale

Numéro 29
1er trimestre 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dans l’histoire de l’humanité, on n’aura rarement vu un crime de guerre se préparer aussi ouvertement à la face du monde entier. De la même façon, on n’aura rarement vu des préparatifs de guerre dénoncés et combattus par des millions de personnes ; les manifestations mondiales du 15 février ont, en effet, rassemblés environ dix millions de participants, y compris au cœur de la puissance agressive : les États-Unis d’Amérique du Nord.

Le pacifisme et l’humanisme sont des valeurs nobles et capables de soulever l’indignation et la mobilisation de millions d’êtres humains, mais aujourd’hui il faut se rendre à l’évidence, ces valeurs ne suffiront pas à faire changer d’avis le pouvoir étasunien. Nous devons nous convaincre que désormais la guerre c’est la politique de l’impérialisme. Cette guerre, à l’image du capitalisme moderne, est globale. Elle était déjà évidente sur le plan économique et social où des centaines de millions de travailleurs sont plongés dans la précarité, le chômage, la misère ou la famine aux quatre coins du monde. Là où ils existaient, cette guerre détruit les conquêtes sociales et les services publics. Là où ils existaient, cette guerre lance son offensive contre les droits et libertés démocratiques comme le montre le retour du maccarthysme aux États-Unis ou les lois liberticides de Sarkozy en France. Et si l’on veut bien voir qu’il existe un lien direct entre les guerres militaires contre la Serbie en 1999 et l’Afghanistan en 2002 d’une part et d’autre part celle contre l’Irak dans les prochains jours, alors il faudra plus que des demandes répétées à Chirac d’utiliser son droit de veto à l’ONU pour enrayer la machine de guerre impérialiste en marche contre l’ensemble de l’humanité et malheureusement capable de provoquer de réelles destructions massives.

Un arsenal complet de prétextes

Depuis de longues semaines la propagande impérialiste cherche avec d’énormes difficultés à convaincre l’opinion publique internationale du bien fondé de ses préparatifs d’agression et à masquer les raisons effectives de cette dernière.

L’Irak aurait des armes de destruction massive. Sans blagues ! Et les puissances impérialistes, Israël, le Pakistan et d’autres seraient de tendres agneaux armés de pistolets à eau et d’épées en bois. Oui mais l’Irak s’est déjà servi de telle armes. Certes, mais les États-Unis n’ont jamais envoyé l’arme atomique sur Hiroshima, ils n’ont jamais utilisé l’uranium appauvri en Irak et en Serbie. Pire, selon William Arkin du Los Angeles Times : « Les États-Unis envisagent l’impensable, ils se préparent au possible recours à l’arme nucléaire contre l’Irak. Dans les coulisses du Commandement stratégique américain (Stratcom) basé à Omaha comme dans les cellules de planification de l’état-major interarmes, on épluche les listes d’objectifs, soupèse les options et révise les procédures, afin d’accorder aux armes nucléaires un rôle dans la nouvelle doctrine américaine de la ‘’prévention’’. » (1) Notons également cette étrange déclaration du secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, laissant entendre que les États-Unis utilisent en Afghanistan des armes chimiques interdites par une convention de 1997 qu’ils ont pourtant ratifiée. L’usage de certaines de ces armes est dit-il: « parfaitement approprié, quand il faut transporter des prisonniers dans un espace confiné, dans un avion, par exemple, ou quand les troupes ennemies sont par exemple dans une grotte en Afghanistan. » (2)

L’Irak ne respecte pas les droits de l’homme. Certes, mais est-il le seul y compris parmi les protégés des États-Unis ? Que peut-on dire des conditions de détention des prisonniers sur la base de Guantanamo ? Et les centaines de milliers de victimes assassinées par l’embargo ou par les conséquences à long terme de l’emploi de l’uranium appauvri ce n’est plus une violation des droits de l’homme c’est tout simplement un crime contre l’humanité.

L’Irak ne respecte pas les résolutions de l’ONU. Certes, mais des États comme Israël ou la Turquie, grands amis des États-Unis les respectent-ils ? Et ces derniers se sont–ils demandés ce que pensait l’ONU de la guerre du Vietnam, de leurs coups d’État en Amérique latine ou de leur guerre contre l’Afghanistan ?

Ce rapide tableau du pilonnage propagandiste étasunien, repris en France par des gens aussi divers que le très libéral Madelin, les inévitables va-t-en guerre Glucksmann et Kouchner ou l’ex-révolutionnaire Romain Goupil, ne sont que des prétextes. Y répondre c’est se fourvoyer et fourvoyer ces dizaines de millions de manifestants anti-guerre ; pire c’est se placer sur le terrain où les puissances impérialistes veulent nous entraîner et donc s’interdire de mener un combat conséquent contre la guerre globale qui vient de commencer.

Restructurer le monde au profit de la nation étasunienne

L’écrasante majorité des opposants à la guerre est bien plus clairvoyante que ces roquets de GW Bush. Elle sait que le premier enjeu de l’agression contre les peuples d’Irak c’est le pétrole et elle refuse une « libération » synonyme de massacre de populations innocentes, toutes aussi innocentes que celles du World Trade Center. C’est un secret de polichinelle : les États-Unis ont un besoin croissant de pétrole et cherchent à s’affranchir d’une Arabie saoudite par trop instable. Pour cela, GW Bush se sent investi d’une mission divine, les puits de pétrole sont ce que Jérusalem était pour Saint-Louis. De plus un contrôle quasi total sur les réserves mondiales d’or noir placerait les États-Unis en position dominante vis-à-vis du monde, y compris de ces États qui sont encore leurs alliés comme ceux de la vieille Europe. Cette aspiration fait également des ravages au Venezuela où Washington cherche désespérément depuis des années à déstabiliser le président Hugo Chavez, pour le moment l’important soutien populaire à Chavez contrecarre les noirs desseins des États-Unis.

Mais le pétrole n’est pas le seul enjeu de la guerre globale qui éclate par intermittence dans certaines régions de l’Eurasie (Balkans, Afghanistan, Irak).

L’objectif réel des États-Unis est de remodeler la planète pour qu’elle tourne à leur seul profit. Ce processus, qui a démarré après la destruction de l’URSS, vise à l’hégémonie totale et totalitaire. Ce processus n’apparaît pas clairement, mais il se déroule effectivement et le plus souvent à travers des crises plus ou moins violentes : refus par les États-Unis de ratifier le protocole de Kyoto pour combattre l’effet de serre, dénonciation unilatérale du traité ABM interdisant la production de missiles anti-missiles (sans que l’ONU adopte une résolution pour envoyer des inspecteurs aux États-Unis), élargissement de l’OTAN et de l’Union européenne à des États inféodés aux États-Unis, expéditions militaires, retour de la pratique coloniale du protectorat (Bosnie, Kosovo, Afghanistan et demain l’Irak). Actuellement nous sommes entrés dans une phase de violence aiguë avec la guerre contre l’Irak.

Pour les États-Unis, il s’agit de restructurer politiquement et économiquement le monde. Cet objectif ne peut être un processus pacifique. Pour atteindre un aussi ambitieux objectif, il faut passer par des étapes obligatoires : contrôler les matières premières vitales ; remodeler la carte géopolitique du cœur de l’Eurasie, c’est-à-dire aux confins de l’Union européenne, de la Russie et de la Chine, et dont l’Irak a le seul tord d’être au centre. Une victoire militaire avec occupation du territoire irakien ne rassasiera pas l’appétit de l’ogre étasunien, au contraire elle le rendra encore plus avide de chair fraîche.

Cet objectif vise non seulement des pays militairement et économiquement faibles mais occupant une position stratégique comme les Balkans, le Caucase, l’Asie centrale, le Moyen-Orient, mais également les rivaux impérialistes des États-Unis. Ceci n’est pas une lubie de vieux marxiste. En 1992, c’est-à-dire quelques mois après la première guerre contre l‘Irak, le renversement de l’État ouvrier dégénéré en URSS et le début de la restauration capitaliste, Wolfowitz et Libby, actuellement vice-secrétaire d’État à la défense et conseiller du vice-président Cheney, élaboraient le Defense policy guidance. Ce document préconisait un : « d’empêcher toute puissance hostile de dominer des régions dont les ressources lui permettraient d’accéder au statut de grande puissance », deux : « de décourager les pays industrialisés avancés de toute tentative visant à défier notre leadership ou à renverser l’ordre politique et économique établi », et trois : « de prévenir l’émergence future de tout concurrent global. » (3) Voilà des objectifs de guerre beaucoup plus sérieux que le désarmement de l’Irak ou l’élimination de Saddam Hussein car il est difficile de croire que l’Irak est en mesure de devenir un concurrent global des États-Unis.

Les raisons qui poussent irrésistiblement Washington à la guerre sont à rechercher dans la crise qui secoue les États-Unis eux-mêmes. Cette guerre est le moyen dont dispose l’administration Bush pour briser le mouvement ouvrier étasunien et imposer un nouveau maccarthysme. GW Bush, chef d’une puissance impérialiste en crise, retrouve les mêmes ressorts que l’Allemagne de 1914 et de 1939 pour faire face aux problèmes économiques et sociaux qui déchirent les États-Unis. L’espace vital de GW Bush, c’est la restructuration du monde au profit du nationalisme étasunien.

Les contradictions inter-impérialistes sont de retour

Mises en sommeil durant la période de la guerre froide, oubliées par les analystes de l’altermondialisation les contradictions inter-impérialistes sont bien réelles, elles sont redevenues un élément essentiel de la politique internationale.

Actuellement, des bourgeoisies comme la française et l’allemande, avec le concours des restaurateurs capitalistes russes et des staliniens chinois, expriment leurs angoisses et leurs réticences devant l’affirmation de l’hégémonie nationaliste étasunienne. Elles ont parfaitement mesuré toute la portée des multiples déclarations outre-atlantique affirmant la prétention des États-Unis à « prévenir l’émergence future de tout concurrent global. » A Paris et à Berlin, on sait que cela ne vise pas l’Irak de Saddam Hussein, que la guerre pour occuper l’Irak n’est qu’une étape dans l’affrontement entre puissances impérialistes. Jusqu’à présent ces États ont suivi Washington dans toutes ses expéditions guerrières. Mais aujourd’hui, les gouvernements allemand et français redoutent que les effets de l’hégémonie étasunienne ne viennent contrecarrer leurs propres intérêts. Piliers d’une Union européenne qui met en œuvre les canons de la théorie du capitalisme libéral alors que Washington n’hésite pas à les contourner lorsque ses intérêts nationaux sont en jeu, Paris et Berlin cherchent à s’affirmer comme puissances impérialistes, sinon incontournables, du moins avec lesquelles il faudrait compter. Berlin et Paris sont placés devant un dilemme : soit elles continuent à être des alliés suivistes des États-Unis et elles abandonnent tout rôle autonome sur la scène internationale ce qui est particulièrement dur à avaler, soit elles se placent en opposition aux appétits étasuniens et c’est l’aggravation des affrontements sur les plans économique et  politique.

Paris ne veut pas renoncer aux dividendes que lui procure son implantation dans le monde arabe ; finalement, avec douze ans de retard, c’est la position de Chevènement qui s’exprime à l’Élysée. De plus, Paris tient par dessus tout à demeurer la puissance néo-coloniale en Afrique. Elle n’a pas l’intention de renoncer à son « droit » à y envoyer ses troupes comme en ce moment en Côte d’Ivoire. Quant à l’Allemagne, précurseur de la guerre de démantèlement de la Yougoslavie avec la reconnaissance unilatérale de la Croatie et de la Slovénie, elle se voyait dans le rôle de protecteur de l’ancienne Europe de l’Est. Il y a fort à parier qu’elle n’apprécie guère la place prépondérante que prennent les États-Unis dans cette région.

Il n’aura échapper à personne que le processus simultané d’élargissement de l’OTAN et de l’Union européenne est plus que favorable aux intérêts étasuniens. Avec la franchise habituelle des conservateurs, John Hulsman définit ainsi la politique des États-Unis envers l’Union européenne : « Seule une Europe qui s’élargit au lieu de s’approfondir, une Europe à la carte, où les efforts vers une plus grande centralisation et une plus grande homogénéisation sont maintenus au minimum, répondrait à la fois aux intérêts des États-Unis et à ceux des citoyens des pays du continent. Toute mesure allant dans le sens d’une plus grande centralisation – la Grande-Bretagne adoptant l’euro, la politique étrangère et de sécurité commune devenant une réalité, une plus grande harmonisation des politiques fiscales à travers le continent – doit être considérée par les États-Unis pour ce qu’elle est : une tentative néogaulliste de construire un pôle opposé aux États-Unis. Cela marquera le moment où le lien transatlantique commencera à se défaire. » (4)

Voilà une des principales raisons qui poussent certains États de la vieille Europe à s’opposer actuellement aux desseins guerriers de GW Bush. Nous sommes bien loin d’une volonté de paix ou d’un refus de massacres d’innocents, nous sommes au cœur d’un choc d’intérêts contradictoires entre États impérialistes ne disposant pas de la même puissance de frappe économique, politique et militaire. Les autres raisons sont à chercher, ici aussi, dans la crise qui secoue l’Europe. Ici aussi la réponse est du même ordre : défense des intérêts de la bourgeoisie. Chirac et Schroeder, embourbés dans le non respect des critères de Maastricht et engagés dans la destruction des conquêtes sociales et des services publics, savent – eux – qu’une participation directe à la guerre contre l’Irak attiserait le conflit avec le monde du travail et que leur pouvoir pourrait, à moyen terme, vaciller. Pris entre deux feux, ils n’ont pas d’autre choix que de rechercher le maintien de la paix sociale chez eux même si leurs différents avec Washington sont des signes avant coureurs d’un futur conflit entre puissances impérialistes.

Enfin, il faut noter le touchant consensus entre la droite et la gauche françaises, consensus qui dure depuis la première guerre contre l’Irak. L’UMP et le PS sont l’expression plurielle des intérêts majeurs de la bourgeoisie française.

Deux petits mots à propos de l’ONU

Depuis de longues semaines, la présentation médiatique de la guerre totale contre l’Irak donne l’impression que le théâtre principal se situe au Conseil de sécurité de l’ONU. C’est une approche caricaturale de la réalité car tout le monde sait qu’avec ou sans mandat de l’ONU la guerre aura lieu.

De plus si l’ONU était l’instrument pour assurer la paix cela ce saurait. Depuis sa création, elle n’a empêché aucune guerre quand elle ne les a pas couvertes. La guerre de Corée et celle de Yougoslavie se sont déroulées avec mandat de l’ONU. Cette dernière est restée muette lors de la guerre du Vietnam sans parler de l’assassinat de Patrice Lumumba alors que des casques bleus étaient présents au Congo. D’autre part, qui est en mesure d’expliquer la différence de nature entre une guerre avec ou sans mandat de l’ONU ?

Même si cela est difficile à admettre, même s’il est plus commode de penser que les conflits inhérents au système capitaliste devraient se résoudre pacifiquement dans le cadre de la communauté internationale, l’ONU, comme le FMI, la Banque mondiale ou l’Organisation internationale du travail (OIT) sont des instruments que les impérialistes utilisent pour asseoir leur pouvoir. Aujourd’hui comme hier : « il s’agit de démontrer systématiquement aux travailleurs que, sans le renversement révolutionnaire du capitalisme, nul tribunal arbitral international, nul débat sur la réduction des armements, nulle réorganisation ‘’démocratique’’ de la Ligue des nations ne peuvent préserver l’humanité des guerres impérialistes. » (5)

Les organisations politiques du mouvement ouvrier et la guerre

Tous les partis, organisations et groupes du mouvement ouvrier en France dénoncent et s’opposent à la guerre, mais les positions émises expriment des différences réelles, voire de réelles divergences.

La majorité du PCF, bien qu’elle constate dans sa plate-forme soumise au  32e congrès que la guerre est « l’élément structurel du nouvel ordre mondial », affiche un soutien démobilisateur à Chirac : abstention des députés sur le budget des affaires étrangères pour encourager Chirac, Marie-George Buffet considère, dans la manifestation du 15 février, que Chirac défend une « position courageuse ». Définissant la position de la direction devant le Conseil national des 28 février et 1er mars, Daniel Cirera déclare : « Notre accord avec la position défendue par la France aux Nations unies vise donc avant tout à la conforter, et à maintenir une pression la plus forte possible pour qu’elle aille jusqu’au bout. Quand il s’agit de la guerre ou de la paix, de tout faire pour enrayer la marche à la catastrophe, il n’y a pas de place pour les arrières pensées politiciennes. D’autant que cette position s’appuie sur des arguments qui rejoignent pour l’essentiel ceux que nous défendons depuis le début, et dans lesquels se sont reconnus des millions de gens qui manifestaient le 15 février. On le sait, les pressions de toutes sortes sont considérables pour faire reculer la France, notamment dans les rangs de la droite où se réveillent les vieilles solidarités atlantiques de classe. » (6) Et avec ce discours digne des social-patriotes de 1914 ce monsieur se défend de sombrer dans l’union sacrée. Désolé, mais après la caution, due à la participation gouvernementale, aux guerres contre la Serbie et l’Afghanistan ; il faut se rendre à l’évidence la direction du PCF patauge dans les marais de l’union sacrée.

Du côté des textes alternatifs qui ont recueillis 45% des suffrages durant le pré-congrès, les approches sont certes différentes mais comme on va pouvoir s’en rendre compte ces textes sont très loin d’être à la hauteur des exigences politiques de l’heure. Dans le texte des novateurs (Nicolas Marchand, Yves Dimicoli) vous ne trouverez aucune allusion à la guerre contre l’Irak, pour eux les États-Unis « veulent stimuler la demande d’armements et détourner les angoisses et les protestations contre l’insécurité sociale vers l’insécurité physique et la violence. Ils veulent intimider tous les pays en voie de développement mais aussi les autres pays développés d’Europe notamment en faveur de leur impérial-libéralisme. » A partir de cette analyse sans grande consistance, les novateurs proposent ni plus ni moins que de s’en remettre à… l’Union européenne : « Cela situe aussi le niveau de responsabilité des pays européens pour une véritable coopération mondiale de co-développement avec les pays sous-développés ou émergents en liaison avec les exigences d’un développement novateur de l’Union européenne. » (7) Avec une telle position la lutte contre la guerre impérialiste va faire un grand bond en arrière.

Le texte défendu par la Fédération du Pas-de-Calais, qui — à la différence des précédents — se prononce pour l’abrogation du Traité de Maastricht, est un peu plus près de la réalité : « Les impérialistes américains et leurs alliés (contraints ou volontaires) multiplient les interventions sur tous les continents, provoquent des guerres désastreuses pour les populations et l’environnement (utilisation d’armes nouvelles, de l’uranium appauvri) : guerre en Yougoslavie, en Afghanistan et menaces sur l’Irak. » Mais à l’instar de la plupart des tendances du mouvement communiste et ouvrier, la Fédération du Pas-de-Calais ne parle que de guerre au pluriel, elle n’entrevoit même pas le caractère global de la guerre en cours et se réfugie dans la nostalgie du temps des États staliniens pour expliquer la situation présente : « Les pays socialistes ne sont plus un contre poids à l’impérialisme qui, désormais, règne sans partage dans un monde unipolaire. » (8)

Dans l’espace politique de l’extrême gauche, qui — tous partis confondus — a obtenu 10% des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle ce qui confère de lourdes responsabilités, les lacunes dans l’analyse sont tout aussi présentes que dans l’espace PCF en perdition. Pour Lutte ouvrière, fidèle à son immobilisme politique, il n’y a rien de nouveau sous le soleil depuis les derniers écrits de Lénine et de Trotsky. Lors de son dernier congrès, tenu en décembre 2002, cette organisation a rejeté catégoriquement d’émettre une quelconque analyse concrète, tout au plus on peut lire : « Autrement plus prévisible est le fait qu’une guerre contre l’Irak, si Washington prolonge les gesticulations actuelles par une intervention militaire en Irak même pour abattre Saddam Hussein, aurait des conséquences dans toute la région, sans qu’on puisse prévoir pour autant lesquelles. » (9) On ne peut pas, camarades, réduire la guerre impérialiste à des gesticulations de GW Bush.

Le Parti des travailleurs se décarcasse pour apparaître comme la force d’avant-garde contre la guerre tout en instrumentalisant pour son propre compte l’appel outre-atlantique « Not in our name » et de le stériliser en France. Le PT se refuse obstinément à qualifier cette guerre d’impérialiste et, très proche de FO et de l’OIT, il s’en tient à une action relevant du pacifisme syndical. Y aurait-il une relation de cause à effet entre ces deux attitudes ? Dans la tradition lambertiste qui a fait ses preuves, il brandit la menace de la catastrophe de façon telle que l’ouvrier éprouve plus le besoin de se terrer dans un abri anti-atomique que d’organiser la résistance à la guerre que mène l’impérialisme. Incroyable mais vrai, le numéro d’Informations ouvrières qui relate les travaux du dernier congrès du PT ne pipe pas mot sur la guerre, et l’appel de ce congrès, pourtant intitulé : « La démocratie est en danger, la classe ouvrière est en danger, tous les travailleurs sont menacés » (10), observe un silence pesant sur la guerre.

Du côté de la LCR, les choses se présentent différemment. Elle souligne le caractère impérialiste de la guerre et s’investit dans tous les lieux de rassemblement et de lutte unitaire contre la guerre. Mais alors pourquoi, camarades, s’auto-handicaper avec cette déclaration de vos députés européens : « Les dirigeants français, au-delà du ballet diplomatique, doivent sortir de l’ambiguïté en s’opposant à tout recours à la force et en annonçant qu’ils sont prêts à utiliser leur droit de veto à l’ONU. » (11) Qu’auront gagné le mouvement ouvrier et le peuple irakien si Chirac utilise le veto à l’ONU ?

La lutte contre la guerre et la lutte pour le socialisme sont une seule et même lutte.

Afin que le mouvement anti-guerre, dont la puissance est incontestable, se renforce et parvienne au stade de la résistance anti-impérialiste globale, nous soumettons à nos camarades des autres tendances du mouvement communiste et ouvrier les propositions suivantes en espérant que le débat s’engage le plus rapidement tout en menant ensemble, dès maintenant,  la lutte contre la guerre :

1.– Retrait de toutes les troupes impérialistes aux portes de l’Irak.

 2.- Refus total de toute forme ouverte ou inconsciente d’union sacrée avec la bourgeoisie française. Chirac n’est pas un rempart face à l’hégémonie étasunienne.

3- Combattre toute illusion sur l’Union européenne qui n’est ni ne peut être un bouclier pour les travailleurs du vieux continent. On ne combat pas un impérialisme, fut-il le plus puissant du moment, en soutenant un autre impérialisme existant ou en construction.

4.- La lutte contre la guerre est inséparable de la lutte pour la défense des conquêtes sociales, des services publics, de l’emploi, du logement, de l’éducation et de la démocratie. On ne ménage pas un jour Chirac sur les questions internationales en combattant le lendemain Raffarin, Sarkozy ou Filion. La politique du gouvernement est une et indivisible.

5.- Face aux carences des confédérations syndicales plus ou moins prêtes à renégocier notre système de retraites, impulser dans nos syndicats l’action pour appeler à la grève avec comme objectif clair de perturber les préparatifs de guerre. C’est déjà le cas en Algérie, en Italie avec l’appel des cheminots de la CGIL à ne pas participer aux transports d’armes, en Allemagne, en Belgique et même au cœur de la puissance agressive : les États-Unis.

La contradiction principale se situe entre le système mondial d’exploitation capitaliste et le monde des exploités et des opprimés. La guerre est la réponse impérialiste pour tenter de résoudre cette contradiction. Il existe une autre réponse certes difficile à mettre en œuvre sans comprendre les racines économiques et la portée politique et sociale de l’impérialisme. Cette réponse est celle qu’entrevoyait Lénine à la fin de la première guerre mondiale : « L’impérialisme est la veille de la révolution sociale du prolétariat. » (12)

Emile Fabrol
Le 8 mars 2003.

1.– Cité par Courrier international du 20 février 2003.
2.– Le Monde du 14 février 2003.
3.– Cité par Le Monde diplomatique de mars 2003. Il existe un nombre considérable de citations de ce genre que nous avons déjà longuement étudiées dans les précédents numéros de Prométhée.
4.– Cité par Courrier international du 6 mars 2003.
5.– 6e des 21 conditions d’adhésion à la 3e Internationale adoptées au 2e congrès en 1920. Éditions Maspéro, 1969.
6.– L’Humanité du 5 mars 2003.
7.– L’Humanité du 6 février 2003.
8.– L’Humanité du 6 février 2003.
9.– Lutte de classe de décembre 2002.
10.- Informations ouvrières du 29 janvier 2003.
11.- http://www.lcr-rouge.org/communiq/commu297.html.
12.- L’impérialisme, stade suprême du capitalisme. Le Temps des cerises, 2001, page 44.