Nouvelle Gauche Communiste
courant communiste révolutionnaire (issu du PCF)

Mouvement
politique
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perspective
politique

Numéro 31
3e trimestre 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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DURANT les mois de mai et juin 2003, la France aura été agitée par un de ces puissants mouvements de masse dont le prolétariat de ce pays a le secret depuis la Commune de Paris en passant par juin 36 et mai-juin 68.

Cette grève de masse, unifiant la lutte pour préserver le système de retraites par répartition et la lutte contre le processus de décentralisation et de privatisation des services publics en commençant par l’école ; cette grève de masse, où les enseignants ont assumé le rôle de locomotive, affrontait ouvertement la politique de destruction sociale et démocratique que le gouvernement Chirac-Raffarin développe cyniquement et brutalement dans la droite ligne des gouvernements d’alternance droite-gauche qui ont déjà jeté les bases de la brutale logique inspirée par l’Europe capitaliste en formation.

Il s’agit de ce que le Traité de Maastricht appelle « une économie ouverte dans laquelle le marché est libre » ou encore ce que le projet de Constitution européenne préparé sous la bienveillante autorité de l’ancêtre Valéry Giscard d’Estaing désigne par « un marché unique où la concurrence est libre. »

Les salariés, qui ont fait grève ou qui ont manifesté durant les mois de mai et juin derniers, savent pertinemment ce que signifie cette langue de bois. Le marché et la concurrence libres, c’est détruire les conquêtes sociales comme la retraite ou l’assurance maladie dont les fonds brassés échappent aux rapaces de la finance. Le marché et la concurrence libres, c’est déréglementer tous azimuts en réduisant à néant les statuts et conventions collectives considérés comme des obstacles à la « libre-entreprise ». Le marché et la concurrence libres, c’est réduire de façon drastique les dépenses publiques socialement utiles y compris si cela doit tuer plus de 11 000 personnes, essentiellement âgées, durant une trop forte canicule. Le marché et la concurrence libres, c’est privatiser y compris la santé, l’éducation et la culture comme l’envisage sérieusement l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le marché et la concurrence libres, c’est transformer les derniers services publics en services dits « d’intérêts généraux » confiés au capital privé. Bref, le marché et la concurrence libres, c’est le ras-le-bol des millions de victimes qui n’en peuvent plus de subir une politique qui ruine la civilisation et de n’avoir d’autre choix possible tous les cinq ans que l’alternance droite-gauche et réciproquement. En mai-juin, les victimes se sont invitées au bal.

Le mouvement fut un authentique mouvement politique, au sens véritable de cette notion : réflexions sur la société véritablement humaine susceptible de remplacer ce capitalisme pourrissant, auto-organisation pour l’action au travers d’assemblées générales et dans l’éducation mise en place de coordinations ; rencontres permanentes sur une même ville des catégories de salariés dans l’action. Par ses buts et par ses structures le mouvement de mai-juin 2003 fut un mouvement politique même si certains s’obstinent encore à parler de mouvement social, certes d’une certaine puissance mais un mouvement social tout de même [1]

Outre que la division en mouvement social et mouvement politique a toujours quelque chose d’artificiel, car s’il existe au moins une chose qui est réellement une et indivisible c’est bien la lutte des classes, le mouvement de mai-juin s’inscrit dans une longue série de luttes et de débats, des plus hautement politiques, contre la globalisation capitaliste depuis Seattle et contre la guerre impérialiste imposée successivement à la Serbie et au Kosovo, à l’Afghanistan et à l’Irak. En début de cette année, dans des centaines de villes du monde, le même jour plus de dix millions de manifestants pour dire non à la guerre contre l’Irak. Un tel phénomène ne peut pas être isolé de la lutte pour la défense d’une conquête sociale aussi vitale que la retraite par répartition. De toutes ces luttes émerge une volonté pour que ne triomphe pas définitivement le talon de fer du capital.

Ce mouvement n’a pas disparu avec la suspension des grèves et des manifestations. De plus, il n’y a aucune exagération à affirmer que la lutte radicale des intermittents du spectacle, le massif vote non des fonctionnaires au référendum corse et les 200 à 300 000 personnes rassemblées à la mi-août au Larzac continuent la grève du printemps.

Nous vivons un mouvement politique de remise en cause en profondeur de la société bourgeoise. Ce mouvement de masse est la traduction directe sur le terrain de la lutte des classes du 21 avril 2001, le premier tour de l’élection présidentielle marquée par la défaite de la gauche plurielle et par les trois millions de suffrages obtenus par les candidats de l’extrême-gauche.

Durant ces semaines de lutte politique, les composantes de l’ex-gauche plurielle ont réalisé à quel point elles étaient discréditées aux yeux du monde du travail qui s’est engagé dans le combat contre la régression sociale sans se demander à quoi pouvaient bien leurs servir les partis ayant participés au gouvernement de Lionel Jospin. La direction du PCF fut politiquement absente, sans proposition réellement consistante mis à part sa nébuleuse réformiste d’une sécurité emploi-formtion. Celle du PS fut littéralement angoissée du tour que prenaient les événements. Ce n’est pas en ovationnant Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, que le PS redorera son blason et fera oublier ce que certains de ses membres éminents (Rocard, Delors, Charasse, Attali ou Kouchner) ont rappelé avec force : la politique réelle du PS sur les retraites (et sur bien d’autres sujets) est sensiblement la même que celle de la droite. Rappelons pour mémoire que quelques semaines avant l’élection présidentielle le président de droite, Jacques Chirac, et son premier ministre de gauche, Lionel Jospin, ratifiaient la déclaration adoptée au sommet européen de Barcelone qui comprenait, entre autres « bonnes nouvelles », le report de cinq ans de l’âge du départ à la retraite. Mieux, en pleine grève, le premier secrétaire du PS, François Hollande, ne craignait pas de déclarer que revenu aux affaires le PS n’abrogerait pas le projet Fillon comme le gouvernement de l’ex-gauche plurielle n’avait pas abrogé les décrets Balladur de 1993 portant dans le privé à 40 ans le nombre d’années de cotisations pour disposer d’une retraite à taux plein. Tout au plus le PS s’engageait à ce que cette durée de cotisation ne dépasse pas les 40 ans et à augmenter la CSG, crée par Michel Rocard quand il était premier ministre, pour financer les retraites. Comme on le voit pas de quoi attirer la sympathie des grévistes.

Cette absence justifiée des partis de l’ex-gauche plurielle a eu pour conséquence de conférer un rôle majeur aux directions confédérales CGT et FO puisque celle de la CFDT confirmait qu’elle assurait pleinement son rôle de bras séculier du patronat ; ce qui malmène la thèse, chère à la direction de la CGT, du syndicalisme rassemblé… désormais avec qui ? Les salariés en lutte se sont donc heurtés aux logiques propres des appareils confédéraux sur la question, devenue incontournable au fil des manifestations, de la construction de la grève générale. Pour FO, Marc Blondel dénonçait l’idée même de grève générale comme un acte quasi insurrectionnel dès les lendemains du 13 mai avec ses 2 500 000 manifestants, ce qui correspond grosso modo à la bagatelle d’environ 6 millions de grévistes dans le public et à la différence de décembre 1995 dans le privé [2]. Tout était possible à partir du 14 mai, c’est bien ce qui inquiéta les directions confédérales. Le 12 juin, à Marseille, alors que le mouvement touche à sa fin active, le même Blondel agite verbalement l’épouvantail de la grève générale.

Pour la direction de la CGT, ce fut du début à la fin une seule et unique position : la grève générale ne se décrète pas et ne comptez pas sur nous pour favoriser cette perspective osée. La direction confédérale y opposera la tactique des journées d’action plus ou moins espacés dans le temps afin au mieux d’obtenir l’ouverture de véritables négociations auxquelles le gouvernement se refuse depuis le début du processus d’élaboration du projet Fillon et au pis aller de « peser » sur le débat parlementaire où la droite est majoritaire.

La direction de la CGT ne s’écartera jamais de cette position même si elle s’avérait être une voie sans issue pour le mouvement gréviste. Jean-Christophe Le Duigou synthétisera cette politique en ces termes devant le CCN du 11 juin 2003 : « Laisser croire qu’il existerait une revendication et une forme miracle d’action (…) est une illusion dangereuse. » Puis il assène : « Elle [la stratégie de la CGT] ne vise pas à battre tel ou tel gouvernement. » Proposition tout à fait incroyable pour le militant CGT qui se dépense sans compter depuis des semaines pour battre le gouvernement Raffarin en l’obligeant à retirer purement et simplement ses projets de loi sur les retraites et sur la décentralisation. Le Duigou ne peut être plus clair sur les intentions de direction confédérale : la grève générale pour défaire un gouvernement thatchérien à la française c’est aventuriste, il est préférable d’agir, avec esprit de responsabilité, pour, toujours selon lui : « gagner des réformes répondant aux besoins des salariés et de la société. » Il s’agit d’un réformisme syndical apolitique des plus classiques.

Mais ce réformisme syndical va à l’encontre des raisons qui ont conduit à la fondation de la CGT et de toutes les expériences connues à ce jour de la lutte des classes. Pire il contredit la réalité dessinée par la grève de masse de mai-juin 2003 qui, associé au résultat du 21 avril 2001, représente comme l’écrit François Chesnais dans Carré rouge : « un vrai point de rupture dans l’histoire politique de la France. »

Nous entrons dans une nouvelle période historique ; une période marquée simultanément par la levée de l’hypothèque de la gauche institutionnelle et par le vide politique du côté des révolutionnaires (même s’il existe une grande quantité de partis, groupes et courants). D’un côté les énergies du monde du travail sont libérées comme vient de le démontrer le mouvement de grèves et de l’autre il manque une perspective politique crédible. Voilà la contradiction que les militants devront résoudre le plus vite possible. Le terrain de la lutte des classes est un terrain où les événements évoluent en permanence ; et rien ne serait plus regrettable que de rater le rendez-vous avec l’histoire pour être resté prisonnier d’anciens schémas qui n’auraient pas prévu ce qui arrive.

Prenant conscience de leur impuissance politique actuelle, les directions du PCF et du PS mesurent l’importance de la menace. Elles ont, donc, recours à la bonne vieille méthode de dénonciation de l’extrême-gauche, c’est-à-dire en dernière analyse la dénonciation préventive de la perspective révolutionnaire.

Au PCF, la direction et certains de ses opposants s’imaginent être restés le grand parti de la classe ouvrière et vilipendent le « gauchisme ». Pour Robert Hue : « Plus le gauchisme pèse sur l’action syndicale, plus le patronat ne peut qu’applaudir et plus les salariés trinquent » et l’opposant Nicolas Marchand en rajoute « c’est le comportement de l’extrême-gauche qui a empêché l’élargissement du mouvement de protestation sur les retraites. » Rien que çà. Remarquez au passage que pour Nicolas Marchand il n’y a pas eu de grève mais simplement une protestation. Outre le côté ridicule de ces déclarations de dirigeants d’un parti dont le candidat ne représente que le tiers des voix des « gauchistes » ; faut-il rappeler une dernière fois qu’au moment où le PCF siégeait au gouvernement de Lionel Jospin le patronat n’était pas spécialement mécontent et que les salariés, eux, ont sérieusement trinqué.

Au PS il s’agit d’une véritable offensive orchestrée par la direction. Le 24 août, à la fête de la rose de Frangy-en-Bresse, le taciturne Bertrand Delanoë, après avoir trempé sa plume dans la même encre qui servit à écrire Le Livre noir du communisme, affirme : « Il se trouve que, dans l’histoire, l’extrême-gauche n’a conduit qu’à l’impuissance ou au totalitarisme. » Dans Le Monde du 22 août 2003, l’ex-trotskyste Henri Weber élève le niveau politique du débat : « Rompre avec le capitalisme écrit-il mais pour le remplacer par quoi, si on récuse la solution social-démocrate de l’économie de marché ? [3] La grande faiblesse de la gauche de la gauche, c’est une indigence théorique et programmatique. Elle n’a pas de projet alternatif à opposer à ceux des conservateurs-libéraux ou de la social-démocratie. » Étant donné qu’entre ces deux programmes il n’y a que peu de différences comme l’atteste l’histoire immédiate, étant donné que Monsieur Weber sait très bien que la grève de masse de mai-juin a créé les conditions pour la construction d’un projet de libération sociale, camarades relevons le défi. Mettons en place les lieux de débats et de lutte afin que les acteurs de la grève élaborent le projet révolutionnaire qui sera opposé à la bourgeoisie qu’elle soit servie par les conservateurs-libéraux ou par la social-démocratie. Ce projet sera alors porté, ensemble, sur le terrain de la lutte des classes, y compris lors des prochaines échéances électorales. Camarades, faisons mentir Michel Rocard qui est persuadé, comme la direction du PS, que « le capitalisme a gagné » [4]

Pour cela de nombreuses pistes s’expriment actuellement, et la plus part d’entre elles, dans les rangs de l’extrême-gauche comme dans ceux des opposants à la mutation du PCF, véhicule une idée stérile et battue en brèche par la réalité des événements de mai-juin : il s’agit de la thèse sur l’existence de deux gauches. Dans Libération du 11 juillet 2003 Olivier Besancenot développe très bien cette thèse : « une gauche d’accompagnement du libéralisme et une gauche radicale, anticapitaliste qui défend jusqu’au bout le monde du travail, public et privé. Une gauche d’amendement de la contre-réforme Fillon et une gauche de la grève. » L’idée est séduisante mais génératrice de confusion. Si la notion de gauche a vraiment un sens alors elle représente les grévistes et les manifestants de mai-juin, ceux et celles qui se mobilisent contre la globalisation capitaliste et la guerre impérialiste permanente que cette dernière impose aux peuples. Dans ces conditions il n’y a rien de commun entre « le parti de la grève », comme l’appelle si justement l’ancien candidat de la LCR, et la « gauche » parlementaire dont on a pu voir ce dont elle était capable quand elle devenait gouvernementale et que la partie la plus consciente du monde du travail a congédié le 21 avril 2001 après avoir maintes fois voté pour elle.

Tout à la fois clairvoyant et perfide, Daniel Cohn-Bendit propose comme issue de secours aux partis de l’ex-gauche plurielle d’ « assumer leur réformisme sans désespérer le Larzac. » A condition d’éviter les écueils de l’altermondialisme qui trouve des échos, non seulement au PS, mais parmi les plus honnêtes hommes de droite ; alors la potion de l’ex-soixante-huitard ne devrait avoir rien de magique.

En effet, le concept d’altermondialisme, qui vient de supplanter comme par enchantement celui d’anti-mondialisation, est par définition confusionniste. Si nous considérons que la mondialisation (ou plus exactement la globalisation) n’est pas autre chose que le stade suprême de l’impérialisme [5] et si nous nous battons pour un monde libéré de l’exploitation et de l’aliénation, c’est-à-dire un monde libéré du joug du capitalisme, alors pourquoi ne pas l’exprimer franchement. Ce qui n’implique nullement que les communistes, à l’instar des directions du PT et de LO, adoptent une attitude qui, finalement, conduit à confondre ceux et celles qui se battent contre l’impérialisme, même au nom de l’altermondialisme, et ceux qui tentent de reconstituer sans bruit un réformisme moderne et présentable aspirant à devenir un « acteur majeur dans le débat d’idées social et politique » comme le définit Jacques Nikonoff dans Libération du 18 août 2003.

Si dans cette perspective Jacques Nikonoff ouvre les portes du mouvement altermondialiste à l’extrême-gauche, c’est à condition que celle-ci se conforme « aux règles de la démocratie du mouvement » même si le confesse le président d’ATTAC cette démocratie doit fortement s’améliorer en érigeant des « systèmes de pare-feu » pour « décourager les groupuscules. » [6] Décidément la perspective révolutionnaire en effraye plus d’un.

Comme personne n’est en mesure de définir les contours et les structures du mouvement altermondialiste, alors il est au pouvoir de personne d’empêcher les communistes d’y militer à l’intérieur pour transformer les luttes contre les effets du capitalisme en lutte d’ensemble contre les causes, c’est-à-dire le capitalisme lui-même et pour y combattre toute résurgence de réformisme.

Le réformisme est bel et bien mort. Il s’est brisé sur la vague du 21 avril 2001 et de mai-juin 2003. Il est devenu inopérant par le refus catégorique de la bourgeoisie de négocier comme vient de le montrer le gouvernement Chirac-Raffarin. L’expérience de la grève de ce printemps montre qu’il faut mettre en mouvement une puissance extraordinaire pour tenter d’obliger le gouvernement à négocier et cela pour un résultat nul. Alors vaut mieux employer le potentiel actuel de combativité à s’auto-organiser pour remettre en cause l’autorité du pouvoir bourgeois avec l’objectif de le renverser et de commencer à jeter les bases d’une société et d’un monde socialistes et démocratiques. Bref oser la perspective révolutionnaire.

Pour atteindre cet objectif, nous partageons la proposition d’Olivier Besancenot : « La France a besoin d’un parti de la grève », d’un parti défendant un programme de transition anticapitaliste, agissant pour un gouvernement anticapitaliste, un gouvernement issu de la grève générale qui n’est pas autre chose que la constitution du salariat en classe dans l’action, c’est-à-dire un processus éminemment politique.

Le salariat a besoin d’un tel parti révolutionnaire, d’un parti communiste, comme le concevait Rosa Luxemburg : « Considérons le vivant tableau d’un véritable mouvement populaire issu de l’exaspération des conflits de classe et de la situation politique, explosant avec la violence d’une force élémentaire en conflits aussi bien économiques que politiques et en grèves de masse : alors la tâche de la social-démocratie consistera non pas dans la préparation ou la direction technique de la grève, mais dans la direction politique de l’ensemble du mouvement.

La social-démocratie est l’avant-garde la plus éclairée et la plus consciente du prolétariat. Elle ne peut ni ne doit attendre avec fatalisme, les bras croisés, que ce produise une « situation révolutionnaire » ni que le mouvement populaire spontané tombe du ciel. Au contraire, elle a le devoir comme toujours de devancer le cours des choses, de chercher à le précipiter. Elle n’y parviendra pas en donnant au hasard à n’importe quel moment, opportun ou non, le mot d’ordre de grève, mais bien plutôt en faisant comprendre aux couches les plus larges du prolétariat que la venue d’une telle période est inévitable, en leur expliquant les conditions sociales internes qui y mènent ainsi que ses conséquences politiques. Pour entraîner les couches les plus larges du prolétariat dans une action politique de la social-démocratie, et inversement pour que la social-démocratie puisse prendre et garder la direction véritable d’un mouvement de masse, et être à la tête de tout le mouvement au sens politique du terme, il faut qu’elle sache en toute clarté et avec résolution, fournir au prolétariat allemand pour la période des luttes à venir, une tactique et des objectifs. » [7]

Emile Fabrol

1.- Nous ne pouvons que regretter la position de la direction de Lutte ouvrière qui parle de « mouvements sociaux » dans sa lettre du 28 juin 2003 à la direction de la LCR
2.- Marc Blondel, dans Le Monde du 27 mai 2003 : « J’ai quelques craintes à employer le terme de grève générale interprofessionnelle. Qu’on le veuille ou non, il renvoie à l’idée d’insurrection et bien sûr, à une lutte politique contre le gouvernement. Étant partisan de l’indépendance syndicale, je préfère rester prudent. »
3.- Remarquons que cette économie de marché n’est même plus sociale, alors que le projet de Constitution européenne rédigée sous la direction de Valéry Giscard d’Estaing le propose.
4.- Le Monde du 19 juin 2003.
5.- Lire l’étude dans Prométhée du 3e trimestre 2001. Envoi contre 4 €.
6.- Les citations de ce paragraphe sont extraites de l’article de Jacques Nikonoff paru dans Libération du 18 août 2003.
7.- Rosa Luxemburg, Grève de masses, parti et syndicats. Éditions Maspéro, 1969, pages 150 et 151. Ce texte fut écrit en 1906, nos lecteurs de 2003 auront remplacer d’eux-mêmes « social-démocratie » par « communisme ».