Nouvelle Gauche Communiste
courant communiste révolutionnaire (issu du PCF)

La direction du
PCF soutient
la politique
extérieure
de Chirac

Numéro 31
3e trimestre 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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DEPUIS la formation du gouvernement Raffarin, la direction du PCF tient un discours radical, dénonce la politique de droite, critique certains aspects du bilan de la gauche plurielle. L’heure serait à la lutte sans merci contre l’actuel gouvernement et les politiques libérales. Mais à y regarder de plus près, la direction du PCF apporte un soutien à la politique extérieure de Chirac et de De Villepin, c’est-à-dire à l’impérialisme français. La guerre contre l’Irak et l’Europe de Maastricht en sont deux illustrations. S’agissant de la guerre contre
l’Irak menée par Bush et Blair au nom de la lutte contre les armes de destruction massive et du désarmement de l’Irak, Chirac et De Villepin ont défendu la position suivante : il faut désarmer l’Irak, dans l’immédiat ce désarmement doit être atteint par des moyens « pacifiques » via les inspecteurs de
l’ONU, si l’utilisation de ces moyens pacifiques s’avère un échec, alors il faudra utiliser la force.

Soulignons au passage que l’utilisation des moyens « pacifiques » s’appuyait explicitement sur la menace de guerre, le gouvernement français ayant à plusieurs reprises déclaré que la mobilisation militaire de Bush et Blair était utile pour « convaincre » l’Irak de désarmer pacifiquement.

En d’autres termes, accord sur le fond, mais désaccord sur le moyen, guerre immédiate ou inspections de l’ONU basées sur la mobilisation militaire. Certes, Chirac et De Villepin se sont opposés à la guerre immédiate. Mais pouvait-on en conclure, comme l’a fait la direction du PCF, que leur position était correcte et méritait d’être soutenue ? En réalité, comme Bush et Blair, le gouvernement français exigeait le désarmement de l’Irak, remettant ainsi en cause sa souveraineté. Comme Bush et Blair, Chirac et De Villepin n’excluaient nullement le recours à la guerre. C’est pourquoi on peut dire que le gouvernement français était alors le relais, certes « pacifique », des exigences de Bush. D’ailleurs, obtenir « pacifiquement » le désarmement de l’Irak, n’était-ce pas offrir ce pays sans défense aux appétits de l’impérialisme états-unien ?

Dans cette situation quelle a été la politique de la direction du PCF ? S’est-elle située sur le terrain de la défense inconditionnelle de l’Irak menacé par l’impérialisme ? [1] Ou bien a-t-elle mis le doigt et le bras tout entier dans l’engrenage impérialiste du désarmement de l’Irak au nom de la destruction des armes de destruction massive pour finir dans le soutien à Chirac, à l’ONU, et aujourd’hui à la présence des troupes d’occupation ?

Le 21 janvier 2003, l’éditorialiste de L’Humanité écrit : « Les questions soulevées par les inspections sont ô combien légitimes (…) Qu’aujourd’hui les dirigeants de Bagdad acceptent de renforcer leur coopération avec l’ONU et de faciliter le travail des inspecteurs en élargissant leur domaine d’investigation (…) Aux responsables de Bagdad de démontrer dans des actes leur bonne foi. » Comme on peut le constater, pour L’Humanité l’intervention de l’ONU est légitime et il appartient à Saddam Hussein de démontrer sa bonne foi, c’est-à-dire de désarmer l’Irak, ce qui est une exigence de Bush. Le 12 février, dans le même journal, le dirigeant du PCF Daniel Cirera déclare : « Il faut aussi que les inspections en Irak se déroulent correctement pour que l’administration Bush ne puisse se saisir d’aucun prétexte. » En clair, pour ne donner aucun prétexte à Bush, donnons-lui satisfaction. Une position qui est celle du gouvernement français et que la direction du PCF va applaudir. Le 26 février, De Villepin s’exprime au Sénat. Il déclare : « Les inspections ont repris. C’est un progrès (…) la résolution 1441 offre la possibilité de désarmer l’Irak dans la paix (…) L’objectif de la communauté internationale est le désarmement de l’Irak (…) La France n’a pour autant jamais exclu l’usage de la force pour faire respecter le droit. » L’objectif est clair et net. Le Monde du 28 février relate ainsi cette épisode : « Le chef de la diplomatie française est salué d’emblée par des applaudissements sur les travées de la droite et du centre, mais aussi sur les bancs communistes et républicains ; à la fin de son discours c’est l’ensemble de l’hémicycle qui lui adresse une ovation prolongée. » Cette information n’a jamais été démentie par le direction du PCF. Autrement dit, le 26 février, en  pleins préparatifs de guerre, les sénateurs du PCF ont ovationné un ministre affirmant ne pas exclure l’usage de la force. Il est vrai que, quelques mois plus tôt, les parlementaires du PCF s’étaient abstenus lors du vote du budget des affaires étrangères, Jean-Claude Lefort déclarait à cette occasion, que le PCF avait le « sens de l’État. »

Un « sens de l’État » que confirme L’Humanité du 4 mars qui se félicite « des progrès dans le désarment de l’Irak. » Quelques jours plus tard, le 8 mars, ce journal salue « les États, qui comme la France, défendent la légalité internationale, affirment leur attachement au désarmement de l’Irak dans la paix » et le 18 mars, à l’Assemblée nationale, Alain Bocquet déclare : « Nous avons apprécié la ténacité et la fermeté de la France pour éviter le désastre annoncé et pour que le désarmement de l’Irak se fasse par des voies pacifiques.» Une « ténacité » qui n’empêche pas le gouvernement français d’autoriser le survol du territoire par les bombardiers de Bush, attitude que De Villepin justifie ainsi, à l’Assemblée nationale, le 25 mars : « Il existe un usage entre alliés que nous devons respecter, parmi lesquels le droit de survol. » Une « ténacité » qui conduit De Villepin à déclarer : « Il faut aller jusqu’au bout du désarmement de l’Irak. » Nous sommes le 27 mars, c’est-à-dire en  pleine guerre.

Une guerre qui donne ensuite lieu à l’occupation de l’Irak par les troupes US et britanniques. Dans un premier temps, la direction du PCF va se prononcer pour leur retrait (Supplément Communistes à L’Humanité du 14 mai). Puis la direction du PCF va modifier sa position. En effet, le 15 juillet L’Humanité informe ses lecteurs que le PC irakien participe au pseudo-gouvernement mis en place par les troupes d’occupation et dirigé par Paul Brenner, le proconsul de Bush et de Blair. Un « gouvernement » qui reçoit le soutien de l’ONU dans un rapport sur la situation en Irak présenté le 21 juillet par Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU. En clair, l’ONU ne demande pas le retrait des troupes d’occupation. Pour sa part, le 27 août, l’éditorialiste de L’Humanité écrit : « Pourtant seul un vrai retour de l’ONU sur le terrain permettrait de commencer à traiter le désastre laissé par la guerre anglo-américaine. Sachant que l’autorité internationale chargée de prendre le relais et d’enclencher construction démocratique et reconstruction physique du pays ne pourra trouver sa légitimité qu’en plaçant sous sa tutelle les troupes de la coalition. » Si les mots ont un sens, cela signifie que les troupes d’occupation, certes sous la direction de l’ONU, doivent rester en Irak. C’est d’ailleurs ce que propose De Villepin. Intervenant lors de la conférence annuelle des ambassadeurs de France, le ministre a proposé la mise en place « d’une véritable force internationale sous mandat du Conseil de sécurité des Nations unies.» (Le Monde du 29 août).

Cependant les convergences entre la diplomatie de Chirac et la direction du PCF ne se limite pas à l’Irak. Lors du Conseil national du PCF du 27 juin 2003, Gilles Garnier a présenté un rapport sur l’Europe. Plusieurs aspects de ce texte méritent d’être soulignés. Concernant « la politique européenne de défense au service de la paix » le rapporteur écrit : « la politique hégémonique et belliciste américaine plaide pourtant pour que l’Europe parle d’une voix forte face à la politique des États-Unis. La position de la France et de l’Allemagne sur la guerre en Irak a relancé le débat sur une politique étrangère voire d’une coopération militaire européenne. La guerre ‘’préventive’’ est le stade ultime de la globalisation capitaliste. Si des actions communes de l’Europe en matière de politique étrangère doivent exister, elles peuvent exister aussi en matière de défense mais elles ne doivent se faire que dans le cadre d’une mission confiée par l’ONU. »

En d’autres termes, la direction du PCF se prononce pour des actions militaires européennes sous mandat de l’ONU. La référence faites par Gilles Garnier à la position franco-allemande sur l’Irak conduit à conclure que le rapporteur est favorable à une présence militaire française en Irak… sous mandat de l’ONU, bien entendu, afin d’y rétablir la paix en procédant au désarmement de l’Irak en en imposant par la force la loi de la globalisation capitaliste à l’Irak. Mais comment concilier souveraineté de l’Irak et présence de troupes d’occupation ? Mais où est donc passé le respect de l’indépendance nationale ?

S’agissant de l’élargissement de l’Union européenne, c’est-à-dire de la soumission d’autres pays aux critères de Maastricht, Gilles Garnier écrit : « Ce n’est pas le principe de l’élargissement qu’il faut combattre, mais la manière dont il a été mené et voulu. » Puis il précise : « Nous proposons une aide exceptionnelle de l’Union, en particulier économique, pour permettre à chaque pays candidat de se préparer à l’entrée dans l’Union (…) Nous pensons qu’il faut avant l’adhésion associer plus les citoyens et les citoyennes au débat et à la décision. Ouvrir des lieux de concertation et d’intervention de la société civile et des organisations syndicales en amont de l’adhésion. » Mais « se préparer à l’entrée » dans l’Union européenne, c’est se préparer à accepter les critères de Maastricht et l’aide économique attribuée aux pays candidats a précisément pour but de restructurer leur économie, c’est-à-dire de licencier des centaines de milliers de salariés et de fermer les entreprises dites non rentables. De même, associer les syndicats à préparer l’adhésion, c’est ni plus ni moins les associer aux politiques de soumission aux critères de Maastricht.

Cette prise de position de la direction du PCF en faveur de l’élargissement de l’Europe de Maastricht se traduit par des articles élogieux de L’Humanité sur les résultats électoraux en faveur de l’adhésion dans plusieurs pays de l’Europe de l’Est. Le 11 avril 2003, L’Humanité annonce que la « Hongrie s’apprête à dire oui à l’Europe » et précise que « à l’exception des formations d’extrême-droite, l’ensemble des partis politiques font campagne pour le oui (…) Le chef du Front national hongrois affirme que l’adhésion à l’UE va transformer les Hongrois en esclaves des Quinze. » Autrement dit, voter non à l’Europe de Maastricht c’est être d’extrême-droite. Quelques jours plus tard, le 14 avril, L’Humanité rend compte des résultats dans un article intitulé « Hongrie : le oui à l’Europe. » Certes on y apprend que le taux d’abstention a été de 54%, mais pour L’Humanité il s’agit d’une « fausse note (…) qui n’empêche pas le vote d’être valide. » On y apprend également que des « feux d’artifice retentissaient dans la capitale hongroise »

C’est le même type de discours que L’Humanité du 7 juin tient pour la Pologne assimilant le vote non aux partis conservateurs tandis que les électeurs favorables au oui sont jugés « raisonnables »

Enfin, concernant les services publics, Gilles Garnier écrit : « L’Union européenne emploie la notion de services d’intérêt général. Cette notion pourrait devenir la nôtre si nous en déterminons bien le contenu. » La notion de services d’intérêt général n’est pas tombée du ciel. Elle a été conçue, élaborée et fabriquée de toutes pièces en opposition aux services publics assurés par des entreprises publiques. Elle a pour unique fonction d’ouvrir la voie à des services « publics » assurés par des entreprises privées, comme pour la distribution de l’eau actuellement. Cette notion est un instrument de privatisation. On ne peut donc pas se prononcer contre les privatisations et pour les services d’intérêt général, outil des privatisations. Dans ce cas, comme on peut le voir, le « sens de l’État » semble avoir disparu.

En définitive, aussi bien en Irak  qu’en Europe, la politique de la direction du PCF est claire : présenter l’impérialisme et ses politiques comme seules à même d’améliorer la situation des peuples. Décidément les directions successives du PCF depuis Maurice Thorez s’avèrent totalement incapables de mener une politique indépendante : hier agence de la bureaucratie du Kremlin, aujourd’hui petite agence directe de l’impérialisme.

Albert Savani

1.- Il s’agit de la défense de l’Irak, pays dominé, face à l’impérialisme. Bien entendu, à l’intérieur de l’Irak, nous distinguons le peuple de la dictature de Saddam Hussein qu’il faut renverser. Mais la question est : par qui la dictature doit-elle être renversée ? Si elle est renversée par le peuple irakien lui-même, il s’agit alors d’un succès de ce peuple et des peuples du monde. En revanche si elle est renversée par l’impérialisme, l’occupation « colonisatrice » du pays constitue alors une défaite pour les peuples. C’est pourquoi les communistes sont opposés à toute guerre d’intervention impérialiste contre des pays comme l’Irak. Plus précisément nous ne reprochons pas à l’impérialisme de se tromper de cible en frappant le peuple et pas seulement l’appareil d’État. Même si (hypothèse irréaliste) les dirigeants impérialistes garantissaient une guerre chirurgicale et propre ne frappant que les infrastructures du pouvoir sans faire de victimes innocentes, nous serions toujours opposés à cette intervention parce qu’elle aussi ouvrirait la voie à l’occupation et au pillage du pays agressé et sèmerait dans la tête des peuples l’idée totalement fausse que l’impérialisme peut défendre leurs intérêts.