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Réforme
budgétaire :
Année
2005, Année décisive
« L’ANNEE
2005 une
année centrale pour la réforme budgétaire. » C’est en ces
termes que Jean-François Coppé, ministre du budget, annonce son
programme dans le numéro 10 de La Lettre de la réforme d’avril.
Au même moment, la mission parlementaire d’information sur la mise
en œuvre de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF),
composée de Michel Bouvard (UMP), Charles de Courson (UDF), Didier
Migaud (PS) et Jean-Pierre Brard (PCF), publie un rapport intitulé
Des dispositifs de performance encourageants mais perfectibles.
Rappelons que la LOLF a été voté en juin 2001 par les députés du
PS et de droite et adoptée avec l’abstention des députés du PCF.
Officiellement destinée à l’évaluation de l’efficacité des politiques
publiques, elle est en réalité une loi ayant pour but de réduire
la dépense publique et d’appliquer à la fonction publique les politiques
patronales de productivité, de flexibilité et de performance.
Cet
accord général est à nouveau salué par la mission parlementaire
qui écrit : « La loi organique a été votée à l’unanimité
par le Parlement et la composition de la mission d’information sur
la mise en œuvre de la LOLF reflète la volonté de poursuivre dans
cette voie non partisane. » De la même façon, Jean-François
Coppé se félicitera que « en 2001 les parlementaires de
droite et de gauche ont offert à la France l’occasion de se réformer
en profondeur. » De son côté, Jean-Pierre Brard (PCF) apporte
sa pierre à l’édifice consensuel en déclarant que « la LOLF
n’est pas d’essence ou de finalité libérale. » [1] Un discours
largement utilisé ces derniers jours à propos de la constitution
européenne. On aurait donc des textes, LOLF et constitution européenne,
applaudis par le MEDEF et mis en œuvre par Chirac et Raffarin, mais
qui ne seraient pas d’essence libérale.
Cela
dit, force est de constater que les députés qui composent la mission
d’information sont mécontents de la lenteur d’application de la
LOLF. Extraits de leur rapport consacré aux premières mesures prises
par les ministères : « La réflexion sur les stratégies
de performance est aujourd’hui très insuffisante (…) Dans le choix
des objectifs, une place plus grande doit être faite aux objectifs
d’efficience, c’est-à-dire à ceux visant une plus grande productivité
de l’administration. (…) La mission d’information a voulu souligner
la nécessité impérieuse à ce que cette culture de la performance
se diffuse au sein des administrations et ne se réduise pas à un
vernis sans que cela se traduise par des changements dans les comportements
quotidiens des administrations. La façade ne suffit pas. C’est probablement
l’aspect du dossier qui est le moins avancé. » Pour les
députés Bouvard, de Courson, Migaud et Brard, il faut accélérer
la mise en œuvre de la « réforme ». Les indicateurs de
performance doivent prendre le pas sur les indicateurs de qualité
de services rendus. Reprenant à son compte le discours de la Cour
des comptes présidée par Philippe Séguin, la mission appelle à lutter
contre « la tentation d’adapter la LOLF au mode de fonctionnement
actuel des administrations et non l’inverse. ». C’est pourquoi
elle s’insurge contre la prédominance des indicateurs de moyens
et d’activité sur ceux de performance. Ainsi, les parlementaires
écrivent : « L’évolution des indicateurs de moyens
ou d’activité ne renseigne pas, par définition, sur la
manière plus ou moins optimale dont les services gèrent l’argent
public, mais uniquement sur le volume des crédits qui leur sont
attribués et le niveau d’activité que ceux-ci permettent. Ce type
d’indicateurs doit impérativement être écartés, car il est
susceptible de cautionner des logiques de consommation de crédits
tout à fait négatives pour les finances publiques,
en contradiction avec les effets globaux vertueux recherchés par
les concepteurs de la LOLF. Il convient d’être très ferme en la
matière : les indicateurs mesurant simplement une activité
ou la mise en œuvre de moyens doivent clairement être rejetés,
et ce dès le projet de loi de finances pour 2006. »
Une
politique de fermeté qui trouve une traduction concrète dans l’Éducation
nationale. Tout d’abord « certains objectifs d’efficience
mériteraient d’être retenus, comme notamment la réduction à tous
les degrés de l’enseignement, de la proportion des heures d’enseignement
devant des groupes de 10 ou 12 élèves. » Ce sont les mêmes
députés qui, jour après jour, reprochent aux enseignants de ne pas
assez individualiser leur enseignement. Ensuite, mise en place d’indicateurs
mesurant : « la part des enseignants pratiquant la
bivalence par rapport à ce qui serait nécessaire pour satisfaire
les besoins [et] l’application de la réglementation permettant
de demander à un enseignant n’effectuant pas l’intégralité de son
service d’enseigner également une discipline connexe. »
Ce sont les mêmes députés qui ensuite se plaignent de la mauvaise
qualité de l’enseignement. Mais au collège et au lycée, peut-on
enseigner correctement deux matières ?
Mais
pour les partisans de la LOLF, de l’UMP au PS, l’essentiel est la
lutte contre ce que le projet de constitution européenne appelle
les « déficits publics excessifs. » Selon les rédacteurs
du traité de Maastricht et du projet de constitution européenne
les déficits publics sont les déficits des administrations publiques,
c’est-à-dire l’État, les collectivités locales et la Sécurité sociale.
Au sujet de cette dernière, Philippe Séguin, président de la Cour
des comptes et ancien opposant au traité de Maastricht, dénonce
le « réseau pléthorique de caisses » et exige de
« resserrer la contrainte budgétaire et de regrouper les
caisses. » [2] Dans le même sens, Frédéric Von Roeckeghem,
nouveau directeur de la Sécurité sociale, propose de « non
remplacement d’un agent sur deux partant en retraite. »
État, Sécurité sociale, comme le dit Jean-François Coppé « avec
la LOLF la France s’est dotée d’une vraie comptabilité d’entreprise.
Ce qui compte désormais, ce n’est plus la dépense supplémentaire,
mais la réforme structurelle, celle qui permet de financer de nouvelles
priorités par des gains de productivité. » [3] Par exemple,
financer de nouvelles dépenses militaires, comme l’exige la constitution
européenne, en supprimant des fonctionnaires.
Une
logique qui ne sévit pas qu’en France
Pour
élaborer et mettre en œuvre la réforme de l’État, Raffarin, Coppé
et la direction du PS se sont inspirés d’expériences étrangères
présentées dans un rapport au Sénat du 31 août 2001. Selon ce rapport
« certains pays gèrent leur secteur public selon des méthodes
et critères applicables aux entreprises du secteur privé. »
Ainsi, en Nouvelle-Zélande, « le budget est établi selon
les règles comptables du secteur privé » et « des
sociétés d’État, fonctionnant à la manière des entreprises privées,
ont été créées et leurs salariés ont perdu leur statut de fonctionnaire. »
Comment ? Dans un premier temps poursuit le rapport du Sénat
« l’État en est devenu actionnaire, puis elles ont été privatisées. »
En Suède, c’est dès les années 1980 que les gouvernements ont fait
« évoluer les entreprises publiques vers un fonctionnement
reposant sur les critères du marché » en leur imposant
une comptabilité d’entreprise. En Allemagne, les gouvernements ont
mis en place une comptabilité analytique, des indicateurs d’activité
et des contrats d’objectifs entre les ministères et les administrations.
D’après le texte du Sénat « la concurrence constitue un
élément essentiel de ce programme. Les administrations sont incitées
à se livrer à un benchmarking destiné à comparer l’efficacité des
services et à mobiliser les réserves potentielles de productivité
en matière de coût de personnel. »
Ces
réformes de l’État ont conduit à une véritable remise en cause des
fonctions publiques. En Nouvelle-Zélande on a constaté « un
abaissement de la frontière statutaire entre secteur public et secteur
privé : 42% des agents publics bénéficient désormais d’un contrat
individuel à durée déterminée contre 17% il y a 5 ans. »
Aux Pays-Bas « les agents publics bénéficient d’un contrat
proche du contrat de travail de droit privé » et le recrutement
a lieu sur la base d’entretien d’embauche [4]. De plus le système
de retraite public a été « aboli pour s’aligner sur celui
des salariés du secteur privé », la réglementation des
conditions de travail a également été alignée sur le secteur privé
et les négociations salariales ont été décentralisées [5]. En Suède,
on constate un « quasi alignement des agents publics sur
les droits et obligations des salariés du secteur privé »
et en Allemagne la loi du 29 février 1997 sur la réforme du droit
de la fonction publique « accroît la volonté de concurrence
au sein de l’administration publique » et impose « des
critères de performance individuelle dans la carrière des agents. »
Enfin, en Italie, le statut de la fonction publique ressemble de
plus en plus à celui des employés du secteur privé selon le rapport
du Sénat « l’équivalent de notre statut de la fonction publique
n’existe plus dans ce pays. »
En
somme, conclut le rapport du Sénat « certains pays gèrent
le secteur public selon les méthodes et critères applicables aux
entreprises et secteur privés. » Des critères – productivité,
flexibilité, rentabilité – qui ont conduit au développement du chômage,
de la précarité et de la pauvreté, tandis que les profits se sont
envolés. Dés résultats conformes aux lois de la concurrence libre
et non faussée. C’est ce que cherche à institutionnaliser le projet
de constitution européenne. C’est pour cela que les salariés voteront
non le 29 mai.
Albert
Savani
1.-
Rapport d’information, numéro 2161, page 322.
2.- Les
Échos du 4 mars 2005.
3.- Les
Échos du 29 mars 2005. C’est au nom des « réformes structurelles »
que depuis plus de 20 ans le FMI impose des politiques de flexibilité
et de privatisations dans les pays endettés avec les résultats que
l’on sait.
4.- Remarquons
qu’en France, c’est pratiquement le cas dans les collectivités territoriales.
Une fois le concours réussi, le futur fonctionnaire doit, pour obtenir
un poste, passer un tel entretien d’embauche. Le statut permettant
le recours aux non titulaires, près d’un tiers des agents territoriaux
travaille avec un CDD.
5.- En
France, dans la fonction publique territoriale, le taux des primes
varient d’une collectivité à l’autre. Décentralisation oblige !
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