Prométhée
Nouvelle Gauche Communiste

Prométhée (revue trimestrielle)
Numéro 64, 1er trimestre 2006

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Chirac plie, faisons le rompre
TOUT EST POSSIBLE !

Sans aucune hésitation, nous pouvons affirmer que nous vivons une période d'intense lutte de classe. D'un côté de cette lutte, la bourgeoisie est saisie d'une frénésie destructrice tant dans le domaine social que du point de vue de la démocratie. Par tous les moyens dont elle dispose, cette classe cherche à faire table rase d'un passé où elle a dû concéder sous les coups de boutoirs de la classe ouvrière tout un ensemble de revendications (sécurité sociale, code du travail, services publics, etc.) De l'autre côté de cette lutte, la classe ouvrière, tous secteurs confondus, entrée en résistance ouverte depuis 1995 qui manifeste de plus en plus ouvertement sa contestation généralisée des effets du capitalisme.
Malgré toute une série de défaites partielles plus ou moins importantes, l'esprit de la lutte souffle, il relie clairement le non ouvrier et populaire du 29 mai 2005 au projet de constitution centrée sur la " concurrence libre et non faussée " en Europe à la lutte actuelle pour le retrait du contrat première embauche (CPE). Cette dernière met en sérieuse difficulté le pouvoir et possède en elle les potentialités de le faire tomber. C'est ce qui ressort de la déclaration de Jean-Christophe Lagarde, député UDF de Bobigny-Drancy en Seine-Saint-Denis). Après avoir voter contre le CPE, il s'inquiète : " Je crains que nous soyons au bord de gouffre. Car en jouant le pourrissement, le gouvernement prend une terrible responsabilité. Mais aussi parce qu'en discréditant ainsi toute la vie politique, tout le jeu démocratique, nombre de nos dirigeants préparent un boulevard aux extrémistes. " Qui vise-t-il ? Le FN, Sarkozy ou le mouvement actuel de grève.

La bourgeoisie dit : " Il faut s'adapter à la mondialisation "
Depuis 1983 date à laquelle le PS a troqué son discours trompeur sur la rupture avec le capitalisme pour celui de l'intégration européenne - c'est-à-dire capitaliste, à quelques variantes près, les différents gouvernements se sont engagés dans une politique dite d'adaptation. Cela c'est traduit par un processus de privatisations tous azimuts. La dernière en date étant la fusion de GDF avec Suez au mépris d'une loi présentée par le ministre des finances d'avant le référendum (un certain Nicolas Sarkozy) qui fixait le plancher de la participation de l'État dans le capital d'EDF et de GDF à 70%. Cela se traduit par la mise en application à partir de cette année par la loi organique relative aux lois de finances (LOLF), cette loi votée par la gauche en 2001 instaure la logique du privé dans le budget de l'État avec comme tendance lourde la diminution des effectifs de fonctionnaires et la concession au privé au travers de la délégation de service public ou mieux encore du partenariat public privé. Cela se traduit par une lente mais sûre agonie de tous les secteurs de la Sécurité sociale. Cela se traduit par la mise en pièces du code du travail avec les ordonnances de l'été 2005 et en particulier le contrat nouvelle embauche (CNE) où pour la première, en opposition à une loi française de 1973 et aux recommandations de l'Organisation internationale du travail, un gouvernement instaurait le licenciement sans motif sur une période de deux ans.
Cette politique est la traduction nationale des décisions prises en commun par les Chefs d'États et de gouvernements de l'Union européenne. Incapable, chacun pris séparément, d'imposer aux travailleurs et à la jeunesse les exigences d'un capitalisme de plus en plus assoiffé de plus-value ; alors ils se rassemblent et l'union faisant la force ils définissent une stratégie que leur gouvernement respectif devra appliquer.
Concernant la question du travail, donc des CNE et CPE, il n'est pas inutile de rappeler les conclusions du sommet de Barcelone en mars 2002. A l'époque la bourgeoisie française étaient représentée par Jacques Chirac et Lionel Jospin ; et la direction du PCF siégeait au gouvernement. Que trouvons-nous dans ses conclusions ? " Encourager l'esprit d'entreprise en réduisant les obstacles administratifs et juridiques au strict minimum ", " Protéger les actionnaires ", " Veiller à ce que les coûts salariaux unitaires soient compatibles avec la compétitivité actuelle des économies européennes ", " Trouver un équilibre entre la flexibilité et la sécurité de l'emploi. " Avec la politique du gouvernement Villepin nous sommes au cœur du problème. Doit-on encore une fois rappeler que dans son immense majorité la classe ouvrière a voté non à ce programme le 29 mai 2005 ? Peut-on se permettre de poser une question simple à nos camarades membres du PCF et PS avec lesquels nous avons mené ensemble la bataille du non : oui ou non, vous prononcez-vous sans réserve pour l'abrogation de toutes les mesures inspirées par cette ligne générale ?
Il faut s'adapter, il n'y a pas d'autre possibilité, voilà le discours lancinent des suppôts du capital. Pour cela ils déploient des trésors de pédagogie, tant il est vrai que le pouvoir pratique la pédagogie et que l'opposition ouvrière s'adonne aux délices des paradis artificiels de l'idéologie. Mais comme cette pédagogie ne donne pas les résultats escomptés, voici venu l'heure du pari de Pascal, ce dernier disait aux incroyants qu'ils n'avaient rien à perdre de croire en l'existence de Dieu. C'est ce qu'à fait Azouz Begaz sur France 2 le 25 mars en proposant aux jeunes de tenter l'expérience du CPE et que si cela ne marchait pas alors on le supprimerait.
Mais revenons sur terre, dans Le Capital Karl Marx constatait le début des effets de " la concurrence cosmopolite dans laquelle le développement de la production capitaliste a jeté tous les travailleurs du globe. Il ne s'agit plus seulement de réduire les salaires anglais au niveau de ceux de l'Europe continentale, mais de faire descendre, dans un avenir plus ou moins prochain, le niveau européen au niveau chinois. Voilà la perspective que M. Stapleton, membre du Parlement anglais, est venu dévoiler à ses électeurs dans une adresse sur le prix du travail dans l'avenir : Si la Chine, dit-il, devient un grand pays manufacturier, je ne vois pas comment la population industrielle de l'Europe saurait soutenir la lutte sans descendre au niveau de ses concurrents. " Comme on peut s'en rendre compte la nature du capitalisme n'a pas changé depuis qu'il existe
.
Le régime bourgeois en crise
Dès ses origines en 1958, la 5e République n'a que les apparences de la démocratie. A l'époque, la bourgeoisie avait besoin d'un État fort, cet aspect des choses fut renforcé avec l'élection du monarque républicain au suffrage universel.
Aujourd'hui, après avoir traversée de multiples crises sociales et politiques, la 5e République s'avère de moins en moins capable d'assurer la domination de la bourgeoisie. Depuis 1981, les alternances successives entrelardées de cohabitation droite-gauche sans que les grandes lignes de la politique mise en œuvre n'évoluent de façon tangible, la réduction du mandat présidentiel à cinq ans réduisant les élections législatives à une simple confirmation de l'élection présidentielle, tout cela donne aux institutions un air de décadence.
C'est ce qu'explique Jacques Rancière dans Libération des 1er et 2 avril 2006 : " Nous vivons avec un système mis en place pour permettre à une forte minorité de gouverner sans problème, de gouverner sans le peuple. Le ralliement de la gauche à la logique majoritaire a entraîné la convergence des recrutements et des modes de fonctionnement et a abouti à un consensus programmatique entre droite et gauche. Aujourd'hui, c'est tout ce système qui est en entré en décomposition. "
Les épigones du général de Gaulle usent et abusent des possibilités antidémocratiques que leur offre la constitution. Depuis qu'il a été nommé après la défaite du référendum du 29 mai dernier, Dominique de Villepin a fait passé ses mesures antisociales à coup d'ordonnances et de 49-3, malgré que son parti, l'UMP, dispose à lui seul de la majorité de l'Assemblée nationale. Concernant le CPE c'est quasi clandestinement qu'il l'a inséré de force dans la loi dite " égalité des chances ".
A cela, ajoutons le non respect de leurs propres règles et lois. En 2004, Fillon fait voter une loi instaurant un dialogue préalable avec les partenaires sociaux avant tout projet de modification du code du travail. En faisant cela il codifiait le processus du diagnostic partagé qui avait si bien fonctionné sur la question des retraites puisque toutes les directions syndicales , y compris celle de la CGT, avaient partagé le même diagnostic que le gouvernement et que la CFDT avait fait cause commune avec lui. Dominique de Villepin a cru bon se passer d'appliquer cette loi de la République concernant les CNE et CPE. Pour rassurer les directions syndicales sur EDF et GDF, le gouvernement avait fait voter une loi sur la participation minimale de l'État. Pour soi-disant contrer une OPA hostile sur Suez, le gouvernement décide de toute urgence la fusion de cette entreprise privée avec GDF, ce qui équivaut à une privatisation de cette dernière et qui va à l'encontre de la loi, qu'à cela ne tienne le gouvernement rédigera une nouvelle loi que les députés UMP voteront joyeusement.
Le 29 mai 2005, le président perd un référendum. Dans la 5e République, il s'agit d'un plébiscite grâce auquel le monarque républicain demande au bon peuple de lui réaffirmer son soutien. Que le peuple lui réponde merde en lui signifiant qu'il ne supporte plus cette politique de privation et le souverain décide non seulement de rester mais d'aggraver sa politique. Dans ces conditions, que personne ne fasse semblant de s'étonner de la puissance du mouvement actuel de grèves et de manifestations.

Où est le gouvernement ? Où est le pouvoir ?
La crise politique est sensiblement aggravée par les divisions ouvertes à l'intérieur de l'UMP, divisions qui se manifestent par la rivalité entre les numéros un et deux du gouvernement, tous deux engagés dans la course à la succession du vieux chef arrivé au bout du rouleau et mortellement atteint par la défaite du 29 mai 2005.
Dominique de Villepin cherche à faire la démonstration qu'il possède toutes les capacités d'un véritable chef d'État. En décidant d'ouvrir dès maintenant le chantier de démolition du code du travail il envoie un message fort aux capitalistes : nul besoin d'attendre 2007 pour se libérer des contraintes que des décennies de lutte de la classe ouvrière ont imposées au capital. Il affiche une inflexibilité toute gaullienne pour prescrire aux travailleurs une flexibilité totale.
De son côté, Nicolas Sarkozy joue sur tous les tableaux. Face à la puissance au mouvement actuel, il prône ouvertement la temporisation afin que le calme républicain reprenne ses droits et que la préparation de l'échéance de 2007 se déroule avec toute la sérénité nécessaire. Simultanément, il provoque les habitants des banlieues ouvrières en les assimilant à des voyous qu'il va falloir tôt ou tard nettoyer au karcher, et dans Le Parisien du 29 mars il déclare : " Je cherche à séduire les électeurs du FN. "
C'est dans ces conditions et après un mutisme dont il a le secret que Jacques Chirac a décidé de réaffirmer son existence en s'exprimant le 31 mars. La constitution lui donnait le choix entre deux possibilités : promulguer la loi dite " égalité des chances " avec son article sur le CPE puisque qu'elle avait été votée par le Parlement et validée par le Conseil constitutionnel ou utiliser l'article 10 aliéna 2 qui l'autorise à " demander au Parlement une nouvelle délibération de la loi ou de certains de ses articles. Cette nouvelle délibération ne peut être refusée. " Dans le premier cas il affichait sa détermination à affronter le mouvement politique en cours, dans le second cas il recherchait un compromis. Mais dans les deux cas la lettre de la constitution était respectée.
Confirmant la crise politique, la crise de régime, le Président a choisi une troisième voie : il promulgue la loi, mais le CPE ne sera mis en oeuvre qu'après le vote d'une nouvelle loi. Cette dernière devant être précédée d'une consultation des partenaires sociaux. De plus le Président fixe les contours du CPE : période d'essai réduite de deux à un an et surtout suppression du licenciement sans motif. Redoutant l'affrontement tout en refusant de s'avouer vaincu, il propose un genre de paix des braves en faisant un appel du pied aux directions syndicales, en particulier celle de la CGT, en proposant d'ouvrir le chantier de la sécurisation des parcours professionnels. Le breuvage présidentiel est proprement imbuvable : vous accepterez bien un grand bol de flexibilité et de précarité avec un soupçon de sécurité.
En réalité, Jacques Chirac tente une manœuvre en recul qui approfondi la crise de régime.
Dans la foulée de la déclaration présidentielle c'est Nicolas Sarkozy, et non Dominique de Villepin, qui commente les propos de Jacques Chirac. Fait surprenant, il le fait du ministère de l'intérieur en tant que président de l'UMP. Cette confusion des genres n'est pas sans rappeler celle entre l'État et le Parti si chère à l'URSS stalinienne. Toujours plus surprenant, ce n'est pas le gouvernement qui proposera la nouvelle loi mais le groupe parlementaire UMP, ce qui n'est pas banal dans la 5e République. Nous atteignons des sommets dans l'auto-violation des institutions quand on apprend que ce n'est pas le Premier ministre mais le ministre de l'intérieur qui vient de s'adresser aux dirigeants syndicaux.
Les potentats du régime savent brandir le respect de la loi, le respect des institutions, le respect de la République quand les banlieues ouvrières s'embrasent ou quand la classe ouvrière descend dans la rue. Mais comme les curés ils pratiquent le " fais ce que je dis pas ce que je fais. " Décidément, nous sommes en droit de poser cette question : mais où est passé le gouvernement ?

Un mouvement de classe
En 2002, le collectif travailleur-électeur rejette la ligne générale qui rassemble la gauche et la droite gouvernementales. Le principal candidat de cette dernière, Jacques Chirac, obtient à peine 20% des voix, c'est-à-dire son niveau actuel de satisfaction dans les sondages. L'éviction du candidat du PS du second tour au profit de celui du FN masque l'écroulement électoral du PCF et la forte percée de l'extrême-gauche. En 2004 et 2005, ce même collectif sanctionne la droite puis l'ensemble des défenseurs du libéralisme qu'il soit ou non à visage humain en rejetant les effets dramatiques du capitalisme ; ce qui signifiait clairement une recherche d'une solution politique vraiment alternative au capitalisme. Voilà pour un bref rappel sur le plan du suffrage universel.
Par contre sur le plan de la lutte revendicative, si la période du second mandat de Jacques Chirac a été marquée par une multitude de grèves et de manifestations on ne peut pas vraiment enregistrer le même types de succès. On est même bien obligé de constater toute une série de défaites. Plusieurs semaines de grèves en 2003 contre le projet Fillon sur les retraites et le projet s'est transformé en loi. Le projet Douste-Blazy contre l'assurance maladie est lui aussi devenu une loi, mais cette fois sans bataille et pourtant après la défaite de la majorité parlementaire aux élections régionales et européennes en 2004. Les grèves à la SNCM et à la RTM se sont soldées sur des échecs, la première est privatisée et la seconde concédera au privé la construction du métro de Marseille en délégation de service public. Dans les deux cas le pouvoir a recouru à la violence : envoi de l'armée contre les marins du Pascale Paoli, jugement considérant la grève de la RTM comme illégale car politique. Quand le gouvernement Villepin prend ses ordonnances durant l'été 2005 dont celle instaurant le CNE, il faudra attendre le 4 octobre pour qu'il y ait une manifestation et encore les directions syndicales refusaient de mettre en avant le mot d'ordre d'abrogation des ordonnances.
Durant toute cette période les directions syndicales confédérales se sont toujours refusées à construire une riposte d'ensemble pouvant être confondue avec la grève générale. Elles ont préféré la vielle tactique si peu efficace des journées d'action avec arrêt de travail et de manifestation pour reprendre la phraséologie actuelle de ces directions qui n'arrivent plus à prononcer le mot " grève ". Bien qu'elles soient sans perspective et sans lendemain, bien qu'elles obligent les militants syndicaux de terrain à recommencer chaque fois le travail de mobilisation sans pouvoir capitaliser tous les efforts fournis pour la précédente, toutes ces journées d'action ont exprimé une réelle force et une réelle potentialité de combat.
Malgré tout cela, l'annonce du CPE a entraîné une mobilisation sans précédent largement supérieure à celles de 2003 et de 1995. Partie des étudiants, la mobilisation s'est rapidement étendue aux lycéens et aux salariés du public et du privé comme tout un chacun a pu le constater le 28 mars. La revendication principale du mouvement se résume ainsi : refus de la flexibilité et de la précarité, exigence d'un emploi stable et garanti. Il s'agit d'une revendication élémentaire, c'est-à-dire fondamentale. Il s'agit de la prise de conscience de la classe en soi. Il est évident que le CPE agit comme un catalyseur de la lutte contre tout ce qui ne tourne pas rond dans cette société du point de vue de la classe ouvrière.
Pour le moment, les directions syndicales confédérales et celles des partis de la gauche gouvernementale se trouvent dans l'obligation d'accompagner le mouvement. Fait capital et incontournable pour l'avenir, chez les étudiants et les lycéens le mouvement se construit par l'auto-organisation. Cette dernière contrecarre les tactiques habituelles des directions syndicales et politiques traditionnelles lesquelles se retrouvent, depuis le début du mouvement, coincées par l'inflexibilité du pouvoir.
Afin de trouver une issue favorable à leurs stratégies, au soir de la puissance journée de grèves et de manifestations du 28 mars les directions syndicales ont saisi " solennellement " le Président de la République pour qu'il demande " au Parlement une nouvelle délibération de la loi égalité des chances excluant notamment l'article 8 relatif au CPE. " Elles ajoutaient c'est " la condition nécessaire et indispensable à l'ouverture rapide du dialogue social auquel nous souhaitons participer. " (Le Monde du 30 mars 2006) Le 31 mars, les directions des partis de gauche, y compris celle de la LCR, leurs emboîtaient le pas en poussant le bouchon un peu plus loin : " Sachant les conditions exceptionnelles de son élection en 2002, il [Jacques Chirac] porteraient une grave responsabilité en promulguant la loi. Ce serait un coup de force inacceptable. " Autrement dit si vous voulez Monsieur le Président que nous puissions jouer le rôle de pompier et que soit levée cette terrible hypothèque qui pèse sur 2007 alors aidez-nous. La réponse présidentielle fut à la hauteur des exigences des directions de ces organisations : elle confine au ridicule en ajoutant un peu plus de confusion dans la sphère des institutions.

Qu'est-il possible de faire ?
Tous ceux qui ont les yeux rivés sur 2007 parviendront-ils à leurs fins avec le renfort de l'Élysée ? A l'heure où ces lignes sont écrites nous sommes en droit de penser le contraire. On entend déjà les objections : utopie pour les plus fraternelles, gauchisme congénital pour les plus virulentes. Mais toutes nous feront toucher du doigt qu'il n'y a pas de perspectives politiques ou qu'il n'existe pas de parti communiste pour organiser la classe en soi en mouvement. Pour nous c'est la même chose, et nous tenons ici à rassurer nos interlocuteurs, nous ne ferons pas l'impasse sur leurs arguments.
Dans un premier temps nous signalerons que depuis 1995 la France est entrée dans un cycle de lutte de masse, de grève de masse avec ses périodes d'intense activité, ses périodes de calme, ses reculs voire ses défaites. Mais c'est le même état d'esprit qui envahit ce pays depuis plus de dix ans.
Tous ceux qui posent, y compris le plus sincèrement du monde, la question de l'absence évidente de perspectives ont, à notre avis, une tendance à privilégier la technique plutôt que la politique. Dans Grève de masse, parti et syndicats, Rosa Luxemburg abordait ainsi cette problématique centrale de la lutte de classe : " Au lieu de se poser le problème de la technique et du mécanisme de la grève de masse, la social-démocratie est appelée, dans une période révolutionnaire, à en prendre la direction politique. " Certes, il est peut-être hasardeux de qualifier la période actuelle de période révolutionnaire, mais une chose est certaine ceux d'en haut exposent d'une façon de plus en plus visible leurs faiblesses et leur décadence et ceux d'en bas expriment de plus en plus fortement leur ras-le-bol. Les communistes sont confrontés à la question du comment faire émerger la totalité de la puissance sociale de la classe ouvrière. C'est très exactement ce que souligne Rosa Luxemburg : " La tâche la plus importante de ''direction'' dans la période de la grève de masse, consiste à donner le mot d'ordre de la lutte, à l'orienter, à régler la tactique de la lutte politique de telle manière qu'à chaque phase et à chaque instant du combat, soit réalisée et mise en activité la totalité de la puissance du prolétariat déjà engagé et lancé dans la bataille et que cette puissance s'exprime par la position du Parti dans la lutte ; il faut que la tactique de la social-démocratie ne se trouve jamais, quant à l'énergie et à la précision, au dessous du niveau du rapport des forces en présence, mais qu'au contraire elle dépasse ce niveau, alors cette direction politique se transformera automatiquement en une certaine mesure en direction technique. " Qui peut nier que se sont les questions que les communistes ont à se poser dans les conditions du combat actuel engagé pour le retrait du CPE. Il n'est pas possible de prendre à bras le corps ces questions en faisant l'impasse sur les deux façons possibles de définir la stratégie anticapitaliste. Ces deux façons sont décrites ainsi par Rosa Luxemburg : " Une tactique socialiste conséquente, résolue, allant de l'avant, provoque dans la masse un sentiment de sécurité, de confiance, de combativité ; une tactique hésitante, faible, fondée sur une sous-estimation des forces du prolétariat, paralyse et désoriente la masse. Dans le premier cas les grèves de masse éclatent ''spontanément'' et toujours ''en temps opportun'' ; dans le deuxième cas la direction du Parti a beau appeler directement à la grève, c'est toujours en vain. "
Nos interlocuteurs sont en droit de nous dire que cela n'est guère envisageable dans les conditions actuelles car il n'y a pas de parti communiste. Tout d'abord, nous rappellerons qu'à l'époque où ces lignes sont écrites, en tentant de tirer les leçons de la révolution russe de 1905, Rosa Luxemburg est engagée dans un combat contre le processus de dégénérescence réformiste de son parti. Ceci dit, il est vrai qu'il existe pas de parti communiste, que ce parti est à construire. Sommes-nous dans l'erreur quand nous disons que ce parti ne peut pas être construit en dehors de la classe ouvrière, en dehors des luttes de cette dernière ? Pour conclure provisoirement, nous ajouterons en nous adressant à tous nos camarades, quel que soit leur espace actuel d'organisation ou de non organisation : qu'attendons-nous pour agir ensemble en nous concentrant sur la question de la " direction " politique qui seule peut permettre au mouvement actuel de trouver son chemin qui conduit de la classe en soi à la classe pour soi, c'est-à-dire à la capacité politique de prendre son destin en main.
Au moment où Jacques Chirac tente une piteuse manœuvre , au moment où la coordination étudiante représentante des universités en grève se prononce pour la démission du gouvernement et la dissolution de l'Assemblée nationale, au moment où des centaines de milliers de jeunes manifestants scandent " Chirac, Villepin, Sarkozy votre période d'essai est finie ", qu'empêchent les communistes de mobiliser sur le mot d'ordre " Chirac plie, faisons le rompre ! " Le faire rompre, lui son gouvernement et sa " majorité " parlementaire, c'est obtenir le retrait du CPE, du CNE, de la loi dite égalité des chances et des ordonnances de l'été 2005. Mais cela n'a pas d'autre sens qu'une défaite infligée par la lutte après celles infligées par le suffrage universel. Faire rompre le pouvoir actuel c'est s'en libérer. Qu'ils s'en aillent tous, y compris ceux qui aspirent à prendre leur place tout en modifiant à la marge leur politique devenue insupportable Dans sa grande sollicitude la grande ouvrière leur garanti une retraite décente. Remplaçons-les par un gouvernement des travailleurs, par les travailleurs et pour les travailleurs.
Nous ne sommes pas sûrs de gagner, mais nous n'avons rien à perdre d'essayer.


Le 2 avril 2006