Prométhée
Nouvelle Gauche Communiste

Prométhée (revue trimestrielle)
Numéro 65, 2e trimestre 2006

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Pour une rupture chirurgicale avec le capitalisme
La classe ouvrière candidate

La France est plongée, maintenant de façon visible pour tous, dans une crise politique, une crise de régime. Il y a un fil conducteur entre l’échec de la gauche gouvernementale et l’émergence de l’extrême-gauche le 21 avril 2002, le vaste mouvement de grève de 2003 contre la casse des retraites et la décentralisation destructrice des services publics, la défaite électorale de la droite aux régionales et aux européennes de 2004, la défaite des partis bourgeois – y compris le groupe dirigeant du PS – lors du référendum du 29 mai 2005 et le recul que la grève de masse vient d’imposer au gouvernement sur le CPE.

Ajoutez à cela les ravages de la guerre civile qui secoue l’UMP au travers de l’affaire Clearstream ou de la scandaleuse amnistie de Guy Drut et vous obtiendrez une crise politique béante.

La classe ouvrière, la jeunesse étudiante et lycéenne, celle des banlieues ouvrières, tous et toutes expriment, à leur façon et pas toujours en phase, la nausée de l’UMP et de sa Ve République moribonde et corrompue.

Ça ne peut plus durer ! Qu’ils s’en aillent tous !

Depuis un an se dessine une nouvelle tendance pour la classe exploitée et opprimée, elle relève la tête, elle reprend confiance en elle. Par deux fois elle a fait mordre la poussière à la bourgeoisie. Le 29 mai 2005 elle est allée massivement aux urnes pour rejeter la constitutionnalisation de la concurrence libre et non faussé, c’est-à-dire, en dernière analyse, le capitalisme. Durant le premier trimestre 2006 – jeunes et salariés au coude à coude – elle a exprimé son opposition à la casse du code du travail et au travail précaire généralisé. Dans ses actions, couronnées de succès, la classe ouvrière a commencé la rédaction de la plate-forme de rupture avec le capitalisme.

La donne a changé. En bas, on exprime de plus en plus consciemment son ras-le-bol. En haut, malgré la poursuite des mauvais coups, on affiche de plus en plus son incapacité à maîtriser la situation. L’heure n’est pas aux demi-mesures, à la recherche de ces raccourcis qui, l’histoire l’atteste, éloignent la libération sociale au lieu de la rapprocher. Pour tentant qu’il soit, l’antilibéralisme ne fait que polluer la construction de la perspective anticapitaliste.

La droite est à l’agonie. Sarkozy, piétinant ouvertement le terrain du FN, veut imposer une solution de type bonapartiste pour écraser la classe ouvrière. Bayrou et certains députés UDF votent la censure – une première sous la Ve République – et tendent la main à la direction du PS. Avec la profondeur que la crise politique atteint, il ne faut pas écarter l’idée que certains secteurs de la bourgeoisie ne lorgnent pas vers une issue à l’allemande ou à l’italienne. N’est-ce pas le moteur de l’Union européenne depuis la signature, en 1957, du traité de Rome ?

De son côté, la direction du PS n’est pas très crédible. Sa difficulté à trouver un candidat naturel pour 2007, son passé gouvernemental récent et son vote oui à la constitution européenne ne plaident pas en sa faveur.

La réalité de la lutte de classe, prise dans sa globalité, impose une stratégie chirurgicale de rupture avec le capitalisme, une stratégie qui ouvre la perspective du socialisme.

Comme pendant la campagne pour le non de gauche, que les militantes et les militants –communistes, d’extrême-gauche, socialistes du non, altermondialistes, syndicalistes de lutte – prennent leurs responsabilités et travaillent à la construction d’une convergence anticapitaliste. C’est possible, c’est nécessaire et c’est urgent, car comme l’écrivait, en mai 1936, Marceau Pivert : « Nous sommes à une heure qui ne repassera sans doute pas de sitôt au cadran de notre histoire. »

Yannick Villars

Le 29 mai 2006