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Prométhée (le Journal)
Numéro 66 décembre 2006

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Un parti d’opposition ouvrière pour ouvrir la voie au socialisme

Ces dernières années, devant les colères engendrées par leurs politiques, les dirigeants de droite au pouvoir appelaient les électeurs à faire preuve de patience, prétendant qu'en 2007 on allait voir ce qu'on allait voir ! Le bilan de la droite serait paraît-il excellent et les élections gagnées d'avance. Personne ne s'y trompait, il s'agissait de gagner du temps.

Du côté de la gauche, les dirigeants du Parti Socialiste en particulier s'indignaient de la politique anti-sociale de la droite et indiquaient leur solution. L'équipe au pouvoir n'avait qu'à bien se tenir : 2007 arrivait, avec ses élections présidentielle et législatives. Il faudrait alors sanctionner la droite au pouvoir et passer le relai à la gauche.

Patience ! disait la droite. Patience ! répondait l'écho.

Devant ces appels à ne pas sortir des rails institutionnels et du calendrier électoral officiel, il était juste de répondre : « ne pas attendre 2007 ! ». Ne pas attendre pour défendre les intérêts vitaux des salariés et de la jeunesse :  les salaires, l'emploi, l'assurance maladie et les retraites. Ne pas attendre pour bloquer les contre-réformes comme, par exemple, le CPE. Ne pas attendre 2007 pour défendre la démocratie, en s'opposant à la pseudo «constitution» européenne.

Après deux ans marqués par des combats sociaux (CPE) et politiques (référendum) qui ont mis la droite en déroute, 2007 arrive tout naturellement, avec ses élections annoncées.

Le mot d'ordre « ne pas attendre 2007 » doit maintenant être réactualisé, prolongé et précisé. Il faut « ne rien attendre de 2007 ! », c'est à dire du président, de sa future majorité et du gouvernement qui sortiront du processus électoral.

Ne rien en attendre? On sait pourtant d'avance que la candidature issue de l'UMP ou celle désignée par le PS ne peuvent espérer récolter, au second tour de la présidentielle, qu'une majorité relative -très relative- d'électeurs à moins que le repoussoir Le Pen ne vienne, comme en 2002, brouiller les résultats. Car cela fait belle lurette que les candidatures de droite et de gauche ne remportent plus de majorités d'adhésion à leurs programmes et à leurs idées, mais surtout des votes de protestation contre l'autre camp, celui de majorité en place quelle qu'elle soit.

Ne rien attendre de 2007 ? Cela dérange profondément tous ceux dont l'horizon se borne aux prochaines élections et pour qui cela voudrait dire tout simplement attendre 2012 !

C'est pourquoi tout ce que la gauche et l'extrême gauche comptent d'électoralistes patentés et d'opportunistes espéraient (ou espèrent toujours) pouvoir miser sur une « alter-candidature » plus à gauche que Ségolène Royal (ce qui n'est pas un exploit en soit !). Le calcul est le suivant : faisons gagner le PS tout en créant une « pression » sur l'aile gauche, se traduisant éventuellement par quelques ministères. Ceux, comme la LCR de Besancenot, qui ne veulent pas se salir les mains à ce point là se contenteraient  d'avoir contribué à la soit-disant « dynamique de changement » portant Ségolène Royal à l'Elysée pour peser sur la future majorité législative.

Même les plus petits groupes et les plus radicaux à l'extrême gauche peuvent sans se compromettre s'inscrire dans de tels calculs en choisissant de « faire pression » sur... ceux qui ont assez de poids (électoral) ... pour faire réellement pression sur une future majorité de « gauche plurielle (bis) ». La méthode inattaquable pour cela est de faire campagne en faveur d'un « programme de gouvernement » comportant une panoplie de mesures réellement inacceptables pour la bourgeoisie de droite comme de gauche et favorables aux travailleurs.

Défendre ce genre de plateformes en choisissant cette posture de « groupe de pression » n'est pas un crime en soi. Cela peut très bien se concevoir, surtout en appelant, comme le fait le Groupe CRI, les forces d'extrême gauche à se regrouper en une seule formation qui serait capable de rallier plus de 10% des électeurs et donc de peser dans les luttes sociales (et politiques) à venir.

Mais une telle position n'est pourtant pas la meilleure possible. Elle conduit à faire plus ou moins l'impasse sur les problèmes et les perspectives politiques en mettant l'accent de façon presque exclusive sur les questions dites sociales. On aboutit alors à une plateforme à tonalité « économiste », plus petit commun dénominateur entre les orientations de la LCR, de LO et du PT, avec son cortège de « mesures d'urgence » en termes de salaires, d'emploi et de nationalisations, déclinées sur le thème du « gouvernement véritablement au service des travailleurs ».

Cette posture présente en outre le défaut d'apporter de l'eau au moulin des anarchistes et autres ultra gauches car on sait bien que le futur gouvernement ne sera pas au service des travailleurs, alors pourquoi ne pas le dire ?

D'où cette proposition : ce qu'il faut aujourd'hui; ce n'est pas construire une plateforme et une alliance de gouvernement pour 2007, mais un programme et un parti d'opposition ouvrière pour les mois et les années qui suivront. En commençant par dire clairement qu'il n'y a rien à attendre de 2007 et des élus qui sortiront des urnes dans moins de six mois : pas d'illusions, pas de faux espoirs, attaquons nous au fond du problème !

Quelle que soit la composition du futur gouvernement (de gauche plurielle relookée ou pire de droite autoritaire et agressive voire d’union nationale avec Bayrou) le mouvement ouvrier devra se battre et pour imposer ses solutions construire des mobilisations encore plus puissantes que celles des années passées, y compris celle de la lutte contre le CPE.

Alors faisons en sorte que ces futures révoltes n'achoppent pas encore et toujours sur le même obstacle : l'absence de débouché politique. Nous connaissons certes le schéma classique : la révolte conduisant à une « grève générale insurrectionnelle », avec des « soviets » qui sortiraient de terre en une nuit comme les champignons après la pluie, débouchant sur une situation de « double pouvoir »...et la redite victorieuse d'Octobre 1917...CQFD...

Qu'un tel schéma puisse un jour de nouveau se réaliser n'est pas à exclure en soi. Nous ne spéculerons pas sur les probabilités historiques qu'il en soit ainsi. Nous disons que la tâche numéro un est de commencer aujourd'hui à jeter les bases, d'abord programmatiques, d'un parti d'opposition ouvrière reposant sur les principes fondamentaux du marxisme :

1.- Indépendance de classe : c'est à la classe ouvrière de diriger la société ; elle doit pour cela se constituer en organisation politique et s'opposer à toute stratégie reposant sur la collaboration entre des classes sociales antagonistes.

2.- Ne pas se limiter à des revendications économiques et sociales, aussi avancées soient-elles mais mener bataille pour la démocratie la plus extrême à la fois au niveau de l'Etat et au niveau du mouvement ouvrier. Ce qui implique des élus contrôlables et révocables par les électeurs, principe démocratique qui doit également s’appliquer aux organisations ouvrières.

3.- Internationalisme: pour que le mouvement ouvrier s'organise solidairement au niveau international, contre toute stratégie de type nationaliste ou de type « socialisme dans un seul pays », contre tout contrôle de l'immigration.

Si l 'on veut réellement construire un tel parti, sur la base de ces principes, il faut commencer par le dire ; il faut enfin mettre en avant une plate-forme qui ne se contente pas de revendications « économique et sociales » transitoires, mais souligne l'urgence politique d'en finir avec la 5e République, avec les élus incontrôlables enrôlés dans l'appareil d'Etat, avec l'armée de métier, avec la pseudo construction européenne sous l'égide des banques et des multinationales. Il faut s'opposer immédiatement à l'impérialisme français, à sa politique néo-coloniale, en Afrique notamment, et à ses expéditions militaires en Afghanistan ou dans l’ex-Yougoslavie.

Jean-Michel EDWIN