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Prométhée (le Journal)
Numéro 67, mars 2007

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Les trois tentations de la bourgeoisie française

Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume de France ? Les clivages entre la droite et la gauche, qui règlent la vie politique depuis des lustres, ne seraient-ils plus aussi opérants que par le passé ? Le candidat de l’UMP, Nicolas Sarkozy, effectue un virage vers l’extrême-droite en puissant aux sources de la pire réaction. La candidate du PS, Ségolène Royal, s’affranchit le plus qu’elle peut de la tradition réformiste de son parti. Incroyable mais vrai, le candidat de l’UDF, François Bayrou, homme de droite patenté, est transformé en homme du changement.

Chaque jour s’affiche un peu plus la crise du régime. Le second mandat présidentiel de Jacques Chirac aura été le plus chaotique des sept de la 5e République. Elu avec 82% des voix en 2002 face à Le Pen, il a dû faire face en 2003 à un fort mouvement de grève contre le deuxième acte de la décentralisation et contre la casse des retraites. En 2004, il a perdu les élections régionales (22 des 24 régions conquises par le PS). En 2005, il perd le référendum sur le traité constitutionnel européen (TCE). En 2006, il est contraint de reculer face à un puissant mouvement de la jeunesse. On peut comprendre le désarroi de la classe dominante qui, visiblement, n’a pas encore trouvé une issue politique stable, une issue capable de museler ce peuple qui n’en finit pas d’exprimer son rejet de la logique politique suivie depuis presqu’un quart de siècle.

  La tentation du bonapartisme

A écouter et à lire Nicolas Sarkozy on est pris de nausée devant le retour en force aux valeurs traditionalistes de la bourgeoisie française du 19e siècle. La liste des mots-clés de son discours d’investiture le 14 janvier 2007 l’illustre à merveille : morale (neuf fois en dix pages), espérance, reconnaissance, récompense,  équité, ordre, mérite, responsabilité, travail, famille, patrie, nation, honnêteté, autorité, respect, loyauté.

Ce discours puisse ces fondements dans une religiosité chrétienne de la pire espèce. Si le candidat de l’UMP était musulman, les commentateurs parleraient d’intégrisme. Quelques exemples pour illustrer notre propos. A l’instar du préambule du TCE qui faisait référence à l’héritage religieux, c’est-à-dire chrétien, de l’Europe, Nicolas Sarkozy déclare : « Nous sommes les héritiers de deux mille ans de chrétienté. » (1) Malgré ses multiples déclarations d’allégeance à la République, il en pointe les limites : « La dimension morale est plus solide, plus enracinée, lorsqu’elle procède d’une démarche spirituelle, religieuse, plutôt que lorsqu’elle cherche sa source dans le débat politique ou dans le modèle républicain. » (2) Enfin, la religion est conçue comme le meilleur rempart contre la conscientisation des classes dangereuses : « Au bout du compte, l’espérance dans un au-delà meilleur est un facteur d’apaisement et de consolation pour la vie d’aujourd’hui. » (3)

Dans ces conditions, rien d’étonnant que le travail prenne une place importante dans le discours de l’actuel ministre de l’intérieur. Mais quand il parle du travail, Nicolas Sarkozy en parle comme un serviteur de la classe dominante. En effet quel travailleur actif et surtout chômeur peut gober son « Travailler plus pour gagner plus » quand on sait que c’est le patronat qui décide des heures de travail ou qui licencie. Dans son discours d’investiture il reprend à son compte la fable d’outre-atlantique comme quoi « celui qui commence tout en bas de l’échelle sociale [peut] la gravir aussi haut que ses capacités le lui permettent. » Moralité, si l’on peut dire, si vous êtes sans emploi, précaire ou smicard vous en êtes le seul responsable. Mais sur ce sujet, le candidat de l’UMP flirte avec la pire des idéologies bourgeoises quand il affirme que « Le travail c’est la liberté. » On croirait entendre le sinistre : « Le travail rend libre » inscrit aux portes des camps de concentration nazis. Sous le capitalisme, le travail ne peut être autre chose qu’exploitation et aliénation.

Dans un esprit d’union nationale, Nicolas Sarkozy se propose d’effacer les contradictions de l’histoire, il s’agit de « la synthèse entre l’Ancien régime et la Révolution, entre l’Etat capétien et l’Etat républicain » ; mieux, ou pire, pour lui la France c’est entre autre « celle des croisades et de Valmy. » Voilà qui indique la teneur de son projet de ministère de l’immigration et de l’identité nationale.

Pour lui : « On n’élit pas un arbitre mais un leader qui dira avant tout ce qu’il fera et surtout qui fera après tout ce qu’il aura dit. » Nicolas Sarkozy a tous les attributs que Karl Marx trouvait au futur Napoléon III un : « bienfaiteur patriarcal de toutes les classes de la société. » (4)

Cet enrobage religieux, paternaliste et moralisant n’a qu’un seul objectif que le candidat de l’UMP ne dissimule même pas. Il s’agit de la survie du capitalisme. Dans son discours d’investiture, il affirme : « Je veux être le Président qui s’efforcera de moraliser le capitalisme parce que je ne crois pas à la survie d’un capitalisme sans morale et sans éthique. »

Tentant de conjurer la peur de la bourgeoisie française, Nicolas Sarkozy se présente comme le candidat du refus de la lutte des classes. Ce programme a le mérite de la clarté. C’est pourquoi il doit être combattu pour ce qu’il est : le programme du MEDEF. C’est pourquoi il doit être battu.

  La tentation de la gauche moderne

Une autre piste s’avère possible, celle de la gauche plurielle. N’a-t-elle pas déjà bien servi le capital entre 1997 et 2002 en qualifiant la France pour l’euro, en rendant quasi définitif le processus de privatisation (le montage EADS qui va licencier 10 000 salariés est une création du gouvernement Jospin), en détournant la juste revendication des 35 heures, etc ? Le hic c’est quand l’histoire se répète, comme disait Marx, la première fois c’est comme tragédie, la seconde fois c’est comme farce.

C’est ainsi que le programme de la candidate présentée par le PS s’éloigne considérablement de l’union de la gauche traditionnelle que ce soit celle de 1936, 1956, 1981 ou encore de 1997. Dans la présentation de son pacte présidentiel le 11 février 2007, Ségolène Royal affirme d’entrée de jeu son respect total du cadre du capitalisme en reconnaissant les limites imposées à la politique gouvernementale par la dette publique. En direction de sa droite elle se propose de « réconcilier les Français avec les entreprises » et pour conserver sa gauche elle se propose de « maîtriser la mondialisation. » Ce second objectif, qui conserve les attributs de réformisme traditionnel, a toutes les chances de rester lettre morte.

La pédagogie de la dette n’a pas d’autre but que de convaincre les travailleurs de l’inéluctabilité du processus de destruction des conquêtes sociales. Soyons clair, en s’inclinant devant la dette aucune réforme anticapitaliste ou à la rigueur antilibérale n’est possible. Comme le dit François Chesnais, dans l’immédiat : « la seule vraie politique de gauche est de décréter un moratoire sur la dette et le service de la dette. »

Les cent propositions du pacte présidentiel sont à l'opposé de cette démarche. L’exemple le plus frappant est celui des retraites. Ségolène Royal promet de « sécuriser les retraites » mais elle fait royalement l’impasse sur l’âge de départ à la retraite (60 ans), sur le nombre d’années de cotisations (37 ans et demi) et sur l’abrogation des décrets Balladur et de la loi Fillon qui sont les mesures immédiates à prendre pour réellement pérenniser les retraites.

Le reste est du même acabit. Ce que Nicolas Sarkozy nomme « sécuriser les parcours professionnels », Ségolène Royal l’appelle « sécurité sociale professionnelle » (Lire notre analyse dans ce même numéro). Comme Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal veut instaurer un « gouvernement de la zone euro ». Pour le moins cela implique une révision du traité de Maastricht, et que n’ont-ils appelé à voter non au TCE qui interdit l’existence d’un tel gouvernement économique.

Voilà toute la philosophie de ce que la candidate du PS appelle « la gauche moderne du 21e siècle. » Cette gauche moderne est en gestation depuis le tournant de la rigueur en 1983.Ce n’est rien d’autre que la soumission aux contraintes de la mondialisation accompagnée d’un discours de plus en plus moral. Rien de vraiment excitant pour la classe ouvrière et la jeunesse.

  La tentation de la solution « européenne »

Même si ces dernières années les sondages se sont beaucoup trompés, ils demeurent une arme puissante dans l’arsenal de la classe dominante pour tenter de façonner les consciences. C’est ainsi qu’il faut interpréter l’irrésistible montée de François Bayrou dans les sondages.

Dans notre déclaration du 21 novembre 2006 nous notions que ni la candidate du PS ni la direction de ce parti ne se prononçaient sur les indispensables alliances gouvernementales. Ce doute n’est toujours pas levé. Il n’y en a pas un seul mot dans le pacte présidentiel. Doit-on interpréter ce silence comme une ouverture à tous les hommes et les femmes de bonne volonté comme le dit si bien Dominique Strauss-Kahn (5) : « Ségolène Royal l’a dit : tous ceux qui rejoindront le pacte présidentiel auront vocation à rejoindre le gouvernement et la majorité présidentielle. » Et en parlant de François Bayrou, il ajoute : « S’il va jusqu’au bout de sa logique – et je l’y encourage – il se prononcera contre l’alliance avec Nicolas Sarkozy au second tour. Cela fera une belle majorité pour battre Sarkozy et pour changer la France. »

Cette piste d’une coalition allant de l’UDF aux Verts en passant par le PS avec « Ségolène Royal comme pivot central » comme le prône le fin opportuniste qu’est Daniel Cohn-Bendit (6) n’est pas une hérésie à écarter. N’est-elle pas la formule qui sied le mieux à la construction de l’Union européenne depuis 1957 ? Ce serait une version à la française des formules gouvernementales actuelles en Allemagne et en Italie. Toutefois le talon d’Achille de cette formule n’est autre que l'attachement de ses éventuelles composantes à l’Union européenne et ses directives antisociales et antidémocratiques que la majorité des travailleurs-électeurs a repoussé le 29 mai 2005.

  Dans un premier temps : virer la droite ! toute la droite !

 Le souffle émancipateur du non de gauche en 2005 et de la lutte victorieuse contre le contrat première embauche en 2006 n’est pas altéré. Par contre, il ne pourra s’exprimer dans le cadre de l’élection présidentielle que de façon dispersée et dans une quasi impuissance politique.

Au delà du scepticisme  des travailleurs vis-à-vis du pacte présidentiel de Ségolène Royal, une chose est certaine c’est leur aspiration à battre la droite et à mettre un point final à la douloureuse expérience des gouvernements Chirac depuis 2002. Gouvernements dont Nicolas Sarkozy est le candidat naturel. Quelle que soit leur vote du premier tour, au second ils élimineront le candidat de l’UMP malgré le programme de la candidate de l’ordre juste et sans lui accorder un quelconque état de grâce (7).

Aujourd’hui comme hier, dans un régime bourgeois aucune élection ne peut trancher la question du socialisme ; question qui est objectivement à l’ordre du jour. Quelque soit l’issue de la présidentielle et des législatives, les communistes devront enfin soulever trois questions essentielles : Que produit-on ? Comment produit-on ? Au profit de qui ? et une question subsidiaire : Qui gouverne ?

Emile Fabrol

1.- Discours du 14 janvier 2007.
2.- Nicolas Sarkozy, La République, les religions, l’espérance.
3.- Idem.
4.- Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte.
5.- Le Monde du 10 mars 2007.
6.- Le Monde du 21 février 2007.
7.- Pour les puristes qui s’étonneraient d’un tel choix, nous rappellerons qu’en 1936 Léon Trotsky écrivait : « Le Parti socialiste n’est un parti ouvrier ni par sa politique , ni par sa composition sociale. » dans Où va la France ? revue Quatrième Internationale, février 1696, page 102.